« Le dépassement des clivages partisans s’impose » déclarait Manuel Valls dans une interview publié le 12 avril sur le site du journal Libération. Et il précisait que « Le dépassement doit bien partir de quelque part. Pour recomposer, il faut partir d’un camp ». Son camp, c'est le parti socialiste dont il veut achever la transformation. Elle passe par l'éradication de valeurs progressistes dont le PS prétend qu'elles l'inspirent encore, pour les remplacer par des valeurs de droite. La politique du gouvernement est toute tendue vers cet objectif. Elle consiste à « casser », selon la terminologie vallsienne, « les blocages de la France » que sont entre autres « les corporatismes » et « le sectarisme politique ». Toutes les mesures législatives, aussi bien économiques que sécuritaires, participent de cet objectif. C'est à ce prix que, dixit le Premier ministre, « la gauche va devoir se transcender » pour « ériger des ponts avec d’autres formations politiques » et « nouer des pactes ». « De ce point de vue-là, a-t-il précisé, je suis en phase avec Emmanuel Macron ». Cette connivence apporte un éclairage intéressant sur les intentions de son ministre de l’Économie qui vient, en date du 6 avril, de lancer « En marche ! » Et si Valls voit encore « des différences entre la gauche et la droite », Macron a moins de scrupule, son mouvement, a-t-il dit, n'est « Ni à droite ni à gauche ».
Le rôle dévolu au PS
Du côté du PS, la manœuvre est plus délicate. Si sa direction veut limiter l'hémorragie d'adhérents, il faut qu'elle laisse entendre qu'elle reste à gauche tout en multipliant les appels du pied à sa droite. C'est tout le sens du lancement, le 13 avril dernier, de « La belle alliance populaire ». Jean-Christophe Cambadélis, s'est bien gardé de la présenter comme une invitation à se rallier à son parti. Elle est conçue comme une « ouverture aux syndicats, aux associations et à la société civile ». Pour le moment, mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions, l'ouverture est plus que modeste, avec une centaine de personnalités issues de la majorité présidentielle (socialistes fidèles et écologistes ralliés) ou connues pour leur allégeance à Hollande. Même si le nom de ce dernier n'est pas évoqué, on comprends bien qu'il s'agit de créer un bloc centro-socialiste ( « De gauche, de centre gauche et écologistes, progressistes et républicains de toujours… »)en vue de l'élection présidentielle de 2017. Ce serait le « rassemblement » de ceux qui rejettent aussi bien « ceux qui veulent liquider notre modèle social (que) ceux qui ne veulent rien bouger », en quelque sorte ceux qu'Emmanuel Valls, désigne par les tenants des « corporatismes » et du « sectarisme politique ». Dans le processus de recomposition voulu par le clan Hollande, chacun tient bien son rôle, mais lorsque le rideau tombera aucun des protagonistes ne sera épargné par les quolibets.
Roger Hillel