S'y mettre ensemble

Deux textes, initiés par des figures connues d'organisations qui contestent, plus ou moins radicalement, le monde d'avant, appellent à se rassembler pour construire des dynamiques collectives. Toutes les composantes de la gauche politique y figurent, à l'exception notable de France insoumise.

Deux textes viennent d'être publiés coup sur coup. Le premier, Ensemble, tout est possible, soyons responsables, est aussi une pétition. Il a été initié par plus de 150 personnalités, la plupart se présentant avec leur appartenance à une organisation. Un deuxième texte, Au cœur de la crise, construisons l’avenir, se présente sous forme d'une tribune accompagnée de 150 noms. Dans le premier texte, on trouve quelques Génération.s, Ensemble et Gauche démocratique et sociale, très peu de PCF, entre autres Marie-Pierre Vieu-Martin. Ces personnalités côtoient quelques syndicalistes FSU et CGT. Parmi les signataires, plus difficiles à identifier, du deuxième texte, on trouve quelques communistes connus, tels Ian Brossat, Pierre Laurent, Patrice Bessac et Cécile Cukierman, des EELV dont certains figurent aussi sur le premier appel, quelques socialistes, dont Olivier Faure et Carole Delga, des intellectuels antilibéraux, comme Christophe Aguiton, Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Willy Pelletier. Je n'ai identifié aucun Insoumis. Je me dois de faire remarquer que la signature du secrétaire national du PCF, Fabien Roussel., ne figure sur aucun des deux textes. Je reviendrai sur ces absences.

Réunir toutes les énergies disponibles

Ces deux textes dessinent à grands traits ce que pourrait être la société de demain. Ils présentent plusieurs points communs, même si le premier me semble le plus radical. Encore qu'une analyse comparative des propositions respectives serait nécessaire. Mais, ici, ce que je voudrai souligner, c'est que ces deux textes convergent sur l'idée de la nécessité du rassemblement. Les signataires du premier texte appellent à un regroupement «des forces permettant de développer un mouvement altermondialiste qui rassemblera les mobilisations et pèsera sur les divers gouvernements pour la nécessaire rupture écologique, démocratique, sociale et géopolitique », tandis que les signataires du second proposent « qu’un grand événement, une « convention du monde commun », réunisse dans les prochains mois toutes les énergies disponibles, les citoyennes et citoyens épris de profonds changements, les formations politiques, les forces associatives, les initiatives que portent syndicats et ONG. »

Les absents ont toujours tort

Ce qui m'interroge, c'est que, alors que cette démarche rassembleuse inspire la tribune libre de Fabien Roussel parue dans l'édition du 14 mai de Libération, ce dernier ne soit signataire d'aucun des deux textes. Pourtant, il en appelle à «  la volonté de bâtir un nouveau modèle économique, social et écologique ensemble, associant les Français, les forces politiques et le mouvement social autour d’objectifs précis et concrets ». Ce qui par contre me surprend moins, c'est l'absence de Mélenchon et de ses ami.e.s parmi les signataires. Il est vrai que ce dernier est obnubilé par la promotion de son camp en vue des élections présidentielle et législatives de 2022. Cela transparaît dans un entretien publié le 13 mai par Mediapart, dans lequel il déclare : « Ce qui se joue aujourd’hui et qui trouvera son écho dans la campagne présidentielle à venir, c’est l’hégémonie culturelle qui existera dans la saison du vote, le rapport de force social et l’épreuve des caractères face aux épreuves ». Tout au plus, s'inquiète-t-il des candidatures concurrentes que des cercles proches des socialistes ou des Verts essayent de faire sortir du chapeau. Il y a Hulot, dont Frédéric Lordon écrit qu'il est passé « à l’état de flaque de sirop, répandu partout dans la presse ». Il y a aussi Montebourg à qui cette comparaison pourrait aller comme un gant. Selon la conjoncture politique, on peut faire confiance à ces faiseurs de roi pour faire surgir, médias aidant, tel ou tel autre personnage. L'objectif reste toujours le même : rendre plus difficile, voire impossible, la construction de dynamiques collectives.

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