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Billet de blog 28 oct. 2022

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POUR UN COMMUNISME « RÉEL » (Partie I)

Le capitalisme est destructeur pour les êtres vivants, dont les humains, la nature et finalement la planète. Il faut l'abolir et, concomitamment, le remplacer par une société qui en soit son contraire. On s'accorde à la nommer communisme. Mais, c'est quoi le communisme ?

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Je pars du paradigme largement partagé par les progressistes, a fortiori les révolutionnaires : le capitalisme est destructeur pour les êtres vivants, dont les humains, la nature et finalement la planète. Il faut l'abolir et, concomitamment, le remplacer, ce que les marxistes désignent par « le dépasser », par une société qui en soit son contraire. On s'accorde à la nommer communisme. Mais, c'est quoi le communisme ?

Le PCF traîne une sacrée casserole en ce que pendant des décennies il a considéré que les pays qualifiés de socialistes étaient engagés dans des voies qui devaient conduire inexorablement au communisme tel qu'il était défini par la doctrine labellisée marxiste - léniniste. Au début des années 90, confronté à l'effondrement brutal de ces sociétés, le PCF n'a pas poussé très loin le travail de deuil, j'entends travail de mémoire et d'histoire, s'en tenant à évoquer l'héritage sanglant du tsarisme puis du stalinisme criminel, la prématurité du passage au socialisme en Russie, les mesures bureaucratiques et répressives pour essayer de rattraper, à marche forcée, le retard par rapport aux pays capitalistes. Mais le PCF a toujours pensé que dans ces expériences historiques il y avait une part de ce qu'il considérait être du communisme.

1- LE COMMUNISME N'A JAMAIS EXISTÉ

Il faut en finir avec cette confusion. Le communisme (ou socialisme) dont ces expériences historiques se sont réclamées n'était, ni de près ni de loin, du communisme au sens où Marx l'avait envisagé. Ce qui a été fait en son nom, en a été une trahison. A partir de là, Il faut admettre que ce qui s'est passé dans ces pays n'a pas été l'échec du communisme, mais celui d'un pseudo communisme. La démonstration pourrait être faite avec le soi-disant communisme de la dictature incarnée par la Corée du Nord. Mais dans ce cas, la caricature est tellement tragique que la démonstration va de soi. Pseudo communisme encore avec la Chine, État- parti, nationaliste, impérialiste et autoritaire dont l'évolution l'éloigne fatalement d'une perspective communiste. Reste Cuba. Quelque intérêt que l'on puisse lui porter, le régime cubain n'échappe pas au déni de communisme pour une raison fondamentale qu'il ne saurait y avoir de communisme si des mesures administratives et répressives empêchent la liberté d'expression, de revendication et d'organisation.

Tout reste donc à faire pour formaliser les grandes lignes de ce que devrait être un communisme « réel ». Le chantier est vaste puisque rien de tel n'a existé nulle part. Bien sûr, la contribution du PCF est attendue. Mais il lui faut prendre ses distances avec ses antécédents doctrinaux qui veulent que, pour lui, le rôle de l’État est central, et, en dernier ressort, déterminant en tout. De sorte que, selon lui, l'essentiel des structures de production et de distribution doivent être soumises à l'autorité de la puissance publique. Dans les moments où l'influence du PCF a été importante, 36, 45 mais aussi 81, cela s'est traduit par des mesures progressistes importantes comme la planification et les nationalisations. Au regard de cette prééminence centralisatrice, de cette verticalité dans la décision et la gestion, les contre-pouvoirs accordés aux représentants des salariés, n'ont pas empêché que les tropismes dirigistes et bureaucratiques ne prolifèrent.

2- L’ÉTAT, MAIS SURTOUT PAS QUE L’ÉTAT !

Ces tropismes devraient être contenus par l'instauration de critères de décision et de gestion démocratiques et par l'attribution de nouveaux droits aux producteurs et aux usagers. Mais, il n'en reste pas moins, que la verticalité génère des rapports de pouvoir entre savants et sachants, sachants et utilisateurs. Pour contrebalancer cette verticalité, pour une part incontournable dans des grands secteurs de l'économie, dont il reste à définir les périmètres, il faut la contrebalancer par une horizontalité qui permettrait de soustraire à l'intervention de l’État de larges pans d'activités économiques et de services dont la propriété et la gestion relèveraient de structures collectives, associatives ou mutualistes. Des activités répondant à cette définition existent déjà dans les secteurs de l'économie coopérative et de l'économie sociale et solidaire, sous forme de SCOP, AMAP, Fablabs... Ces structures échappent, au moins en partie, à la logique capitaliste marquée par la propriété privée, le marché, la concurrence et le profit. De plus, y prévaut, à des degrés plus ou moins poussés, la gestion collective ou au moins partagée. Ce serait une erreur d'imaginer que ces activités pourraient à elles seules constituer une alternative au capitalisme. Par contre, ces expériences, ici et maintenant, facilitent la crédibilité de ce que pourrait être une gestion non étatisée de certains secteurs micro économiques et l'invention de modalités d'autogestion de secteurs stratégiques productifs et financiers nécessitant une intervention soutenue de l’État.

3-LES « DÉJÀ-LÀ » DE COMMUNISME

Ces expériences pourraient être incluses dans les « déjà-là de communisme », concept que le philosophe communiste Lucien Sève a utilisé, je crois, pour la première fois (Il parle aussi du « futur présent »).Certes, elles relèvent de la micro économie, mais il existe un exemple de « déjà-là » d'une toute autre ampleur, c'est celui du régime général de la sécurité sociale. En 1947, le ministre communiste Ambroise Croizat, s'appuyant sur la CGT, eut l'idée géniale de transformer le l'ancien système patronal de sécurité sociale en instituant le régime général : « caisse unique pour l'ensemble : famille, santé, vieillesse, accidents du travail, maladies professionnelles, financée par un taux unique interprofessionnel de cotisation et gérée par les travailleur eux-mêmes ». Cette citation est issue d'un des ouvrages de l'économiste-sociologue communiste Bernard Friot qui n'a de cesse d'expliquer qu'il s'agit là de la naissance d'une protection sociale soustraite aux pouvoirs discrétionnaires de l’État et du patronat. Elle était fondée sur la socialisation du salaire à l'échelle nationale, et sa gestion était, initialement, assumée par les seuls représentants élus des travailleurs (C'est en 1958, sous le régime gaulliste, que les représentants du patronat ont été réintroduits dans la gestion des caisses. C'est en 1967, toujours avec De Gaule, qu'a été supprimée l'élection des administrateurs, désignés depuis directement par les centrales syndicales et les organismes patronaux). Je n'en rajouterai pas, mais on pourrait aussi suivre Bernard Friot qui voit du « déjà-là de communisme » dans l'instauration en 1946, sous l'impulsion du ministre communiste Maurice Thorez, du statut général de la fonction publique.

(à suivre)

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