AVANT LE VOTE DES COMMUNISTES DES 7-9 MAI 2021

ARGUMENTS EN FAVEUR DE L’OPTION 2 J'ai publié récemment le premier argumentaire provenant du site de l'appel « Pour se donner les moyens de gagner en 2022 » . En voici six autres qui l'accompagnent dont je ne partage pas nécessairement toutes les analyses.

  1. 1-Face au risque fasciste, peut-on enjamber la présidentielle de 2022 ?

  2. 2- Présenter une candidature, est-ce garantir l’indépendance et l’autonomie du PCF ?

  3. 3- Peut-on se permettre cinq années d’ultra-libéralisme de plus ?

  4. 4- Le rassemblement de la gauche sur un programme de rupture est-il possible ?

  5. 5- Le Parti communiste s’efface-t-il dans le cadre des rassemblements auxquels il participe ?

  6. 6- Quelle cohérence entre l’hypothèse d’une candidature communiste autonome et notre stratégie de «primauté au mouvement populaire» ?

  7. 7- Un pacte législatif est-il possible sans accord ni campagne commune pour l’élection présidentielle ?

PRESENTER UNE CANDIDATURE, EST-CE GARANTIR L’INDÉPENDANCE ET L’AUTONOMIE DU PCF ?

La direction du Parti semble vouloir présenter une candidature «quoi qu’il arrive», quelles que soient les évolutions de la situation politique d’ici à mai 2022, et « quoi qu’il en coûte » pour le PCF. Cette démarche jusqu’au-boutiste est particulièrement dangereuse au vu de notre situation.

Nous le savons, l’élection présidentielle est l’échéance pour laquelle le « vote utile » joue à plein. Pour les électrices et d’électeurs de gauche, plus la gauche sera dispersée, plus l’effet vote utile pour qualifier un ou une candidate au second tour de l’élection constituera le critère principal de choix du candidat.

Cette échéance n’a jamais été un favorable pour le PCF, puisque même à son apogée, il n’a jamais été en mesure de se qualifier pour le second tour, même en 1969. C’est pour cette raison que dès 1965, le Parti a toujours tenter de déjouer ce piège qui lui était destiné en favorisant les logiques d’union et de rassemblement.

Malgré les qualités de notre campagne, malgré celles de notre programme, cette mécanique infernale jouera à nouveau à plein contre notre candidat. Ce que nous avons vécu aux élections euro­péennes, en dépit de la très bonne campagne de Ian Brossat, risque de se reproduire plus durement à une élection présidentielle dont les enjeux seront aiguisés à l’extrême.

Si le score que nous prédisent les sondages devaient continuer à s’afficher entre 1 et 3%, nous serions alors en position extrêmement délicate. Nous aurions le choix entre capituler en rase campagne et nous rallier dans les pires conditions au premier candidat venu, ou bien poursuivre jusqu’au bout notre campagne et réaliser un nouveau score historiquement bas.

Nous serions ensuite, bien évidemment, à la merci de nos partenaires dans le cadre des négociations pour les législatives. Le maintien d’un groupe communiste à l’Assemblée nationale serait en jeu. Et nous confirmerions que loin de faire le « retour » au premier plan du jeu politique, nous entrerions dans la marginalité que connaissent déjà des forces se revendiquant du communisme en France.

Aller avec une candidature « la fleur au fusil », sans aucune prise en compte des rapports de force réels, sans nous interroger sur ce qui pour l’instant fait obstacle à un vote communiste massif dans le pays, c’est prendre une très lourde responsabilité sur le devenir de notre parti. Cela hypothèquerait sa capacité d’initiative stratégique, son indépendance. C’est accepter la marginalité que connaissent déjà les groupuscules d’extrême-gauche, ou notre transformation en un parti satellite, à l’image du PRG, n’existant que par la générosité de la social-démocratie.

LE PAYS PEUT-IL «SUPPORTER» CINQ ANNÉES DE PLUS D’ULTRA-LIBÉRALISME DE MACRON OU DE SON CLONE ?

Voilà deux décennies que les gouvernements successifs ont marqué ce pays d’une formi­dable régression sociale et n’ont en rien répondu à l’urgence climatique... Une politique qui ne doit rien au hasard, elle s’inscrit dans une logique totalement assumée et planifiée de­puis des décennies.

La présidence Macron marque une étape supplémentaire dans cette casse de notre société, dans sa soumission au diktat des marchés financiers, avec une dérive présidentielle toujours plus inquié­tante de nos institutions.

Et cela avec d’autant plus de force que dans un contexte de crise systémique du capitalisme, les exigences des marchés financiers sont de plus en plus pressantes pour maintenir un taux de profit à deux chiffres.

La crise capitaliste s’exacerbe avec la crise sanitaire et ses conséquences présentes et à venir. Cette situation, loin de freiner les ambitions du gouvernement de poursuivre sa casse, est marquée par de nouveaux reculs. Il en est ainsi de sa volonté de restreindre un peu plus les libertés.

Face à ce rouleau compresseur, depuis des années des luttes se sont engagées, à l’image de celles contre la réforme des retraites avant le confinement ou celles menées par les personnels de santé (Ehpad, Urgences…). Mais faute de perspectives politiques, ces luttes ont du mal à converger et finissent par s’essouffler.

Dans ce contexte, cinq années de plus de ce type de politique seraient une catastrophe pour notre pays et son modèle social. Cinq années de plus de casse de nos services publics, de précarisations généralisées, de régression sur nos libertés, de marchandisation de la santé, de l’école… Cinq an­nées qui permettraient à la droite et au patronat de réaliser un vieux rêve : celui de détricoter totale­ment les conquis et acquis sociaux arrachés dans notre pays depuis plus d’un siècle.

Voilà ce qui se joue en 2022.

Mettre un terme à cette spirale de la régression sociale est une urgence. D’autant plus que si elle devait se poursuivre cinq années de plus, nous pourrions atteindre une situation de non retour sur l’ampleur des régressions sociales, avec un sentiment d’impuissance, de résignation qui pèse lour­dement et l’impact électoral du vieillissement de la population.

Notre responsabilité aujourd’hui est claire: tout mettre en oeuvre pour empêcher un tel scénario et ouvrir une nouvelle page et créer les conditions d’ouvrir une alternative dans ce pays. Après 2022 il sera peut-être trop tard.

LE RASSEMBLEMENT DE LA GAUCHE SUR UN PROGRAMME DE RUPTURE EST-IL POSSIBLE ?

Crise sanitaire, sociale et économique, crise climatique… Tout cela bouscule les repères préé­tablis et appelle à des politiques de rupture. Cette idée a marqué des points dans le pays, particulièrement parmi les forces de gauche. Cela est à noter, un point de bascule important a été atteint.

En effet depuis les années 1990, sous l’impulsion notamment de Tony Blair et Bill Clinton, les cou­rants ascendants à gauche étaient ceux de la « troisième voie ». Il s’agissait alors d’accepter le capi­talisme, les inégalités et les violences qui en découlent, et de préserver à la marge quelques poli­tiques vaguement sociales. La gauche de l’aménagement du système régnait encore, il y a quelques années, dans de nombreux pays occidentaux. En France de ce point de vue, le quinquennat de François Hollande a été caricatural.

La situation est aujourd’hui très différente. Le Parti socialiste, très affaibli n’est plus en mesure de revendiquer le leadership idéologique sur la gauche. Le résultat de Jean-Luc Mélenchon en 2017 montre qu’il est possible de rassembler des millions d’électrices et d’électeurs sur un projet rupture avec les politiques libérales, projet d’ailleurs très inspiré par les propositions du parti communiste. Enfin si EELV est soumis à des influences contraires, il est à noter que les mouvements sociaux pour le climat posent tous, sans exception, la question du capitalisme.

En effet, au-delà de la vague profonde des gilets jaunes, porteuse d’une nouvelle exigence de jus­tice sociale, les mouvements et des mobilisations d’une très grande ampleur se sont multipliées, jusqu’au coeur de la pandémie : pour défendre les retraites, le service public de santé, les droits de la jeunesse, les luttes contre les discriminations d’origine ou de genres, mais également la défense des libertés les plus essentielles face à un ordre toujours plus sécuritaire. Ces colères cherchent à se coaguler, non pas dans une logique d’alternance, mais pour écrire une nouvelle page de l’histoire sociale du pays.

Malgré ses faiblesses, le PCF est en position de force dans ce contexte où la gauche se tourne de nouveau vers la rupture avec le système dominant. Nous sommes en effet identifiés comme un parti pivot, comme une organisation historique et légitime de la gauche, qui n’a pas trahi. Il serait donc dramatique que nous prenions la décision de nous isoler, plutôt que de donner toute la force possible à nos idées, aux côtés de l’ensemble de la gauche.

Si nous le décidions, nous pourrions être identifiés au travers de quelques propositions commu­nistes, à porter dans le cadre de campagnes politiques, à l’Assemblée et au gouvernement si la gauche reprend le pouvoir. Cela garantirait la nature des politiques menées, car la gauche ne peut se payer le luxe de décevoir une fois de plus ; assurant du même coup notre visibilité et notre cré­dibilité.

LE PARTI COMMUNISTE S’EFFACE-T-IL DANS LE CADRE DES RASSEMBLEMENTS AUXQUELS IL PARTICIPE ?

En France, le destin du Parti communiste et de la gauche sont indissociablement liés. Sans une gauche dynamique et conquérante, les idées communistes ne peuvent prospérer. Sans idées communistes influentes, l’espace politique de la gauche se morcelle et disparaît. C’est pourquoi la stratégie politique des communistes a presque toujours reposé sur le rassem­blement.

Bien-sûr, l’union n’est pas un but en soi. Mais dans les urnes comme dans les luttes, c’est aussi le moyen de faire reculer les forces réactionnaires, celles qui sont les plus directement liées au capital. C’est également celui d’arracher de nouvelles conquêtes sociales pour une vie meilleure. C’est enfin une forme d’électrochoc pour la population, le moyen d’aider le monde du travail à mesurer sa force revendicative, de lui permettre de nourrir l’espoir que des changements plus profonds, de portée révolutionnaires sont possibles.

Du Front populaire au programme commun en passant par le programme du Conseil national de la résistance, le Parti communiste français n’a jamais esquivé la question de l’exercice du pouvoir, et donc du rassemblement. Faire aujourd’hui le choix d’une candidature qui n’aurait vocation qu’à témoigner de l’existence de notre parti et de nos idées, ce serait rompre avec toute notre tradition politique et liquider cet héritage.

Aux yeux de beaucoup de nos compatriotes, qui sans voter pour notre parti, nous voient néanmoins comme un repère fiable d’une gauche qui s’est toujours inscrite dans une logique de rassemble­ment à vocation majoritaire, ce serait un signal funeste, source de désespérance : « si même le PCF rentre dans la logique de division, c’est bien foutu » diraient-ils.

A l’inverse, alors que les citoyennes et citoyens manifestent très majoritairement un désir de rassem­blement à gauche, si notre parti apparaissait comme à l’initiative de cette dynamique le moyen d’y parvenir, cela ne pourrait que contribuer à nous faire revenir sur le devant de la scène politique. Nul besoin de candidat·e à la présidentielle pour cela si nous affirmons que nous ne voulons rien pour nous-mêmes, mais que nous sommes au service du collectif, sur la base d’objectifs politiques clairs et d’un programme de rupture.

Ce renforcement de notre parti en influence, notamment en terme d’adhésions, s’est toujours pro­duit lorsque nous avons su témoigner de ce souci : ce fût vrai lors du Front populaire, vrai également à la Libération, vrai encore lorsque nous avons suscité le programme commun, et vrai à nouveau avec le Front de gauche qui aura vu toute une génération militante rejoindre nos rangs.

Si nous savons nous hisser à la hauteur de la situation, ce sera vrai demain dans le cadre du rassem­blement à construire. Loin de l’effacement, c’est bien à une nouvelle page de l’histoire de notre parti que nous pourrions écrire.

QUELLE COHÉRENCE ENTRE L’HYPOTHÈSE D’UNE CANDIDATURE COMMUNISTE AUTONOME ET NOTRE STRATÉGIE DE «PRIMAUTÉ AU MOUVEMENT POPULAIRE» ?

Notre parti a fondé sa stratégie durant les dernières décennies sur le principe de « primauté au mouvement populaire ». Si ces dernières années, les discours se sont multipliés dans notre parti pour remettre en cause notre stratégie, le 38ème Congrès du PCF qui s’est tenu à l’automne 2018 n’a pas remis en cause le fait que celle-ci accord la « primauté au mouve­ment populaire ».

La résolution adoptée à l’issue de ce congrès spécifie qu’il « nous faut un parti qui initie et travaille à partir des aspirations multiples du mouvement populaire pour construire des propositions utiles à la transformation sociale. Nous voulons être le parti de l’initiative communiste » (Cf. Chapitre 6 - «Pour un Parti communiste utile, agissant, audacieux et novateur, internationaliste et révolutionnaire»).

Selon les derniers sondages, il se trouve une très large majorité d’électrices et d’électeurs pour sou­haiter une candidature unique à gauche face au piège d’un duel annoncé Macron-LePen. Si ce ne sont ni les sondages, ni l’opinion publique qui doivent en tant que tels dicter les choix du Parti Com­muniste, il paraîtrait tout de même un peu étrange de totalement les ignorer.

S’il se trouve donc une telle majorité (allant même jusqu’à 81% des électrices et électeurs dits de gauche), c’est que chacun a bien conscience du risque encouru au travers d’un duel Macron-LePen à l’issue incertaine, et de la nécessité d’essayer de créer les conditions favorables à la présence d’un·e candidat·e de gauche au second tour.

Se pose donc la question : en quoi une candidature communiste à l’élection présidentielle va-t-elle à la rencontre de ce sentiment général tel qu’il s’exprime ? En quoi va-t-elle être perçue comme « utile » ? Et de quelle façon entend-on respecter la « primauté au mouvement populaire » dont nous nous revendiquons si l’on se contente d’inviter les citoyennes et citoyens à se rallier d’ores et déjà à une candidature PCF et à soutenir ses propositions si justes soient-elles à nos yeux ?

Ne serait-il pas plus judicieux, plus compréhensible par nos électrices et électeurs et nos sympathi­sans potentiels, et plus conforme à notre stratégie, d’inviter au contraire largement nos concitoyens à intervenir directement dans le débat électoral de la présidentielle et des législatives pour tenter de co-construire une issue conforme à leurs attentes ?

UN PACTE LÉGISLATIF EST-IL POSSIBLE SANS ACCORD NI CAMPAGNE COMMUNE POUR L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE ?

Des camarades affirment que les élections législatives et les élections présidentielles sont liées. D’autres prétendent qu’il serait possible de mener campagne pour un candidat commu­niste à l’élection présidentielle, tout en établissant un accord avec d’autres forces à gauche, un « pacte législatif » pour les élections législatives. Qu’en est-il exactement ?

Depuis l’inversion du calendrier électoral, les élections législatives ne font que confirmer le résultat de l’élection présidentielle. En 2002, 2007, 2012 et 2017, il n’y a eu aucune exception à ce méca­nisme. L’opposition ne peut compter sur un étiage électoral important à la présidentielle ou sur l’implantation de ses sortants pour faire face à la vague. Si le PCF depuis 2002 à su résister grace à ses élu-e-s localement très implanté le nombre de ceux-ci ne cesse de se réduire.

Nous concernant, une marginalisation possible à l’élection présidentielle ne peut qu’être confirmée par une marginalisation aux élections législatives.

Des camarades partisans d’une candidature issue du PCF à l’élection présidentielle avancent l’idée qu’il serait possible, tout en présentant notre propre candidat à la présidentielle, de travailler en parallèle à un pacte pour les élections législatives. Cette hypothèse est très discutable.D’abord les électrices et électeurs seraient fondés à s’interroger sur le fait qu’un accord aurait pu s’élaborer pour les élections législatives sans qu’il fût possible pour la présidentielle.

Ensuite, il y a fort à parier au contraire, même dans l’hypothèse qu’un « pacte législatif » put être scellé en amont, que les rancoeurs ne prennent le pas sur la raison, et que le désastre d’une pré­sidentielle ne soit le terreau de règlements de comptes fratricides aux législatives. Et si la volonté existait, c’est bien-sûr sur la base des résultats à l’élection présidentielle que les discussions pour­raient s’engager entre les forces : le pari d’une performance électorale à la présidentielle pèserait alors lourdement sur cet accord aux législatives, et des forces aujourd’hui absentes de l’Assemblée nationale (EELV) pourraient faire monter les enchères

En outre, on voit mal comment, après le pugilat de la présidentielle où pour se distinguer les can­didat·e·s s’affronteront d’autant plus brutalement que leurs programmes seront proches et leur électorat commun, le moindre pacte pourrait être ensuite scellé entre ces forces dans le tumulte des quelques semaines qui séparent la présidentielle des législatives. Les circonscriptions où nous comptons des sortant·e·s et qui furent souvent et déjà disputées entre forces de la gauche et de l’écologie en 2012 puis en 2017, feraient probablement l’objet de nouvelles confrontations. Sans perpectives de conquêtes, ce sont nos derniers sortant·e·s qui seraient alors menacés.

Une telle stratégie risque en réalité de compromettre l’existence d’un groupe communiste à l’Assem­blée nationale, qui aujourd’hui ne compte que onze député·e·s communistes et n’a pu se constituer en tant que tel que grâce à un accord technique avec 5 député·e·s ultramarins. Ce serait, après notre disparition du parlement européen, une nouvelle et grave déconvenue.

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