SUITE A LA CONFERENCE NATIONALE DU PCF (2)

QUAND ALLONS-NOUS ÊTRE CAPABLES DE PARLER DE STRATÉGIE SANS SE LAISSER ENVAHIR PAR NOS AFFECTS  ?

Nous luttons pour débarrasser la planète du capitalisme. C'est un objectif colossal, peut-être inaccessible, n'est tout cas concevable qu'à long, voire très long terme. Nous serons nombreux à ne pas le voir. Nous ne savons même pas si nos enfants, petits enfants arrières petits enfants et d'autres qui suivront, en seront les acteurs ou les témoins.

Au lieu de nous écharper, examinons calmement à chaque étape ce qu'il convient le mieux de faire, pour aborder l'étape suivante et ainsi successivement. Dans l'étape présente, tout petit instant sur la trajectoire dont ne pouvons préjuger jusqu'où elle conduira, qu'est ce qui importe ? De retrouver notre fierté communiste ? De nous revendiquer du plus important potentiel de militantisme de tous les partis ? De prendre notre revanche sur Mélenchon ? De fustiger l'inconséquence du PS ou de Jadot ? De sortir de l'hueisme ? De ne pas renouveler l'expérience des comités antilibéraux de 2006-2007 ?

Toutes ces questions méritent d'être débattues, mais cela n'épuisera pas la question centrale : qu'est-ce qui devrait nous importer aujourd'hui, et qui ne réglera certainement pas l'issue de la séquence électorale dans laquelle nous allons bientôt galérer et qui n'empêchera vraisemblablement pas qu'au premier tour de la présidentielle nous soyons confrontés à un duel Macron -Le Pen. Selon moi ce qui importe, dans une visée plus lointaine, c'est de contribuer avec acharnement et permanence au rassemblement des forces antilibérales : partis, syndicats, associations, citoyen.le.s. Je n'écris pas : rassemblement des partis de gauche, car, pour moi, la question de la place des Verts et du PS reste ouverte. Par contre,je conçois que dans des situations urgentes, je pense en particulier au danger fasciste, des initiatives puissent être décidées et menées ensemble, jusque y compris à l'occasion de certaines séquences électorales.

Dans nos échanges, plusieurs d'entre vous ont affirmé que le Parti s'était toujours battu pour l'union et/ou pour le rassemblement. Cette affirmation ne vaut que si l'on admet que nous l'avons toujours fait selon une conception qui ne peut plus avoir cours. Nous avons conçu le rassemblement à condition d''y être prééminent. Du début des années 60 au milieu des années 70, nous avons lutté pour un rassemblement communiste-socialiste dans lequel nous étions effectivement dominants. Ce rassemblement a fini par achopper. De 2005 à 2007, nous avons lutté pour un rassemblement des forces antilibérales dans lequel nous avions cru, à tort, être prédominants. Ce rassemblement a capoté. Entre 2008 et 2018 nous avons lutté pour un rassemblement dans le cadre du Front de gauche, en disputant au PG la place première. Ce rassemblement a échoué.

Aujourd'hui c'est d'une tout autre conception du rassemblement qu'il faut se réclamer. Un rassemblement qui exclue le recours au rapport de forces, à la concurrence, à la compétition. Tout semble indiquer que le Parti n'y est pas prêt.

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