Le couple infernal

Macron/Le Pen. Sont-ils à mettre dans le même sac ? C'est une question lancinante que je me pose depuis les élections européennes 2019, et ce qui me taraude c'est que je n'ai pas de réponse univoque.

Ce qui a changé depuis mai 2019, en tenant compte de ce qui se préparait dans les mois qui ont précédé, ce sont les stratégies mises au point par Macron d'un côté et Le Pen de l'autre. Des stratégies en miroir qui visent à créer deux pôles hégémoniques afin d'écarter durablement le spectre de la gauche. Et la gauche, pour ces deux pôles qui ne s'embarrassent pas de nuances, c'est tout ce qui conteste si peu que ce soit le système capitaliste,

Qu'en est-il de ces des pôles ?

Un premier pôle, social(?)-libéral*, consisterait à regrouper dans LaREM les libéraux dit éclairés : droites et centristes présentables, socialistes en rupture de ban, écologistes transcourants. Tout ce beau monde qui derrière des prétentions sociales et humanistes ne rechigne pas à recourir à des politiques de plus en plus liberticides tant est forte sa hantise des révoltes sociales et/ou populaires. Le deuxième pôle, national-libéral*, reviendrait à fusionner autour du RM les droites les plus conservatrices et autoritaires jusqu'aux fascistes avérés. Ces deux pôles concurrents clament de concert que le clivage droite-gauche n'a plus cours et aspirent à ce que la vie politique française soit dominée par leur duel.

Une véritable combine électorale

C'est ce qui a fait dire au secrétaire national du PCF, Fabien Roussel (conseil national du 15 juin 2019) « Il nous faut continuer à dénoncer leur complicité avec une véritable combine électorale qui les arrangent tous les deux et dont chacun espère sortir vainqueur. Ils disent s’opposer, Macron et son parti se présentant comme un rempart crédible et progressiste contre l’extrême droite mais, dans la réalité, dans la vie, nous les voyons se taper dans le dos à l’Assemblée, comme de vieux amis, s’embrasser dans les coulisses des plateaux télé. Quand l’extrême droite devient le meilleur ami et le meilleur ennemi du pouvoir en place, c’est dangereux pour la démocratie. Il y avait avant la bande des 4 que dénonçait le FN, il y a aujourd’hui un couple infernal qui va se battre jusqu’au bout pour gagner le pouvoir et anéantir notre démocratie. » Il n'est pas le seul à avoir qualifié d'infernal le couple, on trouve aussi duo, Macron-Le Pen. Ils surjouent un mano a mano, Macron pour garder le pouvoir en se présentant comme l'unique rempart contre la seconde, et cette dernière pour y accéder en se vantant d'être l'adversaire la plus résolue du premier.

Complices stratégiquement, concurrents électoralement

Le duo est-il notre ennemi commun en tant que deux expressions d'une même politique pro capitaliste. Mais si tel est le cas, peut-on imaginer qu'après n'avoir épargné ni l'un ni l'autre il soit possible dans certaines circonstances électorales de départager l'un de l'autre. Et pourtant, le pôle RM ne serait-il pas plus dangereux que le pôle LaREM ? Ces questionnements sont lancinantes pour tout antifasciste, d'autant qu'il ne ignorer que la période politique a totalement changé depuis l'élection présidentielle de 1995 où il avait voté au second tour Chirac contre Le Pen père. Au surplus, la situation n'est plus du tout la même depuis que Macron a accédé au pouvoir, comme je crois l'avoir montré.

Les responsabilités des gauches radicales

En l'état de ma réflexion j'enrage de ne pouvoir répondre clairement à ces questionnements. Par contre j'ai quelques certitudes quant aux responsabilités des gauches radicales ou de transformation sociale. Je vois trois exigences : Se rassembler en mettant sur la table accords et désaccords, ne pas ostraciser les socialistes qui résistent encore aux sirènes libérales, créer les conditions pour que les citoyen.ne.s occupent une place essentielle dans ce rassemblement. J'ai conscience des difficultés extrêmes qu'il faudra surmonter si j'en juge par les comportements dominants des directions LFI et EELV. Concernant la direction du PCF, j'espère qu'elle s'en tiendra aux recommandations formulées par Ian Brossat le 26 mai au soir après l'annonce des résultats des élections européennes : « J’ai l’intime conviction que l’avenir passe par l’humilité, le travail collectif, le respect mutuel, le refus de la tentation hégémonique. Ecoutons-nous, respectons-nous, travaillons ensemble ».

 

*J'ai conscience que ces qualificatifs sont discutables

 

Roger Hillel 10 juillet 2019

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