Macron, doublure de Sarkozy

Ensauvagement, séparatisme... La triade : Macron, Castex, Darmanin, met en place une stratégie, à l'exemple de celle que Sarkozy avait utilisée en son temps, pour faire des amalgames, créer des diversions et discréditer le combat contre le racisme d'Etat et les violences policières.

Sarkozy, alors qu'il était ministre de l'Intérieur, déclarait en juin 2005 : « On va nettoyer au Karcher la cité », et puis encore : « Ceux qui ne respecteront pas la loi, on les tapera dur ». Quinze ans plus tard, Gérald Darmanin proclame qu’il « faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société », et puis encore, faisant référence aux policiers et aux gendarmes : « Le rôle du ministère de l’Intérieur, c’est de protéger ceux qui nous protègent, et de les aider à courir derrière les voyous ». La filiation Sarkozy-Darmanin est plus qu'évidente, mais, loin de s'arrêter là, s'étend aux autres protagonistes.

La salade Niçoise

Suivons le fil conducteur. Le 23 juillet, Darmanin se précipite à Nice où s'est produit une fusillade dans un de ses quartiers. Il prononce quelques formules martiales du genre : « Il n’y a pas de zones de non-droit, il n’y a pas d’endroits où on ne va pas en République » et en profite pour préparer le terrain à la venue prochaine du Premier ministre, Jean Castex. Effectivement, le 25 juillet, ce dernier, accompagné de Darmanin, se rend à Nice pour y annoncer les mesures gouvernementales pour la sécurité. Pour ne pas être en reste avec son ministre de l'Intérieur, il use de la même rhétorique : « La seule loi qui vaille, c'est celle de la loi républicaine et de l'État de droit ». La veille, paraissait dans le Figaro l'entretien que Darmanin lui avait accordé. Il y utilise le terme « d'ensauvagement » qui a déjà fait florès au R/F.N. depuis son usage répété depuis 2013 par Marine Le Pen. D'ailleurs, à la suite de Darmanin, ne vient-elle pas d'éructer : « Quel niveau de barbarie faut-il atteindre pour que le peuple français dise stop à cet ensauvagement de notre société ? » Ce vocable a aussi les faveurs de Eric Ciotti, le maire de Nice, précisément la ville où se sont déplacés Darmanin et Castex. Il n'y a pas de hasard.

Les fidèles amis de Sarkozy

Continuons à suivre ce fil conducteur. Immédiatement après les nominations de Castex et Darmanin dans le nouveau gouvernement, Sarkozy se fend de « Jean Castex est un homme que j'ai toujours apprécié et en qui j'ai toujours eu confiance », et puis :« Gérald est un ami. J'ai pu compter sur sa fidélité et sa solidité ». Ainsi, on comprend mieux pourquoi Darmanin parle comme Sarkozy et Castex comme Darmanin. Ce n'est pas fini. En 2016, dans son livre « Tout pour la France », Sarkozy écrivait : « Disons-le tout net sans aucun esprit polémique, ce n'est pas avec les religions que la République a aujourd'hui des difficultés, mais avec l'une d'entre elles qui n'a pas fait le travail nécessaire autant qu'évitable d'intégration. (...) Nous devons faire le même travail vis-à-vis de l'islam, qui ne peut s'exonérer d'aucune des règles que les autres religions respectent parfaitement en France ». Quatre an plus tard, Darmanin dans son interview au Figaro réaffirme également sa volonté de « combattre avec la première énergie » l’islamisme, ajoutant que « Ce qui est très inquiétant, c’est que nous sommes aujourd’hui face à la radicalité d’une minorité très agissante qui veut manifestement mettre à bas les valeurs fondamentales de notre État et le principe même de la nation française (…) Nous devons donc combattre ce que le président de la République a qualifié de volonté de séparatisme ». Nous y voilà.

Le séparatisme à la sauce Macron

C'est en février 2020 que Macron, faisant référence à l'islamisme, a commencé à agiter le spectre du séparatisme. « Dans la République, l’islam politique n’a pas sa place », avait-il tranché. Le 14 juin, il enfonçait le clou dans son allocution télévisée. Réagissant aux manifestations antiracistes et aux déboulonnements de statues, il mettait en garde contre le risque de voir « ce combat noble récupéré par les séparatistes ». Le 15 juillet, Jean Castex, lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, réaffirmait sa volonté de présenter à la rentrée un texte de loi dans le but «  d’éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses ». « Lutter contre l’islamisme radical sous toutes ses formes est et demeure l’une de nos préoccupations majeures », avait-il ajouté. Ces propos ciblent doublement les populations des banlieues. D'une part, parce que la religion musulmane y est fortement implantée et, d'autre part, parce que les militant.e.s anti racistes qui en sont issu.e.s, ont réussi à politiser leur combat contre le racisme d'Etat et les violences policières et à créer des convergences. L'inscription d'une loi sur le séparatisme à l’agenda de la rentrée vise à focaliser sur des amalgames qui ne manqueront pas de susciter toutes sortes de surenchères de la droite et de l'extrême droite. On sait combien les médias sont friands de ce genre de diversion qui pervertit le débat public. Ils vont s'y engouffrer avec d'autant plus de zèle, que les questions sociales auront plus de mal à s'y faire une place.

Roger Hillel 29 juillet 2020

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