Un amendement islamophobe adopté au sénat

J'estime, et je vais m'en expliquer, que l'amendement au projet de la loi Blanquet voté le 15 mai dernier par une majorité de sénateurs est motivé par des considérations idéologiques exécrables qui entendent traiter les femmes musulmanes ou supposées telles comme n'étant pas des citoyennes à part entière.

Le sénat a adopté un amendement au projet de la loi Blanquet, par ailleurs projet détestable en tous points, visant à extrapoler l'interdiction stipulée dans l’article L. 141-5-1 du code de l’Education de 2004 du « port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse », aux sorties scolaires aussi bien pour les élèves que pour « les personnes concourant au service public de l’éducation nationale ». Cet amendement voté par 186 voix contre 100 et 159 abstention a été déposé par le groupe Les Républicains, lequel, dans un communiqué, s’est félicité de ce vote « qui interdit le port du voile lors de sorties scolaires ». Le doute n'est donc pas permis, cette interdiction vise directement les femmes qui portent le voile ou foulard qualifié de musulman ou islamique, en d'autres termes le hijab.

Des arguments irrecevables

Je n'entrerai pas ici dans le débat de savoir si cette tenue vestimentaire serait de nature cultuelle et/ou du culturelle. Le port du voile relève d'une liberté individuelle qui ne nuit en rien à celle d'autres femmes qui vont têts nues ou qui recourent à d'autres couvre-chefs pour éventuellement afficher leur identité.

Pour refuser le port du voile, trois raisons sont indifféremment invoquées. Il contreviendrait à la neutralité de l'école, il serait contraire à la laïcité, il participerait d'un prosélytisme religieux. Alléguer en la circonstance la laïcité est un détournement grossier de sa définition légale qui est l'obligation faite à l'Etat de « assurer la liberté de conscience... et garantir le libre exercice des cultes ». Tout autre chose est l'usage de tenues vestimentaires ou de signes, ostensibles ou pas, qui visent à afficher une appartenance religieuse. Je réaffirme ici que cette interdiction incluse dans la loi de 2004 au prétexte de la neutralité de l'école est une incongruité, à tout le moins, une stupidité. En quoi l'école est-elle neutre ? Serait-elle à l'abri des antagonismes sociaux et sociétaux qui traversent notre société ? Serait-elle préservée des débats qui nourrissent les questions relevant de l'histoire, de la géographie ou de la philosophie ?

La question du prosélytisme

Mettre au compte du prosélytisme religieux l’exhibition d'une tenue ou d'un signe est une totale aberration. Pour preuve certains, voyant bien la fragilité de cet argument, parlent d'un prosélytisme « passif ». Mais, en quoi une kippa, une étoile de David, un foulard, une croix seraient de nature à « convaincre d’adhérer à une religion ». Au surplus, dans un arrêté daté du 27 novembre 1996, le Conseil d'Etat a tenu à préciser que le prosélytisme « n’est pas constitué par le simple port d’une tenue ou d’un signe religieux ». Mais plus fondamentalement, considérer qu'un signe religieux contribuerait à la conversion (perversion?) d'un enfant ou d'un adolescent est révélateur d'une croyance archaïque, celle de la fascination qu'exerceraient les images ou les grigris religieux. Les instigateurs de la loi de 2004 et de son extrapolation récente adoptée par le Sénat estiment peut-être que cette fascination serait d'autant plus inquiétante qu'elle relèverait d'une religion, l'islam, étrangère à notre civilisation chrétienne, coupable d'aliéner la femme en lui imposant le port du foulard et soupçonnée de par sa nature à générer violence et terrorisme.

Le doute n'est pas permis : le Sénat a bien voté un amendement islamophobe.

Roger Hillel 27 mai 2019

 

 

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