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Billet de blog 26 juil. 2017

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Le plan Hulot est-il crédible ? (par RH)

Neutralité carbone. Pour y parvenir d'ici 2050, le ministre de la Transition écologique et solidaire prend quatre engagements. Leur manque de précision et de cohérence rend son plan peu convaincant.

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Le 6 juillet, Nicolas Hulot a présenté son « Plan Climat » qui ambitionne de parvenir à la neutralité carbone en France d’ici 2050. Ce plan s'articule autour de quatre axes essentiels  : la fin « de la vente des voitures à essence et diesel d'ici à 2040 », l'éradication d'ici 10 ans des bâtiments « passoires thermiques », la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025 et l'objectif de 32% d’énergies renouvelables d'ici 2030. Quatre engagements, quatre échéances, est-ce plaisible ?

Pour apprécier la crédibilité du premier engagement, il faut partir des données suivantes : D'une part, le parc automobile se compose de 38,652 millions de véhicules dont 32,0 millions de voitures particulières, 6,03 millions de véhicules utilitaires légers et 622 000 bus, cars et gros camions de plus de cinq tonnes(chiffres 2016-Comité des constructeurs français d'automobiles) . D'autre part, le nombre de véhicules en circulation augmente chaque année de l'ordre de 0,6 %. Sur cette base, on peut estimer qu'entre 2015 et 2040, soit en 23 ans, le parc automobile atteindra plus de 45 millions de véhicules. C'est considérable. Imagine-t-on le nombre de véhicules à propulsion thermique qu'il aura fallu mettre à la casse pour les remplacer par des voitures électriques. Quel sera le rythme de remplacement des premiers par les seconds et selon quelles modalités ? Ces chiffres donnent le vertige.

Quelle sera la consommation électrique de 35 à 40 millions de véhicules électriques d'ici 2040 ?

En l'absence d'une étude prospective réalisée par les services du ministère, nous en sommes réduits à des conjectures. Toute chose étant égale par ailleurs, retenons d'abord l'hypothèse d'une circulation routière se situant, à l'horizon 2040, entre 35 et 45 million de véhicules tout électrique. En utilisant les données fournies par des sites spécialisés : 12 000 km pour le kilométrage annuel moyen d'un véhicule, 20 kWh/100 km pour la consommation moyenne d'une voiture électrique, on aboutit à une consommation énergétique pour l'ensemble du parc automobile de l'ordre de 100 TWh ( térawatt-heure). C'est ce que produiraient 10 réacteurs nucléaires de la gamme 1500 MW (facteur de charge de 75 % soit 6570 heures /an de fonctionnement) ou 9000 éoliennes de la gamme 5 MW (facteur de charge de 25 % soit 2200 heures/an de fonctionnement). Ces 100TWh représenteraient une augmentation de 20 % de la consommation électrique actuelle égale à 483 TWh. C'est énorme.

Eradiquer les passoires thermiques pour économiser sur la consommation électrique

A moins que Nicolas Hulot, même s'il ne l'a pas explicitement dit, compte compenser tout ou partie de ce surcroît de consommation par une baisse conséquente du chauffage électrique qui représente aujourd'hui environ 150 TWh, soit la moitié de la consommation électrique du secteur habitât tertiaire. La seule voie pour y parvenir est de procéder à la rénovation thermique du parc résidentiel français qui compte plus de 7 millions d'épaves thermiques (chiffre établi en 2016 par «Rénovons »  regroupant plusieurs associations dont la Fondation Abbé Pierre). Ce ne serait donc pas par hasard si Nicolas Hulot s'est engagé sur une éradication d'ici 2027 des « passoires thermiques ». Et pour cela, il a annoncé le déblocage d'ici la fin du quinquennat de 4 milliards pour l'habitat tertiaire et 4 autres pour les bâtiments publics, soit un total dix fois inférieur au coût estimé par « Rénovons » pour la rénovation thermique en huit ans des 7 millions d'épaves thermiques. Supposons que Nicolas Hulot puisse après 2022 disposer encore de 5 ans pour atteindre son objectif. Cette fois, il lui faudrait obtenir un nouveau financement autrement plus conséquent que ces 8 premiers milliards. Entre temps la consommation électrique n'aura pas cessé d'augmenter et le surcroît de consommation du tout véhicule électrique n'aura été qu'un peu compensé.

La neutralité carbone est-elle possible avec un mix énergétique 50 % nucléaire-32 % EnR ?

C'est à ce point que nous en arrivons aux deux derniers engagements du plan climat, la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % d'ici 2025 (fermeture de 17 réacteurs) et l'objectif de 32% d’énergies renouvelables d'ici 2030, alors qu'aujourd'hui le nucléaire fournit 72 % et que les renouvelables contribuent pour 19 % dont 12 % hydraulique et 5,5 % éolien plus solaire photovoltaïque. On passerait donc à terme d'une production électrique décarbonée de 90 % à 72 %. Et les 28 % restant ? Certainement des centrales à gaz pour, non seulement pouvoir ajuster la production à la demande lors des pointes de consommation, ce qui est déjà le cas aujourd'hui, mais aussi pour tenir compte des fluctuations de la production électrique inhérents au caractère intermittent des EnR. Dans ces conditions, on voit mal comment parvenir à « la neutralité carbone à l'horizon 2050 » impliquant l'abandon des énergies fossile.

Tout cela laisse une impression d'impréparation, d'imprécision et d'incohérence.. Le plan climat de Nicolas Hulot est-il vraiment crédible ?

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