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Billet de blog 8 juin 2021

Guillaume Lasserre, passeur de lumières. Et de dignité

Belle plume qui convie au partage et à la promotion de la création artistique, pilier des unes de Médiapart, le jeune homme oxygène et régénère nos pensées en ces temps malmenés. Et ainsi en faveur du respect suprême dû à l’humain.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C’est dans un délicat clair-obscur digne d’un Rembrandt ou d'un Caravage, que l’on peut saisir le visage de celui qui, fidèlement et densément, a toute sa place dans la colonne des choix de la Rédaction. Cérébral et ébloui, avant d'éblouir.

On y va, on s’étonne, on s’émerveille, on s’interroge, on est ému. Parfois, on s’étonne de ne pas être étonné. Alors, on y retourne aussi, pour aussitôt se dire qu’en effet, tel billet a toute sa pertinence. Et l’étonnement est là, avec le ravissement. La considération dès lors pour l’œuvre engagée par les créateurs et créatrices que nous suggère, avec pédagogie et rigueur, Guillaume Lasserre. Comme avec ces êtres créés par Gidéon Rubin, « peintre de l’effacement », de façon quasiment minimaliste, sans visage. On pense à Magritte, tout au plus, car le temps presse, et que l’on s’en retourne aux obligations du jour, aux incessantes injonctions visant objectifs et performances. Puis on tente une nouvelle immersion (les nuits de nos cerveaux et de ses élans ont leurs mystères) et l’effet est éclatant ! Improbable même, de façon personnelle sans doute. Nos vies, faites de rôles et de silences, d’oublis et d’abandons, de renoncements et d’annulations sont là, sous nos yeux. Carlos Martiel « artiste de la protestation » ? Oh que oui ! Jusque dans sa chair, et l'on est lentement mais sûrement saisi par la performance, l'intelligence, l'âme fougueuse. Et l'on ressent la charge puissante pour dire les êtres stupéfiants et chaotiques que nous sommes. Puis on se dit que grâce à une quête de la beauté, l’artiste semble avouer son amour pour l'humanité, autant qu'il souffre de sa capacité à nuire, à outrager, à briser, à l'inconscience généralement. Le temps est suspendu, juste par un "billet"... Kehinde Wiley, « artiste de la magnificence » ? Oui, pas faux… Et c’est lors d’un autre lendemain, un précieux retour avec empressement. Puis l’émotion qui submerge… Et l’on contemple, avec tout ce que cela induit. Pour partager à notre tour, bouleverser aussi, grandir ensemble surtout. Comme cette réaction d’un jeune adolescent, découvrant la lumineuse et abondante collection : « Désormais, je regarde les musées différemment ! ». Comme les larmes aussi de cette jeune fille (« noire » diront ceux et celles qui ne voient que ce seul et si infime élément d’identité personnelle) face à la dignité redonnée par l’artiste états-unien à ses frères et sœurs de « couleur ». Mettre les « noirs » dans les œuvres des « blancs ». En fuyant la peine et la douleur, les plaies et les complaintes, les cicatrices tout autant. Juste en adoptant les codes de ceux et celles qui ont pris le pouvoir, les pouvoirs, pour mieux les conserver. Mais en y ajoutant encore plus d’assurance et de fierté, de dignité ! Comme cette « Vierge adorant l’hostie », encadrée par deux puissants personnages masculins et regard baissé, devenant « Vierge » au regard haut et sûr, dans un contexte végétal frais et épanoui. Il fallait oser. C’est magistral, efficace, révolutionnaire. Et proposé par Guillaume Lasserre qui insuffle la soif et la quête, le questionnement et l'enquête, l'échappée et l'exploration heureuse. Médiapart, un lieu que l'on souhaite et aime ekklesia humaniste.

Et c’est la victoire de Guillaume Lasserre ici, de créer ces ponts vers les arts que la boue ambiante désire engloutir. Car on l’a compris, ce n’est pas Guillaume Lasserre qui, aujourd’hui, promeut le génie humain sur les grands plateaux médiatiques. Pense-t-on seulement à y promouvoir le génie humain ? Non, la parole est donnée à la haine de l’autre, cet autre différent, dangereux, forcément différent et dangereux. Cette haine qui réduit, rapetisse, écrase, broie, nie l’humain et l’achève. Guillaume Lasserre est alors un Résistant, et sa place sur Médiapart est essentielle et vitale, en phase absolue avec l’idéal fondateur de ce média. Or celui qui n’est qu’un « abonné », publiant sur « un blog personnel », n’a que faire de la gloire. Humble toujours. Au service de ceux et celles qu’il nous confie. Par égard pour leur contribution, leur créativité, leur capacité aussi à repenser, à bousculer, à émanciper aussi. Pas de « je », pas de « j’ai été avec », de « je connais », ou encore de « il ou elle m’a confié », pas non plus de ce qui relève du « selfie ». Et une discrétion, une pudeur même, ne laissant qu’une petite place aux émotions de l’auteur. Manifestement, l’historien de l’art, ancien directeur du Pavillon Vendôme, commissaire d’expositions, collaborateur de Zérodeux, co-auteur de catalogues d’expositions et d’autres titres prestigieux, aime les artistes. D’ailleurs, peut-on juste aborder un artiste, avec un tel engagement en termes de recherches et d’analyses, sans l’aimer ? Et peut-on partager sans aimer ? Guillaume Lasserre aime. Et c'est émancipateur en soi, aussi. Le résultat est sincère, documenté, sourcé. Un intense et possiblement éprouvant travail de l’ombre trop souvent, d’où émerge une chaleureuse lumière et qu’il ne sait pas garder pour lui. Et même si le peu de cas fait à la culture aujourd’hui, dans la 6e puissance économique mondiale, dans une France qui a relégué sa belle devise au rang de simple ornement des façades officielles, dans un contexte sanitaire qui a fait de la culture du « non-essentiel », même si ce peu de cas consternant… le cloître parmi les "bénéficiaires" du RSA. Nous en sommes là.

Alors, quel est donc ce moteur, cette énergie qui anime cette plume travailleuse et féconde ? La quête des émancipations, sans doute ! En saluant « Petite fille », ce film de Sébastien Lifshitz, accompagnant un être que l’on pourrait qualifier de mal-né mais qui sait où se trouver, pour être tout simplement. Ou en nous confiant l’aventure de la première équipe de football féminine traduite sur les planches du Théâtre de la Ville par Pauline Bureau. Un foot comme on l’aime : celui qui extrait de la petitesse, de l’exploitation, de l’humiliation. Le sport collectif qui affranchit. Comme le théâtre qui affranchit, autour de « Brûlée.e.s » de Tamara Al Saadi. On savoure alors l'Intelligence qui se saisit des nœuds infâmes générés par un urbanisme inconscient ou coupable, des politiques lâches et coupables, et un passé colonial plus que coupable. Et l’on se dit que ces nœuds n'y résisteront pas et qu’il nous faut être des relais de ces artistes qui nous interpellent dans un contexte incontestablement nauséabond. La devise de la République se reconquiert dans ces "marges" qui sont des cœurs, estime-t-on alors.

Envisager ici la globalité de la dense et impressionnante contribution de Guillaume Lasserre ? Impossible ! Ce serait hautement prétentieux, et ce serait pâle voire lamentable compte-rendu, assurément. Inviter à explorer ses mondes, son « blog » donc, oui, 1001 fois oui ! Car on y va libre, surtout libre, pour rester libre.

Et c’est ici : https://blogs.mediapart.fr/guillaume-lasserre/blog/billets_blog

Alors ce billet, un bien modeste et si imparfait, terriblement imparfait, hommage à un précieux et rare contributeur. Et Passeur.

Rédigé dans l’urgence, car il y a urgence.

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