Rapport Badinter, condamnation des huit ex-salariés de Goodyear, prolongation de l’état d’urgence et son inscription, ainsi que la déchéance de la nationalité, dans la Constitution, démission du gouvernement de Christiane Taubira, nouvelle sortie de Macron contre les 35 heures, brevet « d’efficacité » qui lui a été officiellement décerné par Manuel Valls… Non, ce n’est pas un inventaire à la Prévert, tant tout cela est cohérent. le rapport Badinter avec ses 61 grands principes par lesquels il entend remplacer le Code du travail ouvre la porte à la réécriture totale des droits sociaux vers le bas. La condamnation des Goodyears à 24 mois de prison dont 9 de prison ferme a été obtenue sur plainte d’un procureur relevant de l’autorité directe du ministère de la Justice. Le mano a mano Valls-Macron veut spécifier aux salariés que c’est toujours la finance et le Medef qui auront le dernier mot et que la déréglementation généralisée du travail est inéluctable.
Face à cette dérive droitière du pouvoir, le geste salutaire de Christiane Taubira a du sens, tout autant que la publication de son livre « Murmure à la jeunesse », véritable libelle contre la déchéance de nationalité telle que l’ont concoctée Hollande – Valls. Leur décision d’aller coûte que coûte au vote de la révision constitutionnelle prouve, s’il en était encore besoin, qu’avec ce gouvernement, le retour à des orientations de gauche n’est définitivement plus possible. A cela s’ajoute leur prétention que pour combattre le terrorisme, il faut restreindre les libertés et intensifier la guerre, alors que c’est précisément l’engrenage dans lequel Daech veut nous entraîner.
Dans ce contexte destructeur pour la gauche, l’exigence d’une construction alternative est devenue impérieuse. Mais comment repenser tous les fondamentaux de la société : le travail, l’emploi, l’éducation, la culture ? Comment s’y prendre pour que l’échéance de la présidentielle de 2017 ne se transforme pas en un piège mortel pour le mouvement progressiste? Comment éviter le leurre de la personnalisation et du « vote utile » ?
Alors, une primaire citoyenne ? A condition d’en exclure la candidature de François Hollande, ou de toute autre défendant les mêmes choix, c’est peut-être une chance à saisir pour que s’ouvre un large débat entre les forces vives de la gauche politique et sociale