Appel des 113 : une pétition piégée

Une trentaine d'associations et de nombreuses personnalités, au total 113, ont lancé un appel à l'occasion des 113 ans de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat plus connue sous la désignation de loi de 1905.

 

Le clin d'oeil est appuyé mais l'opportunité de cet appel n'est pas contestable puisque les signataires « s'élèvent contre toute révision de ce texte, même sous prétexte de lutter contre des menées communautaristes. » Il se trouve en effet que le gouvernement s’apprête à faire voter une modification de la loi fondatrice de la laïcité en France. J'ai dans un article publié dans le TC n°3762 16-22 nov (voir infra) montré que les véritables intentions de ce remaniement sont de contrôler l'islam de France. L'appel des 113 fustige-t-il cet objectif ? Pas du tout. D'abord, on sera des plus réservés à l'égard d'une terminologie qui attribue à la loi de 1905 des vertus incomparables en particulier celle d'être « la clé de voûte de l’édifice démocratique et républicain qui nous abrite », comme si cet édifice n'avait rien à craindre d'autres que les attaques contre la laïcité et ne chancelait pas déjà sous les coups du système capitaliste. Mais il y a plus grave. Au diapason des intentions gouvernementales, les signataires déclarent être « conscients des inquiétudes soulevées par les menées communautaristes et par les dérives intégristes de l’islamisme politique, qui affaiblissent la société française. » Le catholicisme et le judaïsme politiques, qui sévissent à tout propos en France sont délibérément ignorés. On n'en sera pas autrement surpris en découvrant parmi les signataires les noms d'essayistes connus pour leur vindicte anti islam et/ou leur phantasme complotiste. (La liste complète est sur le site https://www.marianne.net/debattons/tribunes/appel-des-113-nous-nous-opposons-aux-modifications-de-la-loi-de-1905). Tout au plus sera-t-on surpris d'y trouver des intellectuels dont on n'aurait pas imaginer qu'ils puissent se faire si grossièrement piéger.

 

L'islam en ligne de mire

(Article publié dans leTC n°3762 16-22 nov)

Laïcité. Le gouvernement revenant sur le principe de la séparation des églises et de l'Etat s'apprêterait à réécrire partiellement la loi de 1905 dans le but de contrôler l'islam de France.

Depuis longtemps, réactionnaires et conservateurs rêvent de l'abolition de la loi de séparation des Églises et de l’État dite loi sur la laïcité de 1905. Aujourd'hui, leurs tenants se retrouvent dans les franges les plus radicales du catholicisme et de l'islamisme. D'autres ne vont pas jusque là, mais se contenteraient d'un toilettage de la loi. Il y a déjà eu la tentative en 2004, alors que Sarkozy était ministre de l'Intérieur, de modifier la loi pour donner à l’État les moyens de contrôler le financement des cultes, plus particulièrement le culte musulman. Cette affaire revient sous la houlette du régime macroniste. Le gouvernement s’apprêterait à déposer, au début de l'année 2019, un projet de loi allant dans ce sens. La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, vient de déclarer que « L’urgence, c’est de travailler sur un islam de France qui apporte de l’apaisement ». L'objectif affiché serait de se prémunir contre l'intégrisme islamiste. Sauf, que l'argument ne tient pas. Sur les 8 millions de Français que les enquêtes d'opinion désignent un peu abusivement comme étant musulmans, la moitié se réclamerait de confession musulmane, or, selon les sources du ministère de l'Intérieur, moins de 20 000 individus sont ciblés comme des islamistes radicaux. Une infime minorité donc qui relève de la délinquance, voire de la criminalité. Et ce serait donc pour cette poignée de musulmans égarés qu'il faudrait modifier la loi sur la laïcité ? Pour donner de la crédibilité à son projet, le gouvernement se propose, en particulier, d'y inclure le contrôle du financement des associations cultuelles musulmanes qui assurent le financement de la construction des mosquées et la paye des imams, sous prétexte qu'elles recevraient des dons de pays étrangers. Mais, ces associations, comme toutes celles relevant de la loi de 1901, sont soumises à des obligations, en particulier celle de présenter chaque année un rapport financier. Si un don s'avérait d'origine douteuse, le service préfectoral chargé de la vie des associations aurait tout loisir d'en vérifier la source et si nécessaire d'en signaler la nature délictueuse.Au final, ce projet de modification de la loi de 1905 cache mal une vision conservatrice de méfiance à l'encontre de l'islam et voudrait que les racines de la France soient essentiellement chrétiennes.

 

 

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