Le 18 décembre 2015, le Conseil de sécurité de l'ONU se prononçait pour l'arrêt des hostilités en Syrie, la mise en place d'un gouvernement de transition, une nouvelle Constitution et des élections dans les 18 mois. Le 29 janvier, débutaient à Genève les pourparlers de paix sur la Syrie sous l'égide de l’émissaire spécial de l’ONU, Steffan de Mistura. Las, le 3 février, il annonçait leur interruption avec une reprise prévue pour le 25 février. C'était couru d'avance, tant les puissances sont persuadées que l'équation syrienne ne se résoudra que par la guerre. Les occidentaux, avec en tête les USA, et la coalition de Riyad formée par l'Arabie saoudite - 35 pays, dont : Égypte, Turquie, Soudan, Qatar, Sénégal, Nigeria, Pakistan… - bombardent Daech avec l'objectif de se débarrasser de Bachar el-Assad. A l'inverse, dans le but de protéger le maître de Damas, la Russie et son allié l'Iran, en font autant. Or, le « camp américain » n'ignore pas que parmi ceux qui combattent ce régime, il y a l’Armée syrienne libre (ASL) quasiment inexistante, et surtout des groupes armés islamistes alliés à al-Nosra qui n'ont rien à envier à Daech. Quant au « camp russe », il sait bien que leur protégé est un dictateur qui n'hésite pas à éliminer par tous les moyens, y compris les plus abominables, opposants politiques et populations qui lui résistent.
Le sort des civils n'est pas leur priorité
Les stratégies de guerre des deux camps se soucient peu, en tout cas pas prioritairement, du sort des civils, aussi bien ceux pris en otage par Daech, que par les forces fidèles au régime de Damas ou par les forces qui le combattent. En fait, leur objectif est de conquérir l'avantage sur le terrain avant d'engager des négociations. Pour preuve, ces derniers jours, avec l'offensive sur la région d'Alep tenue par Daech, de l'armée syrienne et de supplétifs iraniens et du Hezbollah libanais appuyés par les bombardements russes, le rapport de force militaire a tourné en faveur du « camp russe ». Du coup, Washington, pour endiguer cette avancée - mais tout de même en raison de la situation catastrophique des civils - est tombé d'accord le 12 février avec Moscou pour un cessez le feu entre les diverses forces combattantes. Il devrait permettre de fournir l'aide humanitaire sous la forme de parachutages et de convois routiers. Il serait grand temps. Selon l’ONU, près de 500 000 Syriens sont actuellement reclus, privés de toute aide, dans des zones assiégées par le régime ou les groupes armés insurgés. D'autre part, plus de 31 000 personnes ont fui la région d’Alep en direction de la Turquie, dont la frontière demeure fermée.
Les kurdes syriens et les forces démocratiques de l'intérieur écartées des négociations
La façon dont cet accord s'est conclu, en dehors du gouvernement syrien et des différents groupes armés, en dit long sur les intentions réelles des puissances. On en voit aussi la traduction avec les négociations de Genève d'où ont été écartées les Forces démocratiques syriennes (FDS), incluant notamment, les Kurdes syriens des Unités YPG/YPJ, branches armées du Parti de l’union démocratique (PYD), et toutes les forces démocratiques de l’intérieur, dont le Comité national pour le changement démocratique (CNCD) et le Forum démocratique. Si ces exclusives n'étaient pas levées, il y a peu de chance que cesse le calvaire des civils syriens.
Dernière minute: Alors que l'accord américano-russe était ratifié le 12 février, à peine quelques heures après, la Turquie a commencé à bombarder les combattants kurdes et ceux des Forces démocratiques syriennes qui venaient de reprendre aux djihadistes des secteurs situés dans la province d'Alep. Et voila qu'Ankara annonce qu'elle envisage de lancer avec l'Arabie saoudite une opération terrestre en Syrie. Les risques de conflagration générale sont là.