GUANTANAMO A LA FRANÇAISE ( 4/8 ) - La garde à vue du «physicien d’al Qaida» et les 13 000 euros « manquants »

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Il est en revanche utile de s’attarder quelque peu sur les conditions de gardes à vue de mes frères dans les locaux de la police judiciaire à Lyon, au retour des perquisitions menées dans leurs appartements respectifs. Vers les 18h, Brice HORTEFEUX, alors ministre de l’Intérieur, déclare à la presse, depuis Lyon, que la France, via « ces deux arrestations », a « peut-être évité le pire ».

Mes frères sont quant à eux victimes de méthodes d’interrogation particulièrement musclées et inhumaines (privation de sommeil, intimidations, on leur disait que notre mère était aussi « dans les locaux, qu’elle était dans un sale état et qu’il valait mieux parler pour lui éviter des souffrances fatales »…), et alors qu’Adlène souffre atrocement de sa hernie (un rapport médical ultérieur révèlera que son état de santé s’est particulièrement dégradé à cause des conditions de l’interpellation et de la garde à vue, il restera plus de 5 mois alité à l’hôpital pénitentiaire de la maison d’arrêt de Fresnes).

Adlène subira 17 interrogatoires au cours de ces 4 jours de garde à vue, de jour comme de nuit, sans l'assistance d'un avocat. Il sera ensuite  transporté en voiture de Lyon à Paris dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre 2009, menotté et en position assise à l'arrière du véhicule, où les vitres seront sciemment laissées ouvertes malgré les quelques protestations d'Adlène qui se trouvait alors dans un état « second », pour reprendre ses propres mots. Il sera ainsi présenté au juge TEISSIER dans la journée du lundi 12 octobre auprès duquel il proteste une dernière fois, en vain : le juge le placera en détention provisoire à la prison de Fresnes le jour-même. Il se trouve toujours en détention provisoire à ce jour.
Zitouni sera relâché au bout de deux jours et deux nuits de garde à vue après avoir été traité de la même manière que son aîné. Il téléphone à ma sœur le samedi en milieu de journée pour lui demander de venir le chercher en voiture: j'apprends sa libération en même temps (au quart d’heure près) via …une dépêche de presse publiée sur internet, reprenant des « sources anonymes proches du dossier ».


 Mon frère Adlène, le « physicien algérien » du CERN, sera présenté comme un dangereux cyber-terroriste « nucléaire » préparant des attaques contre des personnalités politiques de haut rang, contre un site de raffinerie Total basé à Londres, contre un régiment de chasseurs alpins basé à Annecy, et conversant régulièrement sur internet avec des membres présumés d’al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). Ces différents scénarios sont savamment distillés à la presse par ces mêmes « sources anonymes » dans les jours et semaines suivant l’interpellation.

Le cas d’Adlène sera cité comme l’exemple de l’efficacité des services de renseignements dans la lutte anti-terroriste par les deux plus hauts responsables de la police française, Frédéric Pechenard et Bernard Squarcini, durant la première année de détention de mon frère. Peu de journalistes ont relayé la version de la famille si ce n'est des journalistes suisse, britannique et américain qui publient nos déclarations ou celles d’Adlène dès le mardi 13 octobre 2009.

Celles-ci contenaient pourtant un scoop : je déclarais alors que de l’argent en liquide (un peu plus de 13 000 euros) avait été saisi lors de l’interpellation. Je précisais qu’Adlène comptait utiliser cette somme pour régler les travaux de terrassement du terrain dont il est co-propriétaire à Sétif, une information que les « sources proches du dossier » s’étaient bien gardées de mentionner, à mon grand étonnement. Ces informations sont alors très peu reprises dans la presse hexagonale. Elles n’ont pas plus l’air d’intéresser l’accusation publique, car la discussion autour de cette somme d’argent est « peu reprise » dans le dossier d’accusation (il faut dire que nous avons fourni l’acte de propriété du terrain dès le début de l’affaire).

Par ailleurs, le billet d’avion, les plans du terrain ainsi que l’agenda d’Adlène, qui se trouvaient dans une pochette rouge, auraient été « égarés » durant la perquisition. Nous avons donc du fournir une copie de ces éléments (en obtenant un duplicata des billets d’avion aller et retour ainsi qu’une copie des plans qui avaient été transmis aux maçons qu’Adlène comptait rencontrer) pour contester le « risque de fuite » évoqué par l’accusation pour justifier le maintien d’Adlène en détention.


L’existence d’un comité de soutien, créé en octobre 2010 par les collègues français et suisses d’Adlène à l’initiative de Jean-Pierre LEES (un ancien collègue d’Adlène), et qui compte des personnalités comme le prix Nobel américain Jack STEINBERGER ou l’essayiste suisse Jean ZIEGLER, permettra de médiatiser un peu plus l’affaire dans la presse hexagonale, mais cela restera assez confidentiel.

 

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