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Billet de blog 30 oct. 2022

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POUR UN COMMUNISME « RÉEL » (Partie II)

Le « déjà-là de communisme », présent dans le régime général de la sécurité sociale, l'économiste communiste Bernard Friot veut l'étendre à la création du « Salaire à vie ». Sa conception est rejetée sans ménagement par le PCF qui lui préfère l'option de « Sécurité d'emploi ou de formation »

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4 - DEUX OPTIONS INCONCILIABLES D'UNE « SÉCURITÉ SOCIALE PROFESSIONNELLE »

Bernard Friot propose, depuis plusieurs années, de généraliser la portée non capitaliste de ces conquêtes sociales de 46-47 à la question du salaire et, par là, soustraire le salarié à la dépendance du patronat. Sa proposition est généralement connue sous l'appellation de « salaire à vie », mais son intitulé plus conceptuel est « salaire à la qualification personnelle ». Cette proposition n'a aucun rapport avec celle du « revenu universel », laquelle revient à assurer un revenu de base par l'apport d'un complément de ressources aux personnes qui «ne parviennent pas à tirer un revenu décent de leur activité». Autant dire que cette proposition n'est pas du tout goût de Bernard Friot, laquelle relèverait, selon lui, de « l’effondrement idéologique à gauche » et servirait de « roue de secours du capitalisme ». La proposition de Bernard Friot est aussi aux antipodes de celle avancée depuis longue date par le PCF. Il s'agit de la « sécurité d'emploi ou de formation » (SEF) conceptualisée en 1996 par un de ses plus éminents économistes, Paul Boccara, et adoptée peu de temps après par un congrès du PCF. Ces deux propositions sont inconciliables car fondées sur des attendus théoriques fondamentalement différents.

Pour ma part, lorsque j'ai pris connaissance en 1996 des travaux de Paul Boccara, j'avais été emballé par ses propositions. J'en comprenais les attendus théoriques conformes à ce que je connaissais du marxisme à l'époque. Par ailleurs, au début des années 90, la France était entrée dans la phase de récession qui touchait toute l'économie mondiale. Au surplus, la révolution numérique avait fait une entrée fracassante. Les travaux de P. Boccara prenaient savamment en compte ces deux conjonctures. Ses approches m'apparaissaient modernes et révolutionnaires. Elles bousculaient la position du Parti réitérée depuis le Programme commun de 1981. Je trouvais convaincant de présenter la SEF en considérant qu'il fallait « conjuguer mobilité choisie et sécurité accrue de ses revenus et de ses droits. » et « répondre aux besoins de souplesse et d’adaptabilité de la production moderne ». Lorsque plus tard, j'ai entendu parler de « salaire à vie », j'ai botté en touche, et ce n'est qu'en juin 2018, au moment de la préparation du 38e congrès, que j'ai réalisé que cette proposition faisait l'objet de vifs débats parmi les économistes communistes et des syndicalistes de la CGT. Ce n'est qu'un peu plus tard que j'ai lu l'ouvrage de B. Friot Émanciper le travail (la dispute 2014) dans lequel il expose sa démarche théorique et sa proposition de « salaire à vie ». Autant dire que sa démarche théorique m'a été d'un accès difficile car il fait un usage, et s'en explique longuement, du concept de salaire qui heurte la tradition marxiste. Mais au delà de cet aspect, ce qui mérite débat, c'est que sa proposition aboutit à ce que, en son principe, le salarié ne soit plus à la merci du patron et beaucoup moins dépendant de la puissance publique. Or, selon moi, ce n'est pas le cas de la SEV, avec laquelle, malgré ses réelles avancées, le salarié va continuer à dépendre du contrat établi avec le patron, pour ce qui sera de l'emploi, ou de celui établi avec l'éducation nationale, pour ce qui sera de la formation.

L'intérêt porté à la proposition de B. Friot avait grandi parmi les communistes les plus familiarisés avec les questions économiques, au point de s'exprimer fortement dans les débats préparatoires au 38e congrès qui allait se tenir du 23 au 25 novembre 2018. Le rapport présenté par Guillaume Roubaud - Quashie au Conseil national du PCF des 2 et 3 juin 2018, faisant le bilan des travaux de la commission des débats, en avait témoigné. Il y était évoqué les questions « qui font débat parmi les communistes, parfois assez vivement même. » Ainsi, « La position actuelle du PCF concernant la Sécurité emploi formation, par exemple, est mise en question par un nombre important de camarades qui, pour certains, lui privilégient l’option du "salaire à vie" développée par notre camarade Bernard Friot ». Le rapporteur avait précisé que « dépasser ces deux positions » ne pouvait pas se faire en « tranchant à la hussarde ». Il s'était quelque peu avancé. Peu de temps avant, l'option de B. Friot avait été descendue en flèche par la commission économique du PCF. Sa lettre du RAPSE no 148 du 29 mars 2018, consacrée sur 32 pages au « salaire a vie », avait pour titre : «Salaire à vie : chausses-trappes, conservatisme et illusions ». On pouvait y lire, entre autres, en page 8 : « Evidemment, ce salaire à vie, au même titre d'ailleurs que la proposition de revenu universel de B. Hamon a « l'avantage » de ne plus avoir à se battre pour le respect du préambule de la constitution de 1946 : « chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi ». Et pire encore, en page 10 : « Dire : aujourd'hui nous sommes sous la domination du capitalisme, demain matin, nous aurons rompu nos chaînes, ça n’existe pas. C’était la théorie de Pol Pot, celle qui l’a conduit à vouloir détruire toute trace du passé (et des hommes qui possédaient du savoir) pour recommencer l’histoire du Cambodge sur une feuille blanche ».

Le résultat de ce tir à boulets rouges fut qu'à l'issue de la réunion du CN des 2 et 3 juin avait été adopté un projet de base commune intitulé Le communisme est la question du XXIe siècle, duquel, seule l'option de Sécurité emploi ou de formation avait été retenue. Contrairement à sa promesse, la direction avait donc tranché à la hussarde. Mais, on n'écarte pas si facilement une option qui fait débat. On peut même avancer que la propension à lui porter intérêt avait grandi, au point que dans un article de l'Humanité du 2 juillet 2020, Frédéric Boccara, un des principaux animateurs de la commission économique du PCF et de la revue Économie et politique, par ailleurs, membre du Conseil national du PCF, vantant les avantages de la SEF, s'était cru autorisé à s'en prendre à l'option du « salaire à vie », sans en citer l'auteur, par cette diatribe « Il ne faut pas renoncer et accompagner les licenciements par une flexisécurité, ni en se résignant à un revenu d’existence, ni en rebaptisant « salaire à vie » les préretraites et autres dispositifs imaginés pour faire passer les suppressions d’emplois. ».

Malgré ce refus de débattre, la proposition de salaire à vie fait l'objet d'un intérêt soutenu, hors du PCF, comme en témoigne l'ouvrage posthume de L. Sève Le communisme, partie 2 de Quel communisme pour le XXIe siècle (Ed La dispute 2021) , le livre de Frédéric Lordon Figures du communisme (Ed. La fabrique 2021) et celui de Bernard Vasseur Le communisme a de l'avenir...Si on le libère du passé (Ed L'Humanité , 2020). Cette énumération n'est pas exhaustive.

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