Accueillir les uns pour mieux expulser les autres

Réfugié.e.s. Le 21 janvier un rapport de onze experts a été rendu public. Il est intitulé : « Pour des politiques migratoires conformes à toutes les exigences de la République »

Pour présenter les 25 mesures formulées dans ce rapport, un journaliste de Mediapart a intitulé son papier « Immigration: 25 mesures adressées à Castaner pour «faire reculer» l’indignité », tandis que l'interview de l'un des experts, Pascal Brice, est paru dans L'Humanité sous le titre neutre « Tout étranger doit avoir un titre de séjour ou être reconduit ». Ces journalistes sont donc si peu informés des problématiques liées aux réfugié.e.s pour qu'il leur ait échappé que la démarche générale autour de laquelle s'articule les 25 mesures est pernicieuse. Certes, il est proposé de « sanctuariser l’asile et de garantir sa mise en œuvre effective . Et, pour les auteurs, cette sanctuarisation passe, par exemple, par l'abandon de la procédure Dublin,par la réduction de 90 à 45 joursde la durée maximale de rétention administrative,, et surtout, par la simplification des procédures administratives pour obtenir des titres de séjour.

L'essentiel est éludé

Autant de propositions intéressantes mais qui éludent la question principale, car toutes ces dispositions ne concernent que les « personnes qui ont droit au séjour  au titre des critères fixés par la loi ». En d'autres termes, « Il faut simplifier et sécuriser l’accès au titre de séjour pour ceux qui y ont droit ». Mais comment les experts peuvent-ils oublier qu'en matière de demande d'asile le droit répond rarement à des critères objectifs et qu'il est apprécié par les agents de l'Ofpra (office français de protection des réfugiés et des apatrides). Or, on sait d'expérience, que sauf de solides preuves présentées par le DA, cette appréciation est toute relative. De plus, que penser du droit d'asile lorsqu'on sait qu'il suffit qu'un réfugié vienne d'un pays classé sûr par les autorités françaises pour que ses arguments soient, dans la plupart des cas, jugés irrecevables. Tenons nous en à l'Albanie, de laquelle, dans la période présente, sont issus de nombreux réfugié.e.s. Ce pays est classé sûr, alors qu'on connaît les pratiques maffieuses de clans qui menacent l'intégrité physique de familles entières et les contraignent à le fuir.

« Reconduire », c'est expulser

Or, selon les 11 experts, ces réfugié.e.s n'ayant pas le « droit » de rester en France et donc ne pouvant être régularisées, doivent être « reconduit.e.s ». Leur préconisation est sans ambiguïté : « il faut concentrer les moyens, notamment administratifs, sur la reconduite des personnes qui ne relèvent pas du droit au séjour. » Les moyens administratifs, c'est en fait l'intervention des services de la Paf à la demande de la préfecture,pour exécuter l'expulsion de ces personnes hors du territoire, éventuellement par la force, si nécessaire par l'entravement, Il faut ne rien connaître de leur détresse pour prétendre « mettre fin à ces situations dans lesquelles les gens n’ont pas de statut, parfois pendant des années (…) parce que cela les plonge dans l'angoisse et la précarité », au regard du sort qui les attend s'ils retournent dans un pays qu'ils ont fui.

On déplorera de constater une fois de plus que l'expertise ne rend pas pour autant compétent pour comprendre les drames humains. Plutôt que de nous engager sur des fausses pistes, les experts auraient mieux fait d'analyser les causes profondes qui poussent des millions de femmes et des hommes à risquer leur vie pour échapper aux conflits, à la pauvreté ou au réchauffement climatique.

Force est de constater que les 11 experts, incapables d'analyser les causes profondes qui poussent des millions de femmes et des hommes à risquer leur vie pour échapper aux conflits, à la pauvreté ou au réchauffement climatique, ont cherché à nous engager sur des fausses pistes.

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