B. Hamon: La politique étrangère française n’est pas plus altruiste que les autres

"Macron fait le contraire de ce qu’il avait annoncé lors de sa campagne présidentielle. Candidat, il a vanté l’attitude d’Angela Merkel qui avait ouvert les frontières allemandes pour accueillir des réfugiés et les intégrer. Une fois au pouvoir, le Président de la République Française ne fait pas le centième de ce que Madame Merkel a fait."

Benoît Hamon appelle à la mise en place d’un « visa humanitaire au niveau européen ». L’ancien candidat à la présidentielle, qui participait à la Convention nationale sur l’accueil et les migrations les 1er et 2 mars à Grande-Synthe, a vivement critiqué la circulaire de Collomb. Entretien.

Benoît Hamon lors d'une réunion publique en plein air place de République, le 19 avril 2017. © Marion Germa Benoît Hamon lors d'une réunion publique en plein air place de République, le 19 avril 2017. © Marion Germa

Vous appelez à la mise en place d’un visa humanitaire au niveau européen. Pensez-vous que la France a le pouvoir de mener un tel projet?

Macron fait le contraire de ce qu’il avait annoncé lors de sa campagne présidentielle. Candidat, il a vanté l’attitude d’Angela Merkel qui avait ouvert les frontières allemandes pour accueillir des réfugiés et les intégrer. Une fois au pouvoir, le Président de la République Française ne fait pas le centième de ce que Madame Merkel a fait. Pire, il restreint les libertés publiques. Il restreint les droits des demandeurs d’asile, c’est-à-dire ceux qui fuient un conflit politique.

Et au-delà de tout cela, le gouvernement d’Emmanuel Macron met en ordre de bataille l’administration française pour les empêcher d’accéder à leurs droits avant même qu’ils puissent rentrer dans des procédures. La France est aujourd’hui condamnée par les Nations Unies et par le Défenseur des Droits. C’est une vraie régression démocratique. Il ne faut pas attendre grand-chose de la France aujourd’hui.

Beaucoup de demandeurs d’asile sont issus de pays riches en ressources minières dirigés par des dictateurs. La politique étrangère française arrive-t-elle à allier défense des intérêts stratégiques, aide au développement et soutien des oppositions dans ces pays?

La politique étrangère française n’est pas plus altruiste et philanthrope que n’importe quelle autre politique étrangère. Forcément, il est plus simple de défendre ses intérêts économiques avec des dictatures. Si le jeu de la démocratie fonctionnait dans la plupart des pays avec lesquels on travaille, on peut supposer qu’il y aurait une forme de réappropriation par les peuples souverains de leurs ressources minières et de leur mise en concurrence, ce serait la fin de la chasse gardée pour les grands industriels français.

Il subsiste aujourd’hui une attitude très paternaliste de la France à l’égard de certaines nations africaines, car on ne parle pas de l’Afrique du Sud comme on parle d’autres pays africains aujourd’hui. Ceci ne veut pas dire que c’est éternel, ni que toutes les élites africaines sont à la hauteur des défis posés à leur nation.

Comment la France peut-elle remédier à cette situation?

Il faut œuvrer pour une nouvelle alliance internationale humaniste, progressiste et citoyenne. Les clés du renouvellement de la gauche au sens international du terme, c’est justement de s’appuyer sur les sociétés civiles, arabes en particulier. En dépit des phénomènes de contre-révolution qui ont fait taire des protestations assises sur un vrai mouvement populaire et citoyen, il subsiste aujourd’hui des forces avec lesquelles on doit entrer en dialogue. C’est ça la vraie fonction des oppositions, ici en France et en Europe. Nous devons dialoguer avec ces forces plus ou moins clandestines ou officielles qui existent sous une forme citoyenne, sociale ou politique, que ce soit en Afrique ou dans le monde arabe.

C’est le cas par exemple du mouvement « You Stink » au Liban, qui dénonce justement la corruption de la politique libanaise et le système confessionnel. Le mouvement plaide la nécessité de sortir d’un système qui piégeait les citoyens dans le choix des candidats en fonction de leur confession. Il incite les citoyens à s’intéresser à l’intérêt général et à refuser la corruption. Voilà un partenaire évident pour la grande coalition internationale sur laquelle nous travaillons.

Des demandeurs d’asile issus de pays avec lesquels la France entretient de bonnes relations peinent à obtenir leur statut de réfugié. Si vous aviez été élu président, quelle aurait été votre politique pour allier valeurs de la république et diplomatie?

La diplomatie peut défendre les intérêts de son pays sans pour autant s’asseoir sur ses valeurs et ses principes. S’il est avéré qu’une personne est pourchassée au nom de ce qu’elle pense, de son orientation sexuelle ou de sa religion et qu’elle ne peut plus vivre en sécurité, elle est en théorie éligible à l’asile pour les motifs qu’elle fuit.

L’Ofpra (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) a la responsabilité d’instruire cela. Tout en maintenant le dialogue, il faut être exigeant avec nos partenaires, notamment dans toute l’Afrique subsaharienne et le Maghreb. On peut se dire « nous pensons que dans cette situation-là, les décisions que vous prenez sont contraires à nos principes ». Est-ce que ça va faire changer les choses? Je n’en sais rien. Aujourd’hui on est sur une forme de non-dit en permanence.

 

- Propos receuillis par Hicham Mansouri (cette interview a été réalisé dans le cadre de ma participation (Grand témoin, Maison des Journalistes) à la Convention nationale sur l’accueil et les migrations les 1er et 2 mars à Grande-Synthe.

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