L'après-capitalisme (1) : l’État, mais pas que l’État

Le rôle de l'État au service de l'humain a été réhabilité. Pour autant, des modèles d’appropriation sociale plus diversifiée que la seule propriété publique étatique s'imposent.

La catastrophe sanitaire est , en creux, un considérable révélateur de ce qu'aurait pu être le rôle de l’État s'il n'avait été pourri par tant de décennies de néolibéralisme. Aujourd'hui, l'idée d'un État qui aurait privilégié l'humain aux dépens de la finance et du profit a été réhabilitée aux yeux d'un large public. Constat d'autant plus intéressant que ce public a été abreuvé d'arguties contre l’État plombé par ses pesanteurs, son incapacité à innover et sa tendance au totalitarisme. Mais, si le rôle de l’État revient en force, encore faut-il dessiner les contours de ce qu'il pourrait être dans une société libérée de la dictature de l'argent pour l'argent.

Les contributions pour concevoir le monde d'après

En cette période propice à la réflexion, les contributions foisonnent. Il y a celles d'organisations qui défendent un projet global de transformation de la société. Je pense en particulier au PCF, LaFI, NPA, Génération.s, CGT, Solidaires, FSU, Attac, Fondation Copernic... Il y a celles formulées par de nombreuses associations dont les champs d'intervention sont, en principe, plus limités mais dont les revendications se heurtent de plus en plus aux contraintes du système économique dominant. Je pense à celles qui se battent contre la pauvreté, pour la défense des migrants, contre le dérèglement climatique, pour la défense de l'environnement, pour la transition énergétique, pour une agriculture paysanne, pour la souveraineté alimentaire, contre la malbouffe, pour la simplicité volontaire... A côté de ces contributions collectives, on a des contributions individuelles extrêmement stimulantes, que, pour ma part, je puise essentiellement dans les pages débat de l'Humanité, dans les blogs de Mediapart et du Monde diplomatique, dans AOC...

Un Etat démocratique, conforté et rénové

Nombreuses sont ces contributions qui partent du constat que le capitalisme a considérablement réduit le rôle de l’État et qu'il faut au contraire le conforter et le rénover. Parmi les objectifs qui lui sont assignés, on note des références communes : services publics renforcés/étendus/restaurés, nationalisation/socialisation de secteurs stratégiques industriels, bancaires et financiers, relocalisations industrielles (industrie pharmaceutique...), régénération/développement des divers systèmes de santé... Il est aussi question d'expropriations, réquisitions et reconversions industrielles (armements dont nucléaire militaire, nucléaire civil, secteurs des énergies fossiles, agrobusiness...), de planification , d'annulation de la dette, de transition écologique, de démondialisation, de démarchandisation, d'anti productivisme, d'anti consumérisme … De cet ensemble de références communes; il en ressort des variations notables, jusqu'à des désaccords, parfois importants. Il y a donc un énorme travail à faire pour tout mettre à plat et analyser les convergences et les divergences. Pour autant, tel qu'il se présente, cet ensemble d'objectifs renvoie à un dépassement du capitalisme plus qu'à sa réforme, aussi radicale soit-elle. Il appelle plus au remplacement du marché qu'à son encadrement. Cela va donc bien au delà d'un État – providence, simplement protecteur et redistributeur

Verticalité et horizontalité

On voit se dessiner un État qui assurera, pour une part déterminante, la régulation de la création des richesse et de leur distribution. Ces deux fonctions essentielles, plus ou moins directement pilotées et contrôlées par des institutions publiques, privilégient la verticalité. Or, cette verticalité n'a pas que des avantages. Elle est sujette à un tropisme pour le dirigisme et la bureaucratie. L'échec de l'étatisme soviétique l'a bien montré. Ce tropisme devrait être limité par l'instauration de critères de décision et de gestion démocratiques et par l'attribution de nouveaux droits aux producteurs et aux usagers. Mais, il n'en reste pas moins, que cette verticalité génère des rapports de pouvoir entre savants et sachants, sachants et utilisateurs. Pour la contrebalancer, il faut l'assujettir à une horizontalité qui permettrait de soustraire au pouvoir étatique de larges pans d'activités économiques et de services dont la propriété et la gestion relèveraient de structures collectives ou mutualistes. Ces activités existent déjà sous forme de SCOP, AMAP, Fablabs...Elles échappent, au moins en partie, à la logique capitaliste marquée par la propriété privée, le marché, la concurrence et le profit. De plus, y prévaut, à des degrés plus ou moins poussés, la gestion collective ou au moins partagée. Celles et ceux qui pensent que ces activités pourraient être le cœur de l'alternative au capitalisme se trompent. Par contre, ces expériences, ici et maintenant, facilitent la compréhension de ce que pourrait être une gestion non étatisée de certains secteurs économiques et l'invention de modalités d'autogestion de secteurs stratégiques productifs et financiers nécessitant une intervention soutenue de l’État. Ces nouvelles pratiques économiques et d'expérimentations sociales renvoient à la problématique des « communs ». J'y reviendrai dans un prochain article.

Roger Hillel 9 mai 2020

 

 




 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.