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Billet de blog 22 janv. 2018

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« Et en même temps », dixit Macron (par R.H.)

Rhétorique présidentielle. Macron use et abuse du « balancement circonspect » pour imposes ses vues. Souvent, l'opinion publique s'y laisse prendre.

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Au cours de la campagne présidentielle, il a souvent été fait référence à un des procédés rhétoriques préféré de Macron que les spécialistes de la communication appelle le « balancement circonspect ». Ce n'est pas tout à fait le double langage, car il consiste à énoncer sur un problème simultanément la thèse et l'antithèse. Cela a l'avantage d'en effacer la conflictualité et de prétendre en saisir toute la complexité. Dans ce but, Macron use et abuse dans ces discours du « et en même temps ». Qu'on ne s'y trompe pas, c'est très construit et souvent ça marche. Pour preuve, après une chute dans les sondages, sa côte de confiance a significativement remonté après dix mois d'exercice. Dans ses vœux, Pierre Laurent a pu déclarer que Macron avait « en partie réussi le hold-up sur l'aspiration de notre peuple à faire du neuf ». De ce point de vue, on connaît ses déclaration affirmant vouloir la liberté pour le entreprises, « et en même temps » la sécurité pour les salarié. Finalement, on aura la première mais pas la seconde. La méthode du « mais en même temps » fait florès au sein du gouvernement. Ainsi de Gérard Collomb qui sur le projet de loi « asile et immigration » déclare : «C'est un projet de loi totalement équilibré. Il reprend deux grands principes: la France doit accueillir les réfugiés, mais elle ne peut accueillir tous les migrants économiques». Macron n'a pas dit autre chose lorsqu'il s'est rendu le 16 janvier à Calais, clamant tour à tour « le devoir d'humanité » et « l'ordre républicain », ce qui s'est traduit par un soutien appuyé aux forces de police et un mépris souverain à l'égard des militants associatifs accusés de proférer des mensonges et de chercher à manipuler l'opinion. Et si les associations ne s'en sont pas laisser compter, combien de nos concitoyen.ne.s risquent de tomber dans le piège du « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », car il faut un certain niveau de politisation pour admettre que ce sont les pays dominants, dont la France, qui portent la responsabilité écrasante de cette misère. 

Une entreprise de manipulation de l'opinion publique

On pourrait multiplier les exemples de ce que Olivier Dartigolles qualifie de « jeu d'équilibre où chaque idée est contrebalancée par son inverse ou nuancé par son contraire » (Macron entreprise de démolition; éditions de l'atelier novembre 2017). La question européenne est un des plus révélateurs de ce balancement circonspect qui consiste à faire semblant de reconnaître le conflit ouvert par la non reconnaissance du non à la constitution européenne au référendum de 2005, et donner l'illusion de le réparer par un refondation de l'Europe dans un sens encore plus ultra libéral. Sur cette questions et d'autres inscrites dans l'agenda politique de la prochaine période, nous allons avoir du pain sur la planche pour démystifier, montrer les ruses et les arnaques et en rendre la lecture la plus compréhensible possible.
R.H.

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