GUANTANAMO A LA FRANÇAISE ( 2/8 ) - « Hollywood au quartier »

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Jeudi 08 octobre 2009 – 6 heures du matin : « Police !, Police !, Ouvrez ! … » Ces cris sont répétés très rapidement et sont mêlés à de grands coups sur la porte d’entrée de l’appartement familial. Ce vacarme soudain surprend mes frères Adlène et Zitouni, qui prennent leur petit déjeuner dans la cuisine.

Adlène est en partance ce matin pour Sétif (sa ville natale en Algérie) où il doit séjourner une semaine ; c’est Zitouni qui doit le conduire à l’aéroport de Lyon. Mes frères ont à peine le temps de se rendre près de la porte d’entrée que celle-ci s’écroule devant eux: surgissent alors des hommes, vêtus de tenues de combat, portant des cagoules et pointant leurs fusils d’assaut  en direction de mes frères ainsi que de ma mère qui arrive en toute hâte de sa chambre pour comprendre ce qui se passe. Personne n’oppose de résistance, mais Adlène, qui se trouve le plus près de la porte, est frappé d’un violent coup de crosse de fusil sur la face gauche de son visage par l’un des « gorilles ». Ceux-ci le trainent alors à l’intérieur du salon pendant que Zitouni et ma mère sont violemment projetés sur deux fauteuils, qui se trouvent le long de l’un des murs du salon, avant d’être immobilisés.

Alors qu’une bonne quinzaine de ces mêmes gorilles se « déploient » dans les différentes pièces du F4 familial, et que d’autres restent au niveau du palier pour prévenir toute intrusion étrangère dans l’appartement (d’après les témoignages de nos voisins), des policiers en civil entrent au moment où les menottes sont passées à mes frères, qui sont  « remis  debout» de manière brutale. Deux gorilles tentent alors de menotter ma mère qui vient de perdre connaissance à la vue de ses enfants traités de la sorte (Adlène souffre d’une hernie discale depuis huit mois et il est toujours en convalescence). Mes deux frères sont pris d’une violente colère lorsqu’ils assistent à cette scène: ils se débattent et protestent contre cet acte barbare et inutile. Les policiers en civil font signe que ce n’est pas nécessaire et on épargne le port des menottes à notre mère …


Tout cela s’est passé très vite, en moins de 5 minutes. A l’extérieur, le quartier est bouclé par des dizaines de véhicules banalisés et d’autres hommes cagoulés ont déjà pris position sur le toit de l’immeuble, à la manière des tireurs d’élite que l’on peut voir dans les séries américaines. En tout, entre 50 et 100 agents de police sont mobilisés (toujours d’après nos voisins, cf par exemple ces photos prises le jour de l’interpellation par un journaliste du Dauphiné Libéré).

Cette scène n’est pas issue d’un film de guerre ou d’un extrait de document amateur sur la répression militaire dans telle ou telle dictature : elle s’est déroulée dans un des immeubles du quartier de l’Isle, situé au sud de Vienne, ville du Nord Dauphiné à 30 km au sud de Lyon.

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