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Billet de blog 22 janvier 2019

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Violences et médias

Les violences d'où qu'elles viennent sont inacceptables mais l'on est bien obligés de distinguer selon qui les commettent.

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Les violences policières sont celles d'agents dépositaires de l'autorité publique censés être capables de les maîtriser et d'en user que sur l'ordre de supérieurs. Or, les preuves ont été établies que lorsqu'elles ont pris pour cible des gilets jaunes, elles ont été commises sans mesure, voire même dans le but délibéré de provoquer des blessures. Par contre, les violences dont se rendent coupables des gilets jaunes, à l'exception de quelques casseurs venus pour en découdre, sont souvent commises sous le coup de la colère et de la peur. De façon moins systématique des journalistes ou des reporters ont été victimes de violences de la part aussi bien de certains gilets jaunes que de policiers et gendarmes. Pour ces dernières, bénéficiant le plus souvent de l'impunité des plus hautes autorités de l'Etat, rien ne permet de les excuser et elles sont condamnables. Celles dont des gilets jaunes se rendent coupables sont tout autant répréhensibles mais avec des circonstances atténuantes.

Violences contre les médias

Il se trouve que journalistes et reporters sont missionnés par leurs directions pour, le plus souvent, relater ce qui est le plus spectaculaire, généralement les actes de violence contre les biens et les personnes. La parole GJ n'est pas complètement occultée, mais force est de constater que c'est la plus haineuse, la plus brutale qui est privilégiée. Il est alors légitime que le mouvement des GJ s'en émeuvent, jusqu'à provoquer leur colère. C'est vrai que de nombreux supports médiatiques n'hésitent pas à mentir, occulter un fait ou en surdéterminer un autre. Ce qu'on attend du mouvement des GT c'est que quels que soient les manquements et les excès, il cible les patrons des médias dominants, les directions et les éditorialistes à leur solde et non leurs exécutants. Pour autant, de ces derniers, on est en droit d'exiger un peu plus de professionnalisme. Et lorsque la Société des journalistes de Médiapart demande « aux participant·e·s de ces manifestations de mettre en œuvre le maximum pour empêcher qu’ils ne se reproduisent (les actes de violence) » (déclaration datée du 17 janvier), on ne peut que lui donner raison mais cette mise au pont n'a de pertinence que si journalistes et reporters s'interrogent sur les pratiques des médias dominants. Ces pratiques visent avec plus ou moins de talent d'assurer la défense du système économique et politique incarné par Macron.

Relations entre médias et mouvements sociaux

Leurs tours de pirouette consistent à préconiser des changements, certains s'inspirant de revendications de gilets jaunes, pour que finalement rien ne change. A leur égard, la critique la plus incisive doit s'exercer, sans haine et sans insultes. Les professionnels des médias ne devraient pas s'en offusquer en prétendant qu'elle mettrait en danger la liberté de l'information. Car en réalité, c'est cette liberté qui a d'abord à craindre de la désinformation pratiquée par les médias. Lorsque de nombreux collectifs, associations, sociétés de journalistes, ONG et syndicats de journalistes déclarent dans un appel récent qu'il faut « mettre fin aux violences commises contre les journalistes » et que « La critique de la presse est légitime mais aucune colère ne saurait justifier la violence contre les journalistes, qui sont confrontés eux-mêmes à des conditions de travail difficiles » on ne peut qu'approuver mais on aurait apprécié que ces mêmes professionnels portent un regard critique sur la traduction journalistique des informations qu'ils recueillent sur le terrain et du matraquage médiatique qu'en font leurs directions. Cette interrogation s'impose d'autant plus que leurs informations sont comparées à celles livrées dans les réseaux sociaux par des témoins de terrain. Certes, ce n'est pas leur métier, mais leur crédibilité se renforce au fur et à mesure que celle des professionnels s'amenuise.

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