Limites et ambiguïtés de la vague verte

Elections municipales. Comment expliquer que plusieurs grandes villes ont été conquises sur la droite par des listes d'union des gauches et des écologistes conduites par des Verts? L'analyse est rendue difficile par l'explosion de l'abstention.

Que veut dire Yannick Jadot lorsqu'il analyse les résultats des municipales comme « une recomposition du paysage politique, autour de l’écologie  » ? Nul doute qu'il revendique une recomposition des forces politiques de gauche autour de son parti. L'écologie serait donc à la fois le contenu doctrinal et la force politique qui l'incarne. Ce qui est le moins contestable, c'est que les problématiques écologiques se sont imposées sur tout le territoire avec des effets plus marqués dans les grandes villes. La dynamique venait de loin, au moins depuis 2014, avec l’apparition des premières « marches pour le climat » en amont de la COP21. Dans la foulée, les Verts avaient centré leur campagne pour les Européennes sur les préoccupations environnementales, mettant quelque peu en sourdine les questions sociales avec le slogan central « Sauvez l'Europe pour sauver le climat ». Cette orientation expliquerait qu'ils se soient placés en tête de la gauche. Il faudrait aussi examiner de près comment cette orientation politique a évolué en peu de temps vers la revendication de justice climatique concomitamment avec justice sociale. Il n'échappe à personne que la crise sanitaire a été un considérable accélérateur, précédée par la révolte des Gilets jaunes et la colère du mouvement social. Pour les municipales, il semble que cette liaison a été faite par de nombreuses listes de rassemblement, en particulier par celles conduites par des Verts. Cela tient peut-être au fait que ces listes étaient constituées d'un mélange d'écologistes, de communistes, d'insoumis, de socialistes et de citoyen.ne.s, dans lesquelles des colistiers, spécialement les communistes, étaient plus sensibles aux questions sociales. Mais, ce peut-être aussi parce que, désormais, les Verts font leur la combinatoire des deux justices.

Les Verts gagnent s'ils ne sont pas seuls

La percée des listes conduites par des Verts est indéniable. Sortir la droite dans sept villes de plus de 100 000 habitants : Tours, Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Annecy, et conserver Grenoble, ce n'est pas un mince exploit. Mais, les Verts n'ont gagné que parce ces listes étaient d'union. De sorte que, lorsque Jadot attribue ces victoires à ses seul.e.s ami.e.s, il fait l'impasse sur la dimension de leur alliance avec les gauches. C'est l'avis de Vanessa Jérôme, politologue associée à l’université Paris-I, qui estime  que « Ce n’est pas une vague verte : l’écologie gagne, mais quand les Verts sont partis seuls, ils ne transforment généralement pas l’essai ». Mais, d'un autre côté, on voit le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, occulter que les têtes de liste étaient écologistes, lorsqu'il déclare que « là où les forces de gauche et écologistes se sont unies avec des citoyens pour mettre les politiques sociales de solidarité et écologiques au cœur de leur ville, elles ont gagné ». Vanessa Jérome n'a certainement pas tort lorsqu'elle avance que « C’est à la fois une victoire de la gauche unie, et une victoire de l’écologie, que tout le monde va désormais essayer de s’approprier. »

Des analyses à prendre avec des pincettes

Pour autant, l'avis de Vanessa Jérôme n'est pas partagé pour tous les politologues. Ainsi, Pierre Martin de l’IEP de Grenoble, examinant les résultats des Verts, explique que  « Il ne faut pas oublier que ce succès s’inscrit dans un contexte : l’effondrement de la participation. La vague s’est produite à l’intérieur d’un vide, alors gare à une sur interprétation des résultats. L’abstention est telle que l’on doit reconnaître qu’en réalité, aucune offre politique n’a convaincu une majorité d’électeurs. » Effectivement, l'abstention a frôlé les 60% soit environ 20 points de plus qu'aux précédentes municipales de 2014. Quelle est alors la part des raisons conjoncturelles dues au Covid-19 dans un mouvement de hausse tendancielle et structurelle de l'abstention ? Et surtout, quelles sont les raisons profondes du processus de dépossession de la souveraineté populaire qui jusque là avait épargné les élections municipales ? Vaste question.

 

Roger Hillel, 6 juillet 2020

 

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