Faucons et faux-cul

Nucléaire iranien. Trump a unilatéralement rompu avec l'accord de 2015. Les principaux dirigeants européens, précédés par Macron, ont feint de se démarquer. Netanyahu multiplie les provocations contre l'Iran.

Donald Trump vient de décider le retrait des États-Unis de l’accord multilatéral de juillet 2015 sur le nucléaire iranien. Cet accord, âprement négocié pendant près de deux ans, a été signé entre l’Iran, les cinq membres permanents du conseil de sécurité : États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni, et l'Union européenne. Il imposait à l'Iran de réduire substantiellement ses capacités nucléaires, rendant ainsi impossible la fabrication d'une bombe atomique, tout en l'autorisant à mettre en place une filière de nucléaire civil. En contre partie, les sanctions économiques internationales, notamment américaines et européennes, prises à son encontre à partir de 2006, avaient été levées. Il constituait une avancée très importante vers une moindre tension au Moyen-Orient bien assez ravagé par les politiques des acteurs régionaux et de leurs alliés respectifs.

Duplicité des Européens

La rupture américaine avec cet accord va envenimer dangereusement la situation. Il est peu probable que Trump veuille engager son pays dans un affrontement direct avec l'Iran. Pour cela, il dispose de son allié israélien bien décidé à en découdre. Déjà en février dernier, Netanyahu avait ordonné des frappes en Syrie contre des cibles qualifiées d'iraniennes. Mais, depuis jeudi dernier, la situation s'est considérablement aggravée. Invoquant des tirs de roquettes, non revendiqués, sur des positions israéliennes occupées illégalement sur le plateau du Golan, le Premier ministre Israélien a fait tirer des dizaines de missiles sur des « objectifs iraniens » en Syrie. Les européens ont beau jeu maintenant d'en appeler à la « désescalade » mais quelques jours avant que Trump ne prenne sa décision, les dirigeants français, allemands et britanniques avaient feint d'être en désaccord, tout en lui concédant, Macron ayant été leur porte-parole, que l'accord de 2015, signé pour une durée de dix ans, n'était pas satisfaisant et qu'il fallait le renégocier en l'élargissant au programme balistique iranien et à la situation régionale.

Le risque d'une montée des périls

Sachant que, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui assure le contrôle régulier des sites nucléaires iraniens, l’Iran s’est constamment soumise à ses obligations, rajouter artificiellement de nouvelles clauses à l'accord de 2015 ne peut qu'aboutir à un durcissement de sa part. D'autant que Trump a aussi annoncé qu'il allait « mettre en place le niveau le plus élevé de sanctions économiques possibles », ce qui va aussi se traduire par l'impossibilité pour les Européens de poursuivre leurs relations commerciales avec l'Iran. Ce pourrait être l'occasion pour les ultraconservateurs iraniens de faire un sort aux réformateurs, partisans de la détente, les poussant à renoncer à tout accord et à relancer le programme nucléaire militaire.

Les faux-culs ont renforcé le camp des faucons prenant le risque de faire monter les périls et provoquer l'embrasement de la région. Les conséquences pourraient en être redoutables.

 





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