hillel roger
Professeur d'université à la retraite
Abonné·e de Mediapart

138 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 avr. 2020

hillel roger
Professeur d'université à la retraite
Abonné·e de Mediapart

Néolibéralisme. Mais comment s'en débarrasser ?

Il n'y a rien à attendre du néolibéralisme. Il faut changer de paradigme civilisationnel. Les forces collectives doivent y travailler ensemble et solliciter toutes les forces individuelles disponibles. Tout peut commencer dès « le jour d'après ».

hillel roger
Professeur d'université à la retraite
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le point de départ des réflexions qui vont suivre, c'est qu'il n'y a rien à attendre du système économique et social actuel. Quelques qualificatifs peuvent rendre compte des tares de ce système, désigné ici par le terme « néolibéralisme » : aliénation, exploitation, rentabilité, marchandisation, financiarisation, privatisation, productivisme, consumérisme, pollution, austérité, chômage, précarité, inégalité, injustice, autoritarisme... La liste n'est certainement pas exhaustive. Je pose qu'il n'y a plus rien à attendre de ce système et qu'il faut s'en débarrasser. Je sais que la brutalité de cette sentence peut heurter celles et ceux qui, tout en étant très critiques à l'encontre de ce système, espèrent qu'il sera encore possible de l'amender, de le réguler, voire de le contrôler. Qu'ils veuillent bien m'excuser, mais ce n'est pas eux que je m'adresse, mais à celles et ceux qui, comme moi, n'ont plus à être convaincus de la nocivité du néolibéralisme et qu'il faut changer de paradigme civilisationnel.

Forces collectives et forces individuelles

La première condition, c'est la confrontation des analyses et des propositions de toutes les forces qui se réclament du postulat que j'ai énoncé. A tout autre terme, je préfère celui de « forces », en ne les limitant pas aux forces collectives - partis,syndicats, associations, mouvements, collectifs - mais en incluant les forces individuelles. Avec la catastrophe sanitaire, nous assistons à une explosion de tribunes émanant de personnes (sociologues, philosophes, anthropologues, économistes, historiens, spécialistes et praticiens de la santé, environnementalistes, climatologues...) qui, sortant de leur réserve habituelle, assortissent leurs savoirs professionnels de considérations politiques. La pression des événements actuels, hors du commun, y est certainement pour beaucoup, mais pas seulement. Cela correspond aussi à un besoin nouveau d'expression citoyenne qui s'était particulièrement illustré avec le mouvement des Gilets jaunes. Beaucoup de ces contributrices et contributeurs ont leur place dans le combat pour la construction d'un projet de transformation sociale. Il est de la responsabilité des forces collectives de leur proposer des modalités de participation d'où serait exclue tout risque d'instrumentalisation. La chose n'est pas évidente, tant les tentatives de récupération ont été fréquentes dans l'histoire de la gauche.

Commencer dès le « jour d'après »

Pour l'heure, et malgré l'extrême urgence, les forces collectives n'en ont pas fini avec les suspicions, les préséances, les près-carrés et les prétentions hégémoniques. Réussiront-elles à faire ensemble un premier galop d'essai pour préparer la période faisant directement suite au déconfinement ? Pour le moment, chaque parti y est allé de ses propositions. On dispose actuellement de trois livrets explicitant chacun les propositions du PCF (auxquelles il faut ajouter les 75 mesures d'urgence du groupe des députés GDR), La FI et EELV. Sous bénéfice d'inventaire, il y a des convergences notables entre elles. De leur côté, les groupes parlementaires ont déposé, chacun séparément, des propositions de loi : six par le groupe socialiste, cinq chez les communistes et quatre pour celui La FI. Ce travail législatif se poursuit. Ici encore, des convergences sont vérifiables. Ce que l'on est en droit d'exiger de leur part, c'est qu'au moins ces convergences soient finalisées dans un document commun. Et qu'on ne vienne pas nous dire que la tâche serait insurmontable. Notre société est malade des politiques néolibérales. Avec la catastrophe sanitaire, elle est en train de creuser sa tombe. Les forces collectives n'auraient aucune excuse si elles n'étaient pas foutues de travailler ensemble.Il n'est pas exclu que l'aboutissement de ce travail puisse infléchir les dispositions politiques que le macronisme prendra lorsqu'un semblant de normalité se présentera. Mais, il ne faut pas rêver. On voit mal un pouvoir qui n'a juré que par la Bourse et le CAC40, changer substantiellement de cap pour prioriser l'Humain.

Cette première étape qui consisterait à se mettre d'accord sur les mesures à prendre pour la période, plus ou moins longue, faisant suite au déconfinement ne serait que les prémices de qu'il faudra faire pour changer de paradigme civilisationnel. A lire les projets de société des uns et des autres, on imagine aisément que la tâche sera ardue. Mais ne demandons pas la lune, qu'ils commencent donc par « Le jour d'après ».

Roger Hillel 20 avril 2020

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amériques
Pour Washington, la France est un allié énervant mais indispensable
Si la Chine reste la priorité des États-Unis, l’administration Biden a besoin d’une relation transatlantique forte et d’une Europe unie. La guerre en Ukraine sera ainsi au programme de la visite d’État d’Emmanuel Macron à Washington, qui débute mercredi 30 novembre.
par Maya Kandel
Journal
Entre les États-Unis et l’Europe, l’ombre d’une guerre commerciale
L’adoption d’un programme de 369 milliards de dollars par le gouvernement américain, destiné à attirer tous les groupes sur son territoire, fait craindre une désindustrialisation massive en Europe. Les Européens se divisent sur la façon d’y répondre. 
par Martine Orange
Journal — Justice
« Après Perdriau maître chanteur, voici Perdriau maître censeur »
Un nouveau conseil municipal sous tension s’est tenu lundi à Saint-Étienne, dix jours après la censure préalable d’un article de Mediapart. Les appels à la démission du maire se sont multipliés, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hôtel de ville. Inflexible, Gaël Perdriau a déclaré qu’il ne démissionnera pas, même s’il est mis en examen. 
par Mathieu Martinière (We Report)
Journal
De la prison avec sursis pour des manifestants « antibassine »
Le tribunal de Niort a jugé lundi cinq militants interpellés lors de la manifestation de Sainte-Soline. Le renvoi demandé par la défense a été refusé et des peines de prison avec sursis ont été prononcées, avec interdiction de séjour sur le territoire des Deux-Sèvres pendant trois années.
par Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Témoignage d'une amie Iranienne sur la révolution en Iran
Témoignage brut d'une amie Iranienne avec qui j'étais lorsque la révolution a débuté en Iran. Ses mots ont été prononcés 4 jours après l'assassinat de Masha Amini, jeune femme Kurde de 22 ans tuée par la police des moeurs car elle ne portait pas bien son hijab.
par maelissma
Billet de blog
Révolution kurde en Iran ? Genèse d’un mouvement révolutionnaire
Retour sur la révolte en Iran et surtout au Rojhelat (Kurdistan de l’Est, Ouest de l’Iran) qui a initié le mouvement et qui est réprimé violemment par le régime iranien dernièrement (plus de 40 morts en quelques jours). Pourquoi ? Voici les faits.
par Front de Libération Décolonial
Billet de blog
Lettre d'Iraniens aux Européens : « la solidarité doit s'accompagner de gestes concrets »
« Mesdames et messieurs, ne laissez pas échouer un soulèvement d’une telle hardiesse, légitimité et ampleur. Nous vous demandons de ne pas laisser seul, en ces temps difficiles, un peuple cultivé et épris de paix. » Dans une lettre aux dirigeants européens, un collectif d'universitaires, artistes et journalistes iraniens demandent que la solidarité de l'Europe « s'accompagne de gestes concrets, faute de quoi la République islamique risque de durcir encore plus la répression ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Dieu Arc-en-Ciel
« Au nom du Dieu Arc-en-ciel ». C'est ainsi que Kian Pirfalak (10 ans) commençait sa vidéo devenue virale depuis sa mort, où il montrait son invention. Tué à Izeh par les forces du régime le 16 Novembre. Sa mère a dû faire du porte-à-porte pour rassembler assez de glaçons et conserver ainsi la dépouille de son fils à la maison pour ne pas que son corps soit volé par les forces de l’ordre à la morgue.
par moineau persan