Populisme de gauche. Le fond et la forme

Sur le fond, le populisme de gauche est antinomique de celui de droite. Mais pourquoi seulement sur le fond et pas sur la forme ?

Pour les spécialistes des questions posées par les populismes (cf . En particulier les auteurs de Le retour des populismes, livre collectif dirigé par Bertrand Badie et Dominique Vidal -La Découverte, 2018) les populismes de gauche en Europe sont représentés par La France Insoumise (LFI) en France, Podemeos en Espagne, Syrisa en Grèce. Je ne m’intéresserai ici qu'au populisme revendiqué par LFI. A mes yeux, il est certain que ce mouvement est anticapitaliste, anti impérialiste, antiraciste et antifasciste. On ne peut non plus douter de son empathie avec l'autre, l'étranger et l''immigré. A ce propos les hésitations d'une partie de LFI, entre autres Mélenchon, sur les migrations ne tiennent pas à des réticences à soutenir les réfugié.e.s mais, pour dire vite, à refuser de reconnaître que les migrations volontaires ou contraintes sont devenues incontournables, qu'elles vont s'intensifier et qu'il serait illusoire d'en contenir les flux et a fortiori de les interrompre.

Il ne faut pas tout confondre

Il ne faut laisser entendre qu'il pourrait y avoir ne serait-ce qu'une once de rapprochement avec les idées xénophobes et racistes de l'extrême droite, pour laquelle l'immigré et le musulman représentent l'« ennemi ». Il ne faut pas non plus confondre les conceptions souverainistes et nationalistes du populisme de droite avec celui de gauche. Pour ce dernier, ce qui est décisif c'est de résister bec et ongles au capital national. Par contre, pour le RN/FN il ne s'agit pas de résister au capital national mais de le protéger du capital étranger. Il n'y a aucune rupture avec le capitalisme. Si on occulte cette donnée fondamentale alors on peut faire un amalgame entre les deux populismes, mais au prix d'une contre vérité. Le souverainisme du populisme de gauche pourrait alors se déceler sur la question de l'Europe. On sait que LFI exige la renégociation des traités et dans le cas où ce ne serait pas possible prône une sortie de l'UE pour négocier « un nouveau système alternatif » ce qui n'est clair et relève d'une sous estimation de l'attachement populaire à l'idée de l'Europe, l'idée et non ce qui en a était fait. Car il est évident que la « construction de l’UE n’est pas réformable dans son essence, car ses traités définissent une structure et un processus néolibéraux et militaristes » (déclaration du groupe GUE/NGL au parlement européen) mais envisager d'en sortir relève d'une méconnaissance. des imbrications étroites entre les rapports de force européens et nationaux et des réponses appropriées face à la mondialisation et à l’interdépendance de sociétés à notre époque.

Rien à voir entre LFI et le RN/FN

On retrouve peut-être là de la part de LFI le même déficit d'analyse que sur la question des migrations. Cette hypothèse reste à vérifier. Mais en tout état de cause, la logique de son plan B n'a rien à voir avec le double langage du Rassemblement national qui essaie de se refaire une virginité en clamant son amour récent pour l'Europe. La duplicité est de taille puisque sa position officielle est exprimée dans une déclaration adoptée suite à son séminaire des 21 et 22 juillet 2018 : (extraits)« Tenant compte du message envoyé par les Français lors des élections et, notamment, des inquiétudes exprimées par une partie d’entre eux sur la question de l’euro, ils (les participants au séminaire-NDLR) proposeront aux adhérents de nouvelles modalités et un nouveau calendrier, afin de retrouver, de manière successive et sur la durée d’un quinquennat, nos différentes souverainetés, en commençant prioritairement par la souveraineté territoriale et donc la maîtrise de nos frontières migratoires et commerciales. Afin de se donner le temps nécessaire, le recouvrement de la souveraineté monétaire clôturera ce processus. ».

Quant à la forme ?

Je crois avoir fait, après d'autres, la démonstration que tout amalgame entre LFI et le RN doit être repoussé. Il s'entend sur le fond, car les analyses les plus sérieuses sur les populismes, entre autres le livre cité supra, identifient des traits communs entre tous les populismes qu'ils soient de droite comme de gauche. Ces traits concernent la forme. Le populisme implique l'existence d'un peuple, d'ennemis du peuple et d'un leader seul en mesure de traduire les affects et les exigences de ce peuple. Cela vaut aussi bien pour LFI que pour le RN sauf que pour le premier l'ennemi ce sont les élites au pouvoir qu'elles appartiennent au monde de la politique ou à celui économique et financier. Alors que pour le RN, l'ennemi c'est l'étranger dans toutes ses acceptions, immigrés et élites cosmopolites, à l'exclusion des capitalistes « patriotes ». La mission du leader c'est de fédérer ce peuple, parler en son nom et l'incarner. Pour accéder à ce rôle, il doit bousculer l'obstacle que sont les corps intermédiaires, partis et syndicats. On pourrait multiplier les citations de Mélenchon qui accréditent cette affirmation. Ce peuple serait-il hétéroclite n'existe que parce que un ensemble de couches dominées s'opposent à une minorité. Du coup, les catégories de classes sociales, de gauche et de droite ne sont plus opératoires. Plus encore, ces catégories tout comme les différentes sortes d'élites font partie d'un même système qu'il faut « dégager » . On en trouve la théorisation dans les ouvrages de Ernesto Laclau (La raison populiste ) et de Chantal Mouffe (L'illusion du consensus). Sur le fond le populisme de gauche et celui de droite ne se prêtent à aucun amalgame mais sur la forme force est de constater les ressemblance. Je laisse à d'autres plus savants le soin d'établir si de des liens pourraient exister entre le fond et la forme. Pour ma part, l'antinomie est telle sur le fond entre LFI et RN que je n'en vois pas.

 

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