Les ressorts de la politique macroniste anti immigration

La politique migratoire du chef de l'Etat ne relève pas uniquement de motivations politiciennes et électoralistes. La raison en est aussi idéologique, tant la pensée macroniste est imprégnée de l'idée de la suprématie de la civilisation blanche et chrétienne.

Lorsqu'on déroule les séquences successives depuis début septembre de l'opération macroniste sur la question de l'immigration, ce qui transparaît d'abord c'est sa double visée politicienne. D'une part, l'objectif électoraliste qui consiste à racler tout ce qu’il peut dans un électorat de droite chauffé à blanc sur la question de l'immigration, et, au-delà, séduire la part de l'électorat populaire la plus portée à rendre l'immigré responsable de ses difficultés. C'est l'épouvantail usé mais efficace du bouc émissaire, thématique fétiche de l'extrême droite. Et, en lui disputant son terrain, Macron se présente ainsi comme l'ultime rempart de Marine Le Pen. S'adressant, début septembre, aux députés LaREM, il leur a déclaré : « Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national. Il faut confirmer cette opposition, car ce sont les Français qui l’ont choisie. ». L'autre visée, tout aussi classique, mais payante, c'est de faire diversion face à un climat social détérioré. On aura donc eu en septembre une première salve du président de la République afin de « préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur », l'immigration étant le principal, avec, en arrière plan, l'immigré perçu comme cet étranger qui fait peur. Puis, devant l'Assemblée nationale, au cours du débat parlementaire sans vote sur l'immigration, il en a remis une couche, avec en autre cette saillie : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas (l’immigration). Les classes populaires vivent avec. » Le calcul électoraliste est grossier. Enfin, en point d'orgue, il y a eu la promulgation des 20 mesures.

Les ressorts idéologiques de la stratégie macroniste

Tout laisserait penser que les raisons qui poussent Macron à cet acharnement sont uniquement politiciennes et électoralistes. En d'autres termes, il ne croirait pas à ce qu'il dit et ce ne serait que par duplicité qu'il prendrait le risque raisonné de jouer avec le feu. Mais l'explication ne serait-elle pas qu'il utilise une argumentation dont il est lui-même convaincue ? Toute une série d'indices laisse entendre qu'il n'échappe à la pensée réactionnaire qui voit les migrations, englobant l'immigration, comme une menace pour la civilisation blanche et chrétienne et sa prétention dominatrice. De ce point de vue, il est très significatif qu'il ait donné un long entretien à l'hebdomadaire fascisant Valeurs actuelles (n° du 31 octobre au 6 novembre), dont on retiendra , entre autres, cette petite phrase : « le problème, c’est qu’on donne des centaines de milliers de visas à des gens qui restent sur le territoire et qui ne repartent pas », de quoi alimenter la thèse complotiste du « grand remplacement ». Autre indice, et non des moindres, lorsque dans la période récente, il a dégainé à plusieurs reprises la notion d’« insécurité culturelle », empruntée à l'inquiétant islamophobe Laurent Bouvet qui en imputait l'origine au « mode de vie des migrants » avec« évidemment l’islam en première ligne ».

Comme quoi, la stratégie du chef de l'Etat n'est pas seulement politiquement perverse mais idéologiquement ultra réactionnaire.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.