Cette nuit, j’avais imaginé une parenthèse de fraternité avec Cédric Herrou…

C’est donc quasiment fiévreux que l’on pouvait aborder le nouveau numéro d’ONPC, minuit sonné, à l’arrivée du paysan, ou homme du pays, de la vallée de La Roya. Tandis qu'alentours la bête immonde rôdait et ne cédait pas d'un pouce...

Nous sommes le 23 septembre, à l’écran du moins. L’invité est attentif aux recommandations de l’équipe d’ONPC, alors que l’on finit de fêter une première fois les autres convives du soir, puis il s’engage droit dans l’escalier descendant, sous des applaudissements qui réchauffent… Nous allons peut-être nous élever, nous pourrions tourner une page, nous pourrions respirer, la tête haute. Le silence s’impose, de verre.

Chemise rouge des luttes et de la passion, pantalons à l’anthracite des noirceurs d’ici et d’ailleurs, lunettes de l’expert qu’il est devenu malgré lui, regard attentif et patient du militant éprouvé et sage, l’homme est reçu avec bienveillance par un Laurent Ruquier inhabituellement discret, possiblement ému, d’abord, puis une Christine Angot visiblement conquise et acquise ensuite, cérébrale et exigeante, avant que l’émission ne glisse dans les mots qui osent sans vraiment oser, qui se cherchent avant de s’avouer, qui nous éteignent ou nous soulèvent, on ne sait plus, du nouveau chroniqueur de l’émission. Très sympathique par ailleurs, sans doute. Yann Moix aurait eu, à cette occasion précise, le ton de l’indignation, les yeux mouillés aussi, quand son successeur est à l’œuvre, reconnaissant certes la charge émotionnelle qui s’échappe du film de Michel Toesca, une œuvre bâtie autour et avec Cédric Herrou et les siens, mais un contradicteur semblant se résigner à devoir rappeler à tous que l’émotion n’est pas le sujet… Et l’étreinte désormais habituelle se resserre. Les minutes passent, les visages des Grandes gueules observent, dodelinent, manifestement en attente, sans plaisir aucun. Vont-elles lâcher les mots ? Ce sera le cas. Le chapelet des hostilités est égrené pour s'opposer à ce qui ne serait donc que de l'émotion, une litanie de lieux communs, de racisme, de nationalisme, d’ignorance, de rumeurs, jusqu’à la farine jetée à la face du Juste. Le tout sous des airs candides, irréprochables, professionnels. Et lui est même opposée sa prétendue solitude dans une vallée de La Roya qui ne serait pas son pays car une frontière hostile (aux hommes seulement) est tracée entre Vintimille et Breil-sur-Roya. Nous le dirons aux eaux de la Roya...

Ne rappelons pas ces mots qui génèrent la violence morale, physique et politique, politique, morale et physique. Et qui détruisent notre devise. 

Cédric Herrou, digne, parvient à dire la Fraternité gravée dans le marbre de la Constitution (quelle victoire !) partageant son humanité à l’adresse des échoués d’un monde « globalisé » et néolibéral. C’est lui que nous retiendrons. Et l’on comprend pourquoi Michel Toesca nous propose un film centré sur un citoyen, à la gloire sans doute de ce Terrien qui susurre presque, délicat, que la citoyenneté est l’attention accordée à l’autre, désintéressée, généreuse, essentielle. Car comme nous faisons famille nous faisons humanité (et comme nous saluons l'arrivée du nouveau-né, nous célébrons celle du rescapé et plus généralement celle de celui qui nous désire). Malgré l’inhumanité dont seuls les humains sont capables. Sous les yeux complices ou résignés ou incultes de spectateurs vaquant d’un fauteuil à l’autre, ou se transportant au soleil pour d’agréables séjours avant d’affirmer leur légitimité par des : « je connais » … 

En 2016 j’avais proposé un billet saluant l’émergence d’un Juste des temps nouveaux, alors qu’hommages et panthéonisation étaient le sujet ailleurs. 

C’est encore ici : https://blogs.mediapart.fr/hippolyte-varlin/blog/290717/cedric-herrou-et-les-mots-presidentiels-ou-l-assaut-du-doute 

Aujourd’hui, c’est un modeste et rapide billet d’humeur pour saluer un homme et tous les siens. Car nous devinons aussi les foules d’anonymes qui mériteraient les plus beaux hommages. Mais si les Justes essuient les entraves et les insultes, ils doivent aussi affronter l’anonymat des riens et la suffisance de ceux qui sont.

 

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