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Billet de blog 12 mars 2021

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Rapport Stora: limites et mérites

France Algérie – L'historien Benjamin Stora. est l'auteur d'un rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie qui lui avait été commandé par Emmanuel Macron.

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Le 20 janvier, Benjamin Stora a remis au président Macron son rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. En acceptant de répondre à une commande d’État, l'historien prenait le risque d'être instrumentalisé par le pouvoir. Cela n'a pas manqué. Peu avant la réception du rapport, l’Élysée avait fait savoir qu'il n'impliquait « ni excuses, ni repentance » alors même que ces mots ne s'y trouvent pas. En contre partie, cette minable diversion ne fait qu'ajouter du crédit au travail de l'historien.

Deux objectifs

De ce rapport émergent deux objectifs : l’un franco-français, l’autre franco-algérien. Le premier est de faire évoluer le débat mémoriel en France en essayant de produire un récit commun qui inclue la diversité des mémoires particulières : anciens militaires français, harkis, pieds-noirs... ce qui ne peut aboutir qu'à condition de faire connaître la vérité sur ce que furent les horreurs de la colonisation et la guerre. Non pas celle de tel ou tel groupe mémoriel, mais celle issue des faits authentifiés par les travaux des historiens. Malgré des lacunes, des insuffisances, et même un excès de prudence dans la dénonciation des crimes coloniaux, on ne peut contester que les préconisations du rapport Stora vont, non seulement dans ce sens, mais insistent sur l'obligation pour l’État français d'assumer les responsabilités écrasantes de la France. Il ne s'agit pas de repentance ou d'excuses, mais bien d'un devoir de reconnaissance. Quant au deuxième objectif, celui franco-algérien, ce n'est pas un des moindres mérites de Benjamin Stora que d'avoir rédigé un rapport qui permet d’ouvrir le débat aussi en Algérie. Il y est de fait très commenté et s'y exprime le besoin d'un travail spécifique d'historiens algériens afin de sortir du réductionnisme stérilisant d'un roman national mis au service du système en place depuis l’indépendance.

De quelle réconciliation s'agit-il ?

Alors que dans sa lettre de mission, le président Macron disait sa « volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algériens », le rapport écarte l’hypothèse de l’écriture d’une histoire commune, tant les divergences sont fortes dans les mémoires et les imaginaires nationaux. Alors qu’entendre par « réconciliation » ? Ce ne peut être celle entre les États qui servirait d’abord à légitimer le pouvoir en place en Algérie contre la formidable mobilisation populaire du Hirak. S'il s'agissait des peuples, la réconciliation se heurte immédiatement aux pratiques discriminatoires à l’égard des « musulmans » ou supposés tels, dont le projet de « loi sur le séparatisme » en est la pire des illustrations.

Pour conclure, même si l'on ne peut faire abstraction des conditions dans lesquelles ce rapport a été élaboré et reçu, il serait injuste de le dénigrer. Au contraire, il a ouvert un brèche dans laquelle il serait opportun de s'engouffrer.

Roger Hillel

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