Le 155 ne répond plus (par R.H.)

Elections en Catalogne. Avec 70 députés élus, le camp indépendantiste remporte la majorité absolue au Parlement. Ciutadans prend la relève du parti de Rajoy. La coalition de gauche radicale Catalunya En Comù Podem n'a pas convaincu.

Mariano Rajoy vient de fixer la séance inaugurale du Parlement de catalogne au 17 janvier. D'ici là, les forces catalanes en présence auront pris leurs marques à partir des scores obtenus aux élections des législatives du 21 décembre (voir encart). D'emblée, quatre données s'imposent : la participation a atteint des records avec un taux de 81,94 %, les trois partis indépendantistes et républicains ( Junts per Catalugna, ERC-CatSi, CUP) recueillent 47,4 % des voix et dépassent, avec 70 sièges sur 135, la majorité absolue au parlement, les trois partis anti indépendantistes ( Ciutadans, PSC, PP) font 43,49 % des voix et ont 57 élus, et, donnée qui a échappé a beaucoup d'observateurs, les partis qui se sont opposés à l'application de l'article 155 de la constitution espagnole qui a mis la Catalogne sous tutelle, soit donc les indépendantistes et la coalition de gauche radicale Catalunya En Comù Podem, représentent 55 % des voix et 78 députés. Ainsi, malgré la répression policière et judiciaire, malgré toutes les aides matérielles et médiatiques dont ont bénéficié les partisans du 155, les partis indépendantistes font mieux qu'en 2015.

Ce à quoi il faut tordre le coup

Dans ces conditions, laisser entendre que c'est un « retour à la case départ » est un non sens. Il y en a bien d'autres auxquels il faut tordre le cou. Ainsi, si le parti de Rajoy est effectivement en déroute, il perd 7 députés par rapport à 2015, il ne laisse aucunement la place à un parti plus fréquentable de centre-droit, que serait Ciutadans. En fait, la bourgeoisie catalane et plus globalement espagnole est en train de lâcher PP au profit de Ciutadans, sachant que derrière sa soi-disant modernité il est tout autant attaché à la constitution post franquiste de 1978, pro monarchiste et anti autonomiste. Quant à mettre dans le même sac, cette droite ultra réactionnaire, aussi bien la discréditée que la jeuniste, avec celle de Puigdemont, c'est se priver de comprendre quoi que soit à ce qui se passe en Catalogne. En tout cas, c'est une erreur que n'a pas commise la coalition CatComù-Podem (Podemos, Izquierda Unida, et le parti de Ada Colau). Pour le reste, à en juger par ses résultats, elle n'a pas convaincu. Après s'être prononcée contre l'idée d'indépendance qui, de son point de vue, a occulté la question sociale et fait campagne pour un état fédéral plurinational et républicain comment se positionnera-t-elle vis à vis d'un gouvernement catalan qui ne pourra être dirigé que par des indépendantistes ? Ces derniers relanceront-ils la déclaration unilatérale d'indépendance ? Et dans tout cela, le gouvernement espagnol va-t-il persévérer dans la voie liberticide et répressive ? Nous en saurons plus le 17 janvier.

Roger Hillel

Les résultats des élections du 21 décembre

Parti                         % en voix  Nombre de députés

Junts per Catalugna   21,65                34

ERC-CatSi                21,39                32

CUP                           4,45                   4

CatComù-Podem        7,45                   8

Ciutadans                   25,37                 36

PSC                            13,88                17

PP                                 4,24                  4



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