Ni dupes ni soumis.es

A propos de l'appel des artistes, créatrices et créateurs: Nous ne sommes pas dupes

Dans la tribune publiée dans l'édition du 4 mai du journal Libération, des artistes, créatrices et créateurs prennent parti pour le mouvement des gilets jaunes et conspuent « le pouvoir (qui) cherche à (le) discréditer et (le) réprime sévèrement ». Parmi les 1400 premiers signataires figurent des comédiennes et comédiens plus habitué.e.s aux strass et aux paillettes qu'aux pavés dans la mare. Il faudra donc se défier d'une réaction simpliste car leur appel n'est en rien celui de bobos nantis ou de gentils bisounours. Car il ne faut pas s'y tromper, ce texte polémique et radical est un véritable manifeste politique. Il ne prétend pas produire une analyse originale du mouvement des gilets jaunes, se contentant de le qualifier de « mouvement de citoyen.ne.s qui ne se rattache à aucun parti » et est à l'origine d'une « mobilisation historique ». C'est un point de vue que je partage. Tout autant que sa condamnation du pouvoir qui use, écrivent-ils, « de toutes les ficelles » pour discréditer les Gilets Jaunes et réprime sans limites. Les signataires se disent « révolté.e.s par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire ». Leur révolte est la mienne. Il est aussi notable pour un militant comme moi, souvent taxé de doctrinaire comme ses autres camarades, de lire que « La violence la plus menaçante est économique et sociale. C’est celle de ce gouvernement qui défend les intérêts de quelques-uns aux détriments de tous et toutes. » Enfin, et ce n'est pas le moindre intérêt de ce texte, c'est qu'il manifeste une conjonction entre le monde de la culture et celui du travail, travail dans son acception marxiste. Il n'y a pas de confusion. Les exploité.e.s luttent dans les rues, les ronds-points, les lieux les plus divers de l'exploitation capitaliste, de l'usine à l'école, tandis que les artistes, créatrices et créateurs utilisent leur pouvoir « celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art ».

 

 

L’APPEL DES ARTISTES, CRÉATEURS ET CRÉATRICES

« NOUS NE SOMMES PAS DUPES »

Depuis plusieurs mois le mouvement des Gilets Jaunes, sans précédent dans l’histoire de la Vème République, bat le pavé de nos rues.

Un mouvement de citoyen.ne.s, né spontanément, qui ne se rattache à aucun parti politique.

Un mouvement qui mobilise des dizaines de milliers de français chaque samedi, depuis plus de 6 mois, et qui est soutenu par des millions d’autres.

Un mouvement qui réclame des choses essentielles : une démocratie plus directe, une plus grande justice sociale et fiscale, des mesures radicales face à l’état d’urgence écologique.

Ce qu’ils demandent, ils le demandent pour tou.te.s. Les Gilets Jaunes, c’est nous. Nous artistes, technicien.ne.s, auteur.rice.s, de tous ces métiers de la culture, précaires ou non, sommes absolument concerné.e.s par cette mobilisation historique.

Et nous le proclamons ici : nous ne sommes pas dupes.

Nous voyons bien les ficelles usées à outrance pour discréditer les Gilets Jaunes, décrits comme des anti-écologistes, extrémistes, racistes, casseurs… La manœuvre ne prend pas, ce récit ne colle pas à la réalité même si médias grand public et porte-paroles du gouvernement voudraient bien nous y faire croire.

Comme cette violence qu’ils mettent en exergue chaque samedi.

Pourtant la violence la plus alarmante n’est pas là.

Le bilan de la répression s’aggrave chaque semaine. Au 19 avril 2019, on recensait 1 décès, 248 blessé.e.s à la tête, 23 éborgné.e.s, 5 mains arrachées chez les manifestant.e.s. C’est indigne de notre république.

Et nous ne sommes pas les premier.e.s à le dénoncer : Amnesty International, La Ligue des Droits de l’Homme, l’ONU, l’Union Européenne, le Défenseur des Droits, tou.te.s condamnent les violences policières sur les Gilets Jaunes en France.

Le nombre de blessé.e.s, de vies brisées, d’arrestations et de condamnations dépasse l’entendement. Comment peut on encore exercer notre droit de manifester face à une telle répression ? Rien ne justifie la mise en place d’un arsenal législatif dit « anti-casseur » qui bafoue nos libertés fondamentales.

Nous ne sommes pas dupes. La violence la plus menaçante est économique et sociale. C’est celle de ce gouvernement qui défend les intérêts de quelques-uns aux détriments de tous et toutes. C’est la violence qui marque les corps et les esprits de celles et ceux qui s’abîment au travail pour survivre.

Puis nous devons – c’est une urgence historique – affronter collectivement la crise écologique et trouver des solutions justes et efficaces, afin de laisser un monde vivable à nos enfants.  Nous ne sommes pas dupes. Ce gouvernement n’a cessé de reculer sur la question pour ne pas inquiéter les responsables du désastre annoncé. Les Gilets Jaunes le dénoncent comme les militants écologistes. Aujourd’hui la convergence des luttes sociales et environnementales est en route.

Nous continuerons à nous indigner, plus fort, plus souvent, plus ensemble.

Et aujourd’hui, nous appelons à écrire une nouvelle histoire.

Nous écrivain.ne.s, musicien.ne.s, réalisateur.rice.s, éditeur.rice.s, sculpteur.rice.s, photographes, technicien.ne.s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinateur.rice.s, peintres, circassien.ne.s, comédien.ne.s, producteur.rice.s, danseur.se.s, créateur.rice.s en tous genres, sommes révolté.e.s par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire.

Utilisons notre pouvoir, celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois.

Rien n’est écrit. Dessinons un monde meilleur.

 

 

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