LA TRIADE NOSTALGERIQUE de PERPIGNAN:

STÈLE OAS, MUR DES DISPARUS, CENTRE DE DOCUMENTATION DES FRANÇAIS D'ALGÉRIE: alors qu'on reparle de la triade nostalgérique de Perpignan, qui a tant défrayé la chronique de 2005 à 2015, quelques rappels pourront être utiles.

En août 2005, les sections locales du Mrap et de la LDH avaient alerté les organisations antifascistes et anticolonialistes du département. Elles avaient appris que le maire de Perpignan, à l'époque Jean Paul Alduy, avait décidé de répondre favorablement à la demande du Cercle algérianiste d'ériger un mur des disparus et de créer un musée dédié à la présence française en Algérie. Dans le même temps, les deux organisations avaient découvert qu'une stèle en hommage à l'OAS trônait depuis le 4 juillet 2003 au beau milieu du cimetière nord de Perpignan. Personne jusque là ne s'en était ému. La riposte s'organisa : un collectif d'organisations* fut créé dans lequel je représentais le PCF. Au départ il s'intitula « Non au musée de la mairie de Perpignan à la gloire de la colonisation ». Plus tard, on le dénomma : « collectif pour une histoire franco-algérienne non falsifiée ».

*Association des Pieds noirs progressiste, AFPS, ASTI, EELV, FSU, LDH, MRAP, NPA, PCF, PG, Solidaires, Survie-LR, UD-CGT66

Nous fîmes des recherches et apprîmes que la stèle avait été érigée sur une parcelle concédée, par bail emphytéotique, par la mairie de Perpignan à l'Adimad, l'association des anciens de l'OAS. Cette stèle était dédiée à la mémoire de 104 activistes de l'OAS, morts ou disparus, dont les noms figurent sur le socle de la stèle, de même que ceux de leurs chefs : Degueldre, chef des commandos Delta, ses lieutenants : Dovecar, Piegts et Bastien-Thiry, l'organisateur de l'attentat manqué du Petit-Clamart contre de Gaulle le 22 août 1962. Ces chefs OAS avaient été condamnés à mort par les tribunaux militaires. Dovecar et Piegs furent exécutés le 7 juin 1962 et Bastien-Thiry fut fusillé le 11 mars 1963. Degueldre fut épargné et amnistié en mars 66. En mai 2006, nous apprîmes que le 7 juin de chaque année, date d'anniversaire de la mort des deux chefs OAS, les anciens militants de cette organisation terroriste organisaient une cérémonie devant la stèle à l'intérieur du cimetière nord de Perpignan. Le 7 juin 2006, nous organisâmes un rassemblement de protestation devant le cimetière et nous nous regroupâmes derrière une banderole : Non à la stèle de la honte. Des centaines de nostalgiques de l'Algérie française venus de toute la France s'étaient regroupés devant la grille du cimetière. Ils cherchèrent à nous provoquer avant de rentrer dans l'enceinte du cimetière.

Le cercle algérianiste

Nous avions aussi découvert que le 5 juillet 2003, jour de l'inauguration de la stèle OAS, étaient présents Jean Marc Pujol, à l'époque premier adjoint du maire de Perpignan, et Suzy Simon -Nicaise, présidente du cercle algérianiste des PO. Nous intéressâmes de plus près à cette association Elle avait été créée en 1973 par un groupe de Pieds Noirs. Dans leur manifeste ils déclaraient avoir créé cette association « parce que nous avions vingt ans et que nous avions foi en la victoire, que nous étions forts dans les combats triomphants et solidaires dans les revers, l'exil et les prisons » et que leur intention était de « donner une rigueur nouvelle à la communauté Algérie française, pour retremper notre foi ». Au début des années 2000, Le cercle national revendiquait 8000 adhérents répartis dans 40 cercles locaux, chacun étant déclarée comme une association loi 1901. Celui des PO revendiquait plus de 300 adhérents.

Le mur des disparus

Ce projet datait de 2004. Il avait été validé par le conseil municipal en octobre 2006 puis en juillet 2007. Il avait décrété que sa conception serait confiée en son entier au cercle algérianiste. Lorsque en 2005, nous prîmes connaissance de ce projet, nous nous y opposâmes radicalement. Le problème, c'est que nous donnions l'impression d'occulter qu'il y avait eu effectivement des disparus parmi les Français d'Algérie, enlevés puis supprimés par décision « officielle » du FLN, entre 1954 et 1963 et/ou par des groupes non contrôlés, particulièrement après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 et ce jusqu'en 1963. En octobre 2007, notre position était devenue plus nuancée. Nous n'étions plus opposés à l'édification d'un mur mais à condition qu'il n'omette aucun des européens d'Algérie concernés, en particulier ceux qui, comme Maurice Audin, avaient disparu du fait des tenants de la colonisation : l'armée, la police, et les ultras de l'Algérie française. Nous demandions aussi que dans l'espace où devait être installé le mur, soit érigée une stèle en hommage à toutes les victimes de la guerre d'Algérie. Rien n'y fit. Le mur fut inauguré le 25 novembre 2007. Il est constitué de dix plaques en bronze sur lesquelles figurent 2630 noms dont 2230 noms issus d'une liste établie par ministère des affaires étrangères et 400 noms de soldats morts sans sépulture. Dès janvier 2007, nous avions critiqué ce projet car nous avions quelques indications selon lesquelles la liste du ministère n'était pas fiable. Nous avions écrit que « l'accumulation des erreurs trouvait son origine dans la surenchère mémorielle voulue par les cercles algérianistes et la mairie de Perpignan ». 4 ans plus tard, l'historien Jean Jacques Jordi, fit paraître un livre intitulé « un silence d’État. Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie ». Il y démontrait, en comparant scrupuleusement toutes les listes disponibles dans les archives du ministère des anciens combattants que seulement 1583 noms auraient dû figurer sur le mur des disparus, ce qui représente par rapport aux 2630 noms figurant sur le mur, 40 % d'erreur. Ce travail était d'autant plus important que cet historien était très proche du cercle algérianiste.

Le CDDA

Un bâtiment patrimonial, le couvent Sainte Claire, pour l'anecdote, l'ancienne prison de Perpignan jusqu'en 1989, avait été totalement rénové et le dimanche 29 janvier 2012, le centre de documentation des Français d'Algérie, était inauguré en présence d'un aréopage de personnalités nostalgiques de l'Algérie française et de plusieurs centaines de personnes. Le lundi l'Humanité avait publié l'article qui m'avait été demandé : Il commence par ces mots « En cette journée de dimanche 29 janvier, la pluie, le froid, et le vent se sont abattus sur Perpignan ainsi que le méritait l'affligeante inauguration du centre de documentation des français d'Algérie. » Je garde de cette inauguration un souvenir éprouvant. Il m'avait fallu supporter des discours plus épouvantable les uns que les autre. Lorsqu'ils s'achevèrent, la salle se leva comme un seul homme pour entonner le chant des africains. Ce CDDA « raconte une histoire frelatée » où les dénis et les falsifications de l'histoire se font concurrence, tout cela, avec la caution de la mairie puisque ce centre fait officiellement partie du pôle muséal de la ville et que sa gestion est assurée conjointement avec le cercle algérianiste. Pour promouvoir ce centre, le cercle algérianiste avait publié un volumineux ouvrage « notre histoire d'Algérie » (Editions Alliance, janvier 2012) rédigé par certains de ses membres dont Simon-Nicaise. Il est illustré par les pièces présentées dans ce musée. En introduction de cet ouvrage, les auteurs écrivent : « L'histoire répandue de nos jours par des organismes de presse et certains historiens, prisonniers de leur idéologie anticolonialiste, est déformée et ne correspond pas du tout à celle que ressent l'immense majorité des Français d'Algérie par leur mémoire, par leur connaissance intime des villes et des villages de l'Algérie d'antan (...) ».

Ces anathèmes sont à rapprocher des attaques de Louis Aliot contre le rapport de Benjamin Stora, formulées dans sa page Facebook et aux propos de Jean Marc Pujol contre cet historien, tels que rapportés par L'Indépendant du 19 mars.

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