SOLIDARITÉ AVEC AMARILDA ET SA FAMILLE (par R.H.)

Amarilda Mitaj, élève de seconde au lycée Arago à Perpignan, de nationalité albanaise, est menacée d'expulsion, ainsi que ses deux parents et son petit frère. Ils peuvent à tout moment être reconduits en Albanie où leur vie est en danger.

 

La famille Mitaj d'origine albanaise, père, mère et deux enfants, a fui son pays le 9 novembre 2016 pour venir se réfugier en France. Le 14 novembre, elle s'est retrouvée à Montpellier et a immédiatement déposé une demande d'asile. Puis elle s'est rendue à Perpignan où elle a été placée dans un CADA. Les demandes d'asile du couple ont été rejetées par l'OFPRA le 17 mai 2017 et les recours devant la CNDA, le 16 octobre 2017.

La famille était venue en France pour obtenir une protection des autorités. Cette demande était-elle infondée et ses motifs imaginaires ?

C'est ce que suggérait l'OFPRA « les documents présentés ne permettent pas de tenir les faits allégués pour établis, ni de regarder comme avérés les risques d'atteinte graves auxquels il (il s'agit de monsieur Mitaj-NDLR) se dit exposé ». La CNDA avait surenchéri « « ni les pièces du dossier , ni les déclarations faites à l'audience devant la cour ne permettent de tenir pour établis les faits allégués.. »

Quels sont donc ces faits soi-disant « allégués » ?

Dans sa déclaration écrite à l'OFPRA, monsieur Mitaj précise qu'en juillet 2016, il a été « en conflit avec une autre famille », l'un des membres de celle-ci ayant « tenté d'embêter sa fille mineure ». L'explication qu'il a avec cette personne tourne à l'affrontement. Deux mois plus tard, le 26 septembre 2016, alors que M. Mitaj rentre chez lui dans un taxi collectif, le véhicule est pris pour cible par trois hommes en arme mais parvient à s'échapper. M. Mitaj reconnaît dans les agresseurs, les membres de la famille avec laquelle il est en conflit. Selon son récit, la police se rend sur les lieux de l'agression et « a commencé une enquête ». Dans le texte de rejet de l'OFPRA on peut lire que « les agresseurs ont été interpellés par les autorités puis libérés quelque temps plus tard ». Un fait que M. Mitaj ignore lorsqu'il décide de quitter l'Albanie « par peur, écrit-il, qu'ils s'attaquent à ma famille ». Ce récit daté du 14 décembre 2016 est porté à la connaissance de l'OFPRA qui, comme le suggère son rapport, a dû mener une enquête et réunir des informations complémentaires qui confirment le récit de M. Mitaj. Elle sait aussi que sa fille aînée, par ailleurs mariée, restée en Albanie « a été menacée à plusieurs reprises ». Mais cela ne convainc pas l'OFPRA. « L'intéressé, écrit-elle, se serait borné à des assertions sommaires et elliptiques », ajoutant qu'il se serait « limité à un récit laconique dont n'émerge aucun élément susceptible de témoigner d'une expérience vécue ». Et pourtant, M. Mitaj a produit des liens vidéos émanant de chaînes de télévision albanaise et de coupures de presse qui attestent de la véracité de son récit. Certes, elles sont en albanais et que l'intéressé n'y est désigné que par ses initiales K.M (pour Kastriot Mitaj) et pour l'OFPRA ce ne sont pas des preuves probantes.

A la suite des rejets de l'OFPRA puis de la CNDA, la famille, déboutée de sa demande d'asile, bascule dans un état de non droits, celui des sans-papiers, avec en permanence la menace d'une expulsion et en Albanie où K.M risque de perdre la vie.

Un espoir vite déçu : Dans l'édition du 15 octobre 2016 d'un journal albanais, K.M. est cité en toutes lettres 

Sur les recommandations de l'Asti (Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s) du département des Pyrénées-Orientales, M. Mitaj contacte des proches restés en Albanie. Ils finissent par retrouver un article paru dans l'édition du 15 octobre 2016 du journal Shquiperai-Etnike qui revient sur l'agression dont a été victime Kastriot Mitaj, celui-ci étant cité en toutes lettres. L'article confirme en tout point son récit. Cet élément totalement nouveau permet à l'Asti de monter un dossier de demande de réexamen. Les preuves sont irréfutables, tous les espoirs sont permis. Las, le 18 avril 2018, l'OFPRA rejette à nouveau cette demande prétextant que « l'article de presse...(fait) état d'une agression dont un dénommé « M.K » a été victime.. » L'article, accompagné d'une traduction assermentée, n'a donc pas été lu, ce qui témoigne d'une désinvolture manifeste de la part de l'OFPRA. Une désinvolture qui peut coûter la vie à une personne. Dans le mois qui a suivi, un recours a été déposé devant la CNDA. La réponse n'est toujours pas connue. L'appel n'étant pas suspensif, le 3 août , elle assigne à résidence la famille dans un hôtel, en lui délivrant des OQTF (obligation à quitter le territoire français). Le 27 août, elle leur fait remettre par la PAF (police aux frontières) une feuille de route pour un embarquement deux jours plus tard dans un avion à destination de l'Albanie.

Mais c'était sans compter sur la solidarité

Le mercredi 29 août, très tôt le matin, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant leur hôtel. Parmi elles, nombre d'enseignant.e.s du collège dans lequel la jeune Amarilda Mitaj a brillamment terminé son année de troisième. La police n'a pas insisté. Depuis les Mitaj sont toujours assignés à résidence, mais la solidarité n'a pas eu de trêve. Chaque mercredi, un rassemblement est organisé devant la préfecture pour réclamer l'annulation de toute procédure d'expulsion et la régularisation de ces personnes. C'est Amalrilda qui s'exprime dans les médias locaux et porte l'espoir d'une vie meilleure chez nous pour toute sa famille. Elle est devenue un peu comme un symbole de ce que devrait être l'accueil des réfugié.e.s en France.

Roger Hillel 27 septembre 2018

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