Ce que l'œuvre de François Châtelet apporte à la psychanalyse et au marxisme - lectures croisées

Que faire pour poursuivre les deux grandes révolutions du XXe siècle : la révolution freudienne et celle portée par Marx afin de sortir de l’aporie présente ?

Que faire pour poursuivre les deux grandes révolutions du XXe siècle : la révolution freudienne et celle portée par Marx afin de sortir de l’aporie présente ?

En 1976, Châtelet déclare que la référence au passé nous permet de penser notre actualité à travers le différentiel. Telle affirmation repose pour lui sur le principe qu’il n’y a pas de philosophie de l’histoire. C’est pourquoi il distingue des genres d’historicité, c’est-à-dire des multiplicités de rapports toujours singuliers que les hommes entretiennent tant avec le passé qu’avec leur futur. C’est en cela aussi qu’il s’oppose à Hegel, lui qui pense une histoire unifiée — une histoire de l’Esprit —, où l’État occupe la place privilégiée de ce qui unifie et totalise le devenir social. Châtelet n’a eu cesse de dénoncer le fantasme d’une rationalité intégrale, en disqualifiant le discours de la philosophie de l’histoire comme production d’un « maître légitime ». Disons-le autrement, avec lui : « Il n’y a pas de sujet de l’histoire, ou plus précisément : l’histoire est faite de et par des sujets. Ou plus précisément encore : il n’y a pas d’Histoire, mais des histoires, des séquences d’histoire que les hommes font, des séquences qui s’enchevêtrent les unes les autres, qui s’unifient, puis se séparent à nouveau, dont certaines se perdent ou stagnent, dont d’autres roulent tumultueusement ». C’est la leçon qu’il retiendra du matérialisme historique de Marx : la rationalité différentielle qu’il met en œuvre consiste non pas à élaborer un discours unifiant dévoilant le sens du devenir humain, mais à produire des séquences d’intelligibilité capables d’expliquer le fonctionnement de sociétés données, à des époques données, en fonction de pratiques données. Pratiquer l’Histoire, pour Châtelet, c’est subvertir le discours — et en particulier le discours philosophique — quand celui-ci se veut la justification d’un état de choses existant.

Ce repère essentiel qui nourrit l’énoncé « Il n’y a pas de philosophie de l’Histoire » concerne le Marxisme aussi bien que la Psychanalyse. Nous pouvons le croiser avec la critique des dogmatismes et des philosophies mortes.

Dans la conclusion de son « Histoire de la philosophie » François Châtelet nous incite à partir de la critique de Marx, de l’orientation critique de Marx. Cette critique de Marx en économie politique écrit Châtelet « porte moins sur le texte et ses arguments que sur la réalité historique qui la produit comme vérité, c’est-à-dire comme masque et comme alibi. Autrement dit, il s’agit de partir du transfert historique qui produit cette critique comme vérité en tant que cette dernière est la petite sœur de la jouissance.

Cela nous éclairera pour faire de la psychanalyse autre chose que de la traduction et saisir la portée de cette formule ramassée concernant la psychanalyse :

«  A considérer le destin historique de la psychanalyse. On mesure le destin prodigieux du dégât. Bâtie sur une métaphysique en ruine, sur une médecine positiviste et sur une esthétique traditionnelle, la doctrine freudienne a produit à la fois, une conception révolutionnaire des rapports sociaux, un renouvellement foncier du rapport théorie - pratique, une institution  répressive articulée sur l’ordre psychiatrique et une technique de normalisation sociale. Freud n’a jamais eu a dénier comme Galilée ses inventions. » On retrouve ici et de façon très ramassée, toutes les contradictions qui accompagnent la révolution freudienne.

Sous cette critique qui pourrait concerner également le marxisme dogmatique se profile la critique de l’idée de raison : « La psychanalyse elle-même – pas plus que le marxisme philosophique – n’accepte facilement la faillite de l’idée de raison ; son développement s’en trouve hypothéqué » écrit-il dans son « Pour ne pas conclure » l’Histoire de la Philosophie.

Ivan Chaumeille, Cinéaste, Philosophe

Hervé Hubert, Psychiatre, Psychanalyste, Elan Retrouvé

Bibliographie

Une histoire de la raison, entretiens avec Émile Noël, éditions du Seuil, coll. « Points Sciences ».

Hegel, Éditions du Seuil, coll. « Écrivains de toujours ».

Marx, Le capital (Livre I), Éditions Hatier, coll. « Profil d’une œuvre Sciences humaines »

Platon, Gallimard, coll. « Folio Essais ».

La naissance de l’histoire, tomes I et II, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais ».

DVD “François Châtelet, un voyage différentiel”, film d’Ivan Chaumeille et “Psychanalyse et Révolution, une journée chez le docteur Hubert”, film de Didier Mauro, L’Harmattan

 

 

Atelier de Psychanalyse sociale se déroulant une fois par mois le mercredi d’octobre 2014 à juin 2015 de 19h à 21h à La Bourse du Travail – Paris – métro République

Première séance Mercredi 15 octobre à 19H, entrée libre et gratuite

 

 

Renseignements

Hervé Hubert, herve_hubert@hotmail.fr, 06 82 94 62 73

 

 

 

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