French "narcos pilots" : WHEN THE SAGE POINTS THE MOON, THE FOOL LOOKS AT HIS FINGER

« Quand le Sage montre la lune, l'Idiot regarde le doigt », l'expression fort connue, est devenue parfaitement banale, tant l'opportunité de son emploi est fréquente, tellement fréquente. Chaque fois à vrai dire, qu'il s'agit d'ancrer dans l'opinion des vérités qui n'en sont pas... Ainsi peut-on citer l'histoire du MH 370, ou encore l'inexplicable déroutement à Damas du vol AF562, et bien sûr ....

...cette affaire Air Cocaïne et les aventures du Sieur Naudin.

French « Narcos Pilots » 

 Food-for-Thought Paper  (part 2)

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Quand il s'avéra que les pilotes d'Air Cocaïne étaient revenus en France, l'événement rocambolesque satura les médias et consacra l'omniprésence sur les chaînes d'informations continues et les radios du dénommé Christophe Naudin, criminologue auto-proclamé comme le soulignera une autre figure dans le domaine, Alain Bauer, qui dira gentiment de lui qu'il ne détenait aucun diplôme universitaire en rapport avec la criminologie.

Alain Bauer, titulaire de la Chaire de Criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, s'est vu confier par le Président Sarkozy et son premier Ministre, une mission sur les question de formation et de recherches stratégiques. À la suite de la remise de son rapport, la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, décida le principe d’une réflexion nationale sur la criminologie, son enseignement, et le champ de recherche qui la constitue.

Elle confia alors au Professeur Loick Villerbu de l'Institut de Criminologie et Sciences Humaines de l'Université Rennes 2‐Haute Bretagne, la présidence d'une conférence nationale de criminologie dont elle expose brièvement les buts :

« Afin de pouvoir prendre une position sur les modalités de création de cette discipline et sur les champs de compétences qu’elle requiert, il a été décidé la mise en place d’une conférence nationale de criminologie permettant de débattre du contenu des enseignements, de recenser ceux existant déjà, de déterminer les débouchés possibles, de définir les conditions d’encadrement du dispositif. »

Créée en septembre 2009 la CNC s’est réunie durant 9 mois, au terme desquels les propositions suivantes sont publiées dans le cadre des 4 missions imparties : la création du champ disciplinaire et les compétences requises, le contenu des enseignements, la détermination des débouchés, les conditions d’encadrement du dispositif. Ses travaux furent consacrées dans le document suivant, fouillé, documenté, et somme toute passionnant :

Synthèse du rapport de la Conférence nationale de Criminologie, juin 2010 

 

Malgré une lecture attentive il est impossible d'y voir cité le nom de Christophe Naudin, on y retrouve pourtant Alain Bauer et un grand nombre d'universitaires plus ou moins renommés, mais en tous cas très capés. Par le biais de François Hault, et Xavier Raufer, eux en revanche fort connus, on découvre le MCC ( Département de Recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines ) présenté comme relié à l'Université Panthéon-Assas-Paris II , et son Institut de Criminologie de Paris.

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François Haut, Maître de Conférence à la dite Université est responsable du diplome de 3ème cycle « Analyse des Menaces Criminelles Contemporaines » et Directeur de ce curieux Département MCC, dont il sera dit qu'il n'est en fait qu'une association hébergée dans les locaux de l'Université....

 

Sur la page de ce département MCC on voit apparaître le nom de Christophe Naudin, comme ancien du diplôme “Analyse des Menaces Criminelles Contemporaines” apportant ses compétences et son enthousiasme au dit Département. 

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Qu'est-ce donc que ce diplôme “Analyse des Menaces Criminelles Contemporaines”  ? Qui n'est pas dénommé diplôme universitaire, même sur la page officielle du site MCC. 

Cette entité MCC n'a jamais été validée comme Département d'Université, et l'association a été dissoute....

Comme dit Alain Bauer, Naudin n'a jamais été diplômé du très officiel Institut de Criminologie de l'Université....

 

Il est facile de visionner de nombreuses vidéos d'Alain Bauer, ou de Xavier Raufer, quand on voit leur aisance,  la maîtrise de leur sujet, et la qualité de leur expression orale, on ne peut qu'être confondu par l'abîme qui les sépare d'un Christophe Naudin complètement déstabilisé par Élise Lucet dans l'émission Cash Investigation, ou ânonnant des horreurs comme « personnes en danger Judiciaire », ou « personnes en danger de mort » s'agissant des pilotes narcos.
Bref difficile en vérité de trop s'émouvoir du sort d'un Christophe Naudin, arrivé au bout de ses impostures ? 

Excepté Aymeric Chauprade qui acculé à l'aveu par une Notice Rouge, dont il mesure maintenant toute la véritable puissance, personne et tout particulièrement dans les médias ne s'est jamais élevé voire insurgé contre les étranges abus de langage du criminologue déchu quand il invente le danger Judiciaire, ou l'issue fatale qui guettait en République dominicaine les deux pilotes dorénavant condamnés à une lourde peine.

Quand il invente encore l'urgence qu'il y avait à les extirper d'une Justice dominicaine corrompue et qu'il tente d'en convaincre le grand public on atteint les sommets du surréalisme. L'utilisation du terme " exfiltration " là encore est hallucinante tant il est vrai qu'elle est communément attribuée pour ne pas dire réservée aux services secrets ou aux opérations spéciales, et bien entendu et surtout tenue secrète. Et que dire de la justification affichée comme une vérité suprême de l'évasion de Fauret et Odos par le désir qu'ils avaient de se tenir à la disposition de la Justice française ? 

Là encore des médias incroyablement amorphes n'ont jamais cru bon de relever l'incongruité du propos : « Ils se tiennent à la disposition de la Justice » Des repris de Justice, s'évadent et se tiennent tranquillement à la disposition de la Justice, on croît rêver ! 

De toute évidence la bonne attitude n'était pas de se tenir à la disposition de la Justice, mais bien de se liver à la Justice !

Ainsi peut-on aussi se demander si véritablement leur intention était bien de se présenter à la Justice française. La gendarmerie est présente à Saint Martin, et bien évidemment Fort de France est doté d'un Tribunal de Grande Instance. Pourquoi Odos et Fauret n'ont-ils pas terminé leur petite odyssée à St Martin ou Fort de France ? Pas un journaliste supposé d'investigations n'a eu l'idée de poser la question ? 

Que serait-il arrivé, si le journal Valeurs actuelles n'avait pas révélé l'affaire ? Fauret et Odos seraient-ils toujours en France ? Naudin avait-il prévu un terminus en France, ou au contraire ses compétences en usurpation d'identité aidant, n'avait-il pas imaginé une extension du voyage ? 

 

 

 

 

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