Le clivage droite-gauche n'est pas mort

Le concept du clivage droite-gauche reste pertinent. Sa négation par les idéologues de droite relève de la manipulation. L'affirmation de son prétendu dépassement prôné par des politistes de gauche n'est pas recevable. Une chose est ce clivage, un autre, les forces qui le portent.

Le concept du clivage droite-gauche reste pertinent. De multiples analyses et enquêtes d'opinion valident cette affirmation. L'un des indicateurs les plus significatifs est l'acharnement des idéologues les plus en cour dans la sphère médiatique à vouloir démontrer le contraire, ce qui relève de la plus grossière manipulation. Car leur unique objectif est de justifier la perpétuation du capitalisme alors qu'ils savent qu'il est menacé d'une crise systémique mondiale. Leur hantise ce n'est pas la crainte de le voir remplacer par un système à son antipode, nous n'en sommes malheureusement pas là, mais le risque d'un ébranlement social, d'un chaos généralisé dont le contrôle leur échapperait. Ils leur faut imposer partout dans le monde la paix sociale en usant indifféremment de violence, contrainte et propagande. La négation du clivage gauche-droite relève de cette entreprise.

La négation de gauche du clivage droite-gauche

Autre chose est la négation de ce clivage, ou plutôt l'affirmation qu'il serait dépassé, par des politistes qui ne sauraient être taxés de pro capitalistes. L'exemple le plus discuté est celui du populisme de gauche qui inspire la direction de la France Insoumise. Il s'agit de substituer à l'antagonisme de classe l'opposition peuple-élite.(ou caste ou oligarchie), ce qui ne peut se concevoir sans un leader (cf Chantal Mouffe Construire un peuple 2015). Eric Coquerel ne vient-il pas de déclarer sur Europe 1 : « On est dans la Ve  République, on a besoin d’une figure tribunitienne. Moi, ce que je constate, c’est que, pour l’instant, je ne vois personne qui est capable de fédérer de manière aussi naturelle les choses  que Jean-Luc Mélenchon ». Ici, l'abandon de la référence au clivage droite-gauche est théorisé et ne saurait se réduire à sa dimension politicienne, pour autant évidente, celle de l'hégémonie politique à gauche. Il en va tout autrement à EELV où Yannick Jadot et David Cormand réduisant désormais le paysage politique à trois forces : « l’extrême droite, les conservateurs et nous », prônent « un grand mouvement de l’écologie politique » qui ne serait, déclarent-ils, ni de droite ni de gauche.

Une chose est le clivage, un autre est les forces qui le portent

Je n'en démords pas, le concept de gauche versus celui de droite est une référence obligée. Reste à examiner quelles sont les forces qui en sont porteuses. Autant le concept est unique autant la gauche politique ne l'est pas et ce pour des raisons historiques et conjoncturelles. C'est bien des gauches qu'il faut parler. La différence fondatrice entre gauche réformiste et gauche révolutionnaire marque toujours les partis qui s'en réclament malgré les divers avatars de leurs cheminements. D'un côté, la gauche réformiste qui dénonce les méfaits du capitalisme sans pour autant le contester en son entier, ne se réduit plus depuis longtemps à la seule sociale-démocratie. D'ailleurs, cette dernière bat sérieusement de l'aile et les tentatives de Raphaël Glucksmann et de Benoît Hamon pour surmonter sa crise n'ont pas abouti, du moins pour le moment. De plus, le mouvement écologiste qui lui disputait la première place est en passe de la gagner. D'un autre côté, la gauche révolutionnaire, historiquement constituée des courants anarchiste, trotskiste et communiste, a vu ce dernier étendre son hégémonie, tenir la dragée haute au courant réformiste, pour se retrouver aujourd'hui considérablement affaibli. Dans ce paysage ravagé, quelles que soient les prétentions d'EELV, les gauches ne sont pas à la fête et ce n'est pas LFI qui sera en mesure de sauver la mise. En face, les forces de droite et d'extrême droite tiennent désormais le haut du pavé. La partie du «je te tiens, tu me tiens par la barbichette » entre LaREM, LR et RM incite à réfléchir au plus vite pour faire barrage aux uns et aux autres, tout en se gardant de les identifier.

J'ose à peine imaginer les efforts d'analyse, de clarification, d'invention et de remise en cause que les gauches, entre autres mon parti, devront déployer. Pour le moment, où que l'on se tourne on ne voit rien venir. En tout cas, ces efforts n'aboutiront qu'à l'échec si le clivage droite-gauche devait être récusé.

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