LE PCF ET L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE DE 2022

Les communistes vont voter les 8 et 9 mai afin de choisir entre l'option 1, adoptée majoritairement par la Conférence nationale du 10 avril, qui propose de présenter une candidature communiste, ou l'option 2 qui propose d'initier un processus en vue d'aboutir à une candidature porteuse d'un « projet de rupture ».et commune aux « forces de gauche et actrices, acteurs du mouvement social ».

 Le site de L'appel « Pour se donner les moyens de gagner en 2022 » publie des argumentaires en faveur de l'option 2. Voici le premier d'entre eux.

Face au risque fasciste, peut-on enjamber la présidentielle de 2022 ?

Face à une situation difficile, il pourrait être tentant d’enjamber la présidentielle de 2022, de la considérer comme « déjà perdue » et de s’inscrire dans le temps long, pour « renforcer le Parti ». Tout serait donc si facile, il suffirait d’être patient. En 2022, nous ferions 2%, puis 5% en 2027 et puis, pourquoi pas, 15% en 2032 ?

Cela serait oublier les véritables enjeux de l’élection présidentielle de 2022. L’an prochain, on ne jouera ni un congrès, ni même l’avenir de notre parti. Il s’agira de déterminer qui présidera au destin du pays.

L’élection présidentielle confère au vainqueur des pouvoirs extrêmement étendus, à tel point que la Ve République prend peu à peu les habits d’une monarchie républicaine. Ainsi, depuis 2015, le pays a passé plus de temps sous le régime d’exception aux droits et libertés qu’est l’état d’urgence que dans un fonctionnement «normal» de ses institutions.

On est en droit de s’interroger sur l’utilisation qui pourrait être faite de ce régime d’urgence, dérogatoire au droit, de cet arsenal de lois sécuritaires et de mesures liberticides adoptées ces dernières années, si un pouvoir néofasciste pouvait en disposer à sa guise, pour écraser toute contestation issue de partis de gauche, des associations, des syndicats, de citoyen·nes… La pratique autocratique adoptée par Macron pendant la crise sanitaire ne serait alors qu’un avant-goût des restrictions de libertés et de la brutalité d’un gouvernement d’extrême-droite qu’exprime plus clairement la tribune qui vient d’être signée par des généraux et hauts-gradés dans Valeurs Actuelles évoquant « l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ».

Même si l’on veut croire que les élections législatives ne donneraient pas automatiquement une majorité à Marine Le Pen si elle devait l’emporter l’an prochain, ce qui serait une première sous la Ve République, les pouvoirs que lui confère déjà la Constitution et le chaos dans lequel se trouverait le pays lui offrirait tous les moyens pour en finir sans difficulté avec la démocratie. Dans ce contexte, il serait illusoire de penser pouvoir développer ou renforcer le PCF… tout comme n’importe quel autre parti républicain.

Or, l’hypothèse d’une victoire de Marine Le Pen n’est plus à exclure. Après ses candidatures en 2012 puis en 2017, 2022 constitue son troisième essai. Ses chances sont maximisées par le rejet d’Emmanuel Macron par une part croissante de la population, ainsi que par la crise sanitaire. Le « rempart républicain », à droite et malheureusement à gauche, a largement cédé, en témoignent les déclarations glaçantes de Julien Dray distinguant le Front national de Jean-Marie Le Pen du Rassemblement national de Marine Le Pen. La stratégie de dédiabolisation de cette dernière paie au-delà de ses espérances, et nourrit une sous-estimation de la menace du Rassemblement national. Dans ces conditions, et forte de sondages qui désormais n’excluent plus l’hypothèse d’une victoire au second tour, l’extrême-droite va bénéficier l’an prochain d’un alignement des planètes inédit, et ne compte pas laisser passer sa chance…

Allons-nous les laisser faire ?

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