Le terrible choc du 10 mai 1981

Ce que fut pour moi la soirée au cours de laquelle fut annoncée la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 81

Plus nous approchions de l'échéance de l'élection présidentielle, moins les sondages nous étaient favorables et plus l'inquiétude se faisait palpable dans nos rangs. A chacune de ses apparitions à la TV, Marchais était assailli par « si vous arrivez derrière Mitterrand allez-vous vous désister ? », injonction à laquelle il refusait de répondre. Il ne s'y engagera finalement que le 23 mars 1981 au cours de l'émission Cartes sur table. A l'époque, lorsqu'un sondage nous était défavorable, nous avions l'habitude de dire que le seul valable serait le résultat des urnes. Celui du 26 avril, au soir du premier tour, fut proche de celui donné quelques jours avant dans les médias. G. Marchais n'avait recueilli que 15,4% des suffrages exprimés, largement surclassé par F. Mitterrand avec ses 25,9%. La Parti avait perdu un quart de ses électeurs. Le choc fut terrible. Cette fois ci, le doute n'était plus permis, notre stratégie était bel et bien battue en brèche. Pour moi, cela signifiait que l'espoir d'un passage au socialisme, quand bien même hypothétique et lointain, venait de nous échapper. C'était la matrice même de toute notre stratégie qui volait en éclat. Le PS était en train de réussir le pari dont il s'était vanté en petit comité, celui de nous faire disparaître. Le 10 mai, François Mitterrand l'emporta sur Giscard d'Estaing. Ma femme et moi, nous boudâmes, c'est peu de le dire, la liesse populaire qui s'en suivit. Nous étions restés chez nous, la rage au ventre, obligés de faire bonne figure lorsque des amis du quartier nous téléphonaient pour nous inviter à venir les rejoindre devant la mairie de Villeurbanne afin de fêter ensemble la victoire de la gauche. Nous apprîmes qu'à Paris un énorme rassemblement avait commencé place de la Bastille et que Pierre Juquin y avait pris la parole au nom du PCF pour exalter les perspectives ouvertes par le succès de F. Mitterrand. Cela n'avait pas été de notre goût.

Aux élections législatives des 17 et 21 juin 1981, ce fut le triomphe de la vague rose. Le PS obtint la majorité absolue avec 285 sièges. Le PCF passa de 86 députés dans la législature précédente à 44. La direction du Parti négocia avec le PS un accord de gouvernement et c'est George Marchais qui annonça à la TV l'entrée de quatre ministres au gouvernement : Charles Fiterman, Anicet Le Pors, Jack Ralite et Marcel Rigout. Après quarante sept ans d'absence, des communistes revenaient au gouvernement. C'était l'arbre qui cachait la forêt.

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