GUANTANAMO A LA FRANÇAISE ( 5/8 )- Deux ans de détention plus tard : du physicien d’al Qaida à l’ « individu auto-radicalisé »

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Depuis le 08 octobre 2009, aucun élément matériel venant avérer une quelconque préparation d’acte terroriste n’a été versé au dossier d’instruction, alors que celui-ci a continué de s’épaissir durant la détention d’Adlène (il contiendrait pas loin de 30 tomes), d’après nos avocats. Adlène est donc informé de l’évolution des accusations que l’on porte à son encontre au cours des rares interrogatoires du juge TEISSIER (un interrogatoire tous les 4 mois) ou durant les audiences de demande de mise en liberté qu’il formule (pas moins de 25 audiences en deux ans de détention provisoire). Mais les suspicions des « services », qui surveillaient pourtant Adlène depuis plus d’un an (et qui pouvaient donc, en théorie, interpeller Adlène en flagrant délit de préparation d’un acte terroriste supposé), combinées à la « volonté du moment » du ministre de l’Intérieur de l’époque (comme en atteste un cableWikileaks évoquant l’affaire) ont suffit à faire incarcérer Adlène depuis plus de 27 mois à ce jour.


Les motifs d’inculpation ont évolué de manière assez obscure au cours de l’instruction qui est donc alimentée par les services de la DCRI. Ces motifs ont évolué en fonction de « l’air du temps » : Adlène était tantôt accusé d'avoir échangé avec un internaute suspecté d'être un terroriste opérant à Gaza, ou encore un autre présumé terroriste opérant en Somalie... autant de « motifs » servant, tous les 4 mois, à renouveler son mandat de dépôt. Le juge TEISSIER lui proposera même un entretien avec des « officiers de renseignement américains » en mai 2010, proposition qu'Adlène était prêt à accepter avant que les américains ne se désistent ; ils ne reviendront pas à la charge.


Pour notre part, nous n’avons été entendus (si l'on exclut les auditions de Zitouni et de ma mère au début de « l'affaire »), de même que certains amis proches, qu’au printemps 2011, soit plus d’un an et demi après l’arrestation d’Adlène, sur le « volet financier de l’affaire» et ce dans des conditions rocambolesques.

Ainsi, un ami se voit interrogé sur les raisons de sa conversion à l'islam et sur la possibilité qu’Adlène ou un autre membre de la famille y était pour quelque chose (par des officiers de la brigade financière !). Un autre ami est questionné sur « l'intensité » de sa « foi ». Pour ce qui me concerne, un appel masqué s'affiche sur mon téléphone portable début mai 2011: un « capitaine de la brigade financière » veut m'entendre au commissariat de Grenoble « au sujet de mon frère ». Je me présente donc le 16 mai 2011 à 13h (sans avoir reçu de convocation) pour un interrogatoire où l’on évoque mes entrées et sorties d'argent des trois dernières années, mais également la religion musulmane ou encore la présence de « travailleurs chinois » en Algérie : cela prendra 4 heures. On me promet de m'envoyer par courrier une attestation pour mon employeur, courrier qui ne m’est toujours pas parvenu...
De manière toute aussi étrange, le juge TEISSIER, après avoir sollicité l'aide de la justice suisse dès le mois de novembre 2009, ne demande l’aide de la justice algérienne qu'au mois d'aout 2010 soit 10 mois après le début de la détention d’Adlène. Pourtant, ce dernier est soupçonné « d’interagir » avec un groupe basé en Algérie et il était en partance pour l’Algérie le jour de son arrestation. En dépit d'un dossier bien creux, F. PECHENARD déclarera le 9 septembre 2011 (au micro de France Info et à l’occasion du dixième « anniversaire » des attentats du 11 septembre)  que ses services avaient déjoué un attentat d'un « individu auto-radicalisé  qui a essayé de poser une bombe dans un bataillon de chasseurs alpins » (français).


La justice suisse classera l’affaire après un an d’investigations et après avoir interrogé Adlène au cours de sa détention en septembre 2010 : «il n'a pas été possible d'identifier le ou les auteurs de l'infraction supposée», déclare la porte-parole du Ministère de la Confédération helvétique.

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