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Billet de blog 3 janv. 2022

Algérie 1962, par Malika Rahal

Il y a 60 ans, un monde colonial s'effondrait, celui de l'Algérie indépendante naissait. Dans « Algérie 1962. Une histoire populaire », l'historienne Malika Rahal s'attache en mobilisant des sources nombreuses et variées à restituer les expériences vécues cette année-là par les habitants du pays, Algériens et « Européens ». Nous publions l'introduction de cette fresque passionnante.

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Introduction :

Le sceau de la Révolution 

 Le 1er mars 2019, une caméra de la chaîne de télévision algérienne al-Bilad saisissait une image : un Algérois cherchait à cacher ses larmes. Retenu par plusieurs jeunes, il expliquait, en arabe, son émotion : « J’avais quatorze ans. Aujourd’hui, c’est un jour comme l’indépendance, notre indépendance, celle de l’Algérie. » Nous étions dans les premiers jours du hirak chaʿbi (« mouvement populaire »), marqué par des manifestations hebdomadaires monstres à Alger et jusque dans les plus petites localités du pays. Durant des semaines, slogans, pancartes et chants développèrent des références au passé de la guerre de libération nationale (1954-1962). Au tout début, lorsque la surprise d’être si nombreux était encore totale, est aussi apparue la référence plus précise aux festivités de l’indépendance, en 1962. À Sidi Bel-Abbès, le 1er mars 2019, les marcheurs brandissaient une banderole « Un seul héros, le peuple », qui faisait référence à un célèbre slogan de 1962 ; ailleurs, d’autres disaient manifester pour la première fois « depuis 1962 » ; d’autres anciens répétaient « kima Soixante-deux » (« comme en 1962 ») pour comparer le mouvement présent à ce moment fondateur. Dans leurs propos, même en arabe, « Soixante-deux » était volontiers prononcé en français, comme un nom propre de l’événement, un de ces chrononymes qui nomment une portion de temps et lui donnent de la cohérence[1].

Au milieu des manifestations de 2019, l’expression « Soixante-deux » faisait allusion à la ferveur et au sentiment d’une naissance collective, alors que les futurs possibles de l’indépendance semblaient se rouvrir[2]. Mais l’expression a aussi d’autres sens. 1962 est en effet tout à la fois la fin d’une guerre commencée en 1954 avec une difficile transition vers la paix, la fin d’une occupation française de cent trente-deux années avec la conquête de la souveraineté et l’indépendance du pays avec la naissance d’un nouvel État.

Déplier 1962 : l’événement et la durée

L’expression courante « Soixante-deux » suggère de prendre au sérieux le découpage calendaire. Ce livre délimite donc une tranche de temps quelque peu arbitraire qui va de janvier à décembre. Il s’agit ici de considérer l’année 1962 à la fois comme événement et comme durée, ou plutôt comme un événement complexe qu’il convient de déplier pour révéler d’autres événements imbriqués. L’année est classiquement scandée par trois moments principaux, les mieux connus.

1) Les accords d’Évian, signés le 18 mars 1962 par les délégations du gouvernement français et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) constituent le premier. Ils prévoient le cessez-le-feu entre l’armée française et l’Armée de libération nationale (ALN) et ouvrent une « période transitoire » et créent un Exécutif provisoire pour gérer la transition. Le processus donne aussi l’illusion à certains défenseurs de l’Algérie française qu’il serait possible de faire dérailler l’accession à l’indépendance ; il nourrit ainsi la violence de l’organisation paramilitaire d’extrême droite Organisation armée secrète (OAS), qui se déchaîne alors et accélère l’exode de la population « européenne » d’Algérie. Plusieurs témoins que, dans mon travail d’historienne, j’ai eu l’occasion d’interviewer, font d’ailleurs référence à « waqt l-uwas », le temps de l’OAS.

2) En juillet, un deuxième moment-clef se décline en trois dates avec d’abord le référendum d’autodétermination du 1er juillet, qui permet aux électeurs de se prononcer en faveur de l’indépendance dans la coopération avec la France par 99,35 % de « Oui ». Le référendum conduit ensuite au transfert de souveraineté vers les autorités algériennes le 3 juillet et, enfin, à la proclamation de l’Indépendance le 5 juillet. L’accession à la souveraineté révèle les tensions préexistantes qui traversaient les institutions algériennes issues de la guerre de libération. La période sera plus tard souvent nommée « crise de l’été 1962 », ou simplement la « crise » ou l’« été 1962 ».

3) Le 20 septembre, les élections à l’Assemblée nationale constituante permettent la mise en place du premier gouvernement d’Ahmed Ben Bella. Le 25 septembre, la République algérienne démocratique et populaire est proclamée. On assiste alors à la formation d’embryonnaires ministères en charge de dossiers tous plus urgents les uns que les autres pour l’Algérie indépendante : organiser la rentrée scolaire et universitaire, pallier les départs de nombreux fonctionnaires français, relancer l’industrie et l’agriculture pour éviter une famine, définir une prise en charge sociale pour ceux qui sont dans le besoin (les anciens combattants, les victimes de la guerre, les blessés, les veuves, les orphelins, les sans-logis).

Ces trois moments délimitent quatre périodes distinctes et esquissent l’histoire la mieux connue de l’année 1962, principalement institutionnelle et politique. Cette histoire cache toutefois des expériences largement ignorées : celles du quart de l’ancienne population colonisée qui vivait dans des camps de concentration de population dont les portes s’ouvrent à partir du cessez-le-feu ; celles des quelque 300 000 réfugiés algériens au Maroc et en Tunisie qui rentrent, en mai et juin 1962, au cours d’une opération humanitaire de grande ampleur, en franchissant les frontières minées. Et nous ignorons encore presque tout des modalités de la démobilisation de l’ALN ou de la recherche des disparus à partir du cessez-le-feu. Même les festivités de l’Indépendance, pourtant photographiées, filmées et racontées par de nombreux témoins, demeurent mal connues, de même que les expériences des combattants algériens liées à la sortie de guerre, phénomène très étudié dans d’autres contextes[3]. Or cette histoire politique canonique de 1962 a servi largement de soubassement à un récit répandu ultérieurement de la déploration de 1962.

1962 : le récit de la déploration

En 2002, le commandant Azzedine, responsable de la Zone autonome d’Alger, expliquait dans un documentaire télévisé le caractère fondateur de 1962[4]. Azzedine utilisait pour cela une parabole : on vient informer une mère que son fils est tombé de son cheval. Elle répond, pour expliquer la chute : « Fi rakbu, rah mayil » (il était parti penché). « L’indépendance est mal partie », traduisait-il finalement. La parabole est caractéristique d’un puissant récit de la déploration de 1962. En Algérie, il s’agit du discours sur l’« indépendance confisquée », reprenant le titre d’un ouvrage de Ferhat Abbas[5], ou sur les désillusions de la Révolution.

Ce discours est répandu, au moins dans certaines parties de la société algérienne : ces dernières années, lorsque j’annonçais à des témoins potentiels ou à des collègues que je travaillais sur l’« année 1962 », nombre d’entre eux penchaient la tête d’un air peiné car j’allais m’affronter à ce mauvais départ ; d’autres se réjouissaient que je contribue à en « régler » la crise et à en révéler les secrets pour apurer le présent.

Au cœur de ce récit de déploration de 1962 se trouve en effet la « crise de l’été 1962 ». Dans le contexte de la transition politique vers l’indépendance, les lignes de fractures qui partageaient la gouvernance de la révolution deviennent alors manifestes et l’entrée de l’armée des frontières, dirigée par Houari Boumediene, s’accompagne de violents combats et de négociations entre Algériens. Des coalitions opposées se forment. En 1997, Benyoucef Benkhedda, l’ancien président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (le GPRA, écarté en 1962 au profit du bureau politique d’Ahmed Ben Bella) publie un ouvrage intitulé La Crise de 1962[6]. En 1999, Ali Haroun, membre du Conseil national de la Révolution algérienne, publie à son tour L’Été de la discorde[7]. Cette crise, désormais bien connue grâce aux travaux des historiens Mohammed Harbi, Benjamin Stora et Amar Mohand-Amer[8], tend toutefois à éluder d’autres expériences de 1962. Même dans sa massive Histoire de l’Algérie contemporaine en langue arabe parue en 2014, Muhammad al-Arabi al-Zubayri évoque 1962 sous les seuls aspects de l’OAS et de la crise politique[9].

Le récit de la déploration de 1962 est également nourri par certains groupes, comme les anciens combattants de l’ALN, qui estiment qu’ils n’ont pas toujours eu la place qu’ils attendaient dans la société. Or la comparaison avec d’autres sorties de guerre révèle que, partout, quitter le combat et retourner à la vie familiale peut être difficile, sinon décevant[10]. De plus, comme l’a analysé l’historienne britannique Natalya Vince au sujet des anciennes combattantes, leurs récits de 1962 recouvrent l’événement de filtres interprétatifs constitués à différentes époques ultérieures, notamment dans la lutte contre le Code de la famille du début des années 1980. Elle montre comment certains éléments de récit sont autant de codes pour signifier des positionnements politiques postérieurs à l’événement. Ainsi, l’idée que ces combattantes n’ont pas collectivement bénéficié, en 1962, d’une rétribution à la hauteur de leur engagement durant la lutte pour l’indépendance n’est pas fausse, mais elle fut largement construite après l’événement[11].

Ce filtre fataliste n’est pas propre à 1962. Il concerne l’ensemble des épisodes révolutionnaires contemporains, dont les évocations d’aujourd’hui minorent le potentiel de transformation politique et sociale. Il s’agit donc, sans sombrer dans le romantisme révolutionnaire, de faire réémerger la richesse des expériences occultées et de faire ressurgir l’« extraordinaire de l’événement[12] ».

Une seconde difficulté nous attend au moment d’aborder l’année 1962 en Algérie : le grand nombre de livres, de films et d’articles de presse qui se sont focalisés sur les destins tragiques de cette année-là, sur les parcours de ceux qui ont quitté le pays en nombre. En effet, quelque 650 000 personnes, sur une population totale d’environ 10 millions d’habitants, l’auraient alors quitté[13]. Il s’agit d’abord des « Européens » ou Français d’Algérie, qui deviennent en quittant le pays les « pieds-noirs » et dont l’expérience a fera l’objet d’un nombre considérable d’ouvrages[14]. Cette histoire tragique recouvre également le devenir des supplétifs « musulmans » de l’armée française à partir du cessez-le-feu – au moment où ils sont englobés dans la catégorie générique de « harkis » –, qu’ils soient restés en Algérie, parfois en butte à des violences meurtrières, ou qu’ils soient partis pour la France où ils furent soumis à des mesures d’enfermement ou de discrimination[15]. Depuis les années 2000, l’on commence aussi à mieux connaître les cas de Français d’Algérie ou de supplétifs restés en Algérie[16]. Il n’en reste pas moins que l’événement 1962 est connu d’abord par ses marges ou, pour mieux dire, par ses minorités, au profit d’une histoire tragique, une histoire de vaincus, alors que l’on s’attendrait à être submergé par une histoire des vainqueurs[17].

De ces deux phénomènes combinés (la puissance du récit de la déploration et la connaissance de l’événement par ses marges), il résulte l’impression que la majorité des habitants du pays – ceux qui sont restés en 1962 – sont absents de leur propre histoire au moment où ils atteignent l’indépendance par la naissance d’un État algérien nouveau. En 2012, à l’occasion des célébrations du cinquantenaire de l’indépendance, cette occultation de 1962 fut nettement soulignée. Les commémorations officielles et les programmes télévisés évoquaient plus volontiers une guerre d’indépendance vue à travers le prisme de l’entrée en guerre, le 1er novembre 1954[18]. « Cinquante-quatre » et le « déclenchement » de la guerre de libération masquaient « Soixante-deux » et l’« Indépendance ». À Oran, un colloque intitulé « 1962. Un monde » montrait le rayonnement mondial de l’événement[19], mais ne disait presque rien du « Soixante-deux » algérien. Le présent livre est né de la frustration d’alors, de la nécessité de plonger aux racines de l’événement, dans les expériences des gens ordinaires, ou exceptionnellement normaux[20], et du désir de proposer une histoire des gens en 1962.

L’évidence du peuple

L’« histoire des gens » est l’une des traductions possibles de la people’s history, une approche de l’histoire qui s’est développée depuis 1980 avec l’Histoire populaire des États-Unis de l’historien étatsunien Howard Zinn (1922-2010), une histoire du pays par les minorités et les classes populaires[21]. L’histoire populaire est souvent comprise comme une histoire des « subalternes », en référence à Antonio Gramsci (1891-1937) pour lequel les classes subalternes sont soumises à un rapport d’hégémonie, notamment culturelle. Écrire leur histoire nécessite alors, dit le philosophe, « des sommes considérables de matériaux souvent difficiles à rassembler[22] ». Le courant des Subaltern Studies a fait de la notion de subalterne un concept clef de l’étude des situations coloniales[23] et un outil pour faire enfin entendre les voix des populations soumises à l’hégémonie coloniale[24]. De ces approches, le présent livre adopte l’effort pour recouvrer les voix que l’on entend rarement, celles de personnes de milieux modestes, de personnes analphabètes, des femmes et, de façon plus générale, de ceux qui émergent de la domination coloniale en 1962, afin d’approcher la façon dont ils et elles ont vécu l’avènement de l’indépendance.

Partout en Afrique, même dans les pays qui n’ont pas connu de révolution, les indépendances furent vécues comme des révolutions parce qu’elles mettaient fin aux humiliations coloniales par la conquête de la souveraineté, rappelle l’historienne Catherine Coquery-Vidrovitch[25]. En Algérie, en 1962, prend fin une hégémonie coloniale marquée par l’exploitation économique, un système juridique inégal – hérité de l’infâme indigénat[26] – qui s’accompagnait de l’invisibilisation des corps des « indigènes ». Un souvenir d’Éveline Safir Lavalette (trente-cinq ans à l’indépendance) met en mots cette invisibilisation : dans l’Algérie où avait grandi cette fille de colons de Médéa devenue militante du Front de libération nationale, la majorité de la population était « rendue invisible, comme un décor ». Pour une rédaction d’école primaire dont le sujet était la description d’un commerce, elle avait proposé la description d’un « café arabe » qui fut jugée par son institutrice hors sujet.

En réponse à l’invisibilisation qui rendait la population colonisée « hors sujet », les témoins de l’indépendance racontent 1962 comme l’irruption d’un acteur central : le peuple. Le sociologue Ali El Kenz (seize ans à l’indépendance), originaire de Skikda (anc. Philippeville), évoque 1962 dans un texte intitulé « Louange à mon peuple » : « L’amour baignait la ville : non pas l’amour abstrait de cerveaux solitaires mais un amour de chair, de chants, de danses, d’êtres entrelacés en un corps unique, en un peuple. Je n’oublierai jamais ce juillet de notre histoire, cet été 1962. C’est par lui que je vins à la maturité et compris l’“acte par lequel un peuple est un peuple”. […] Juillet 1962. Tu es l’étalon de notre “démesure”, ce par quoi un peuple “outrepasse” les conditions qui le font être pour devenir une infinité de possibles, le maillon où se rompt la chaîne de nos nécessités, le moment de la révolution[27]. »

Ali El Kenz témoigne ainsi du sentiment de fusionner dans un corps unique, celui du peuple. Il indique aussi le travail qu’il reste à accomplir, en historienne, pour interroger cette évidence du peuple héroïsé en 1962 par le slogan « Un seul héros, le peuple ». Le peuple est partout en 1962 : dans le titre du premier journal légal du FLN, Al Chaâb, dans l’évocation par l’anthropologue Jacques Berque (cinquante-deux ans à l’indépendance) des journées de l’indépendance au cours desquelles, dit-il, le « peuple danse sa liberté[28] », et dans la République, proclamée en septembre comme une République algérienne démocratique et populaire.

Il s’agira donc de montrer comment les événements de 1962 permettent l’« affirmation d’existence du peuple », selon l’expression de la philosophe Judith Butler, et constituent, pour ceux qui y participent, une expérience transformatrice[29]. Au-delà de la communauté d’émotion que forgent les festivités de l’Indépendance algérienne[30], quelles sont les expériences concrètes qui tissent les émotions communes, renforcent les liens et les imaginaires – imaginaires du passé et de l’avenir –, qui font communauté ? 1962, nous le verrons, invente en effet un passé, rend présent le futur et façonne une conscience de soi[31].

Il est délicat d’écrire sur 1962 tant les catégories désignant les personnes sont changeantes. Le terme « Algériens », que certains historiens sont parfois frileux à utiliser pour la période précédant l’indépendance, acquiert une légalité internationalement reconnue avec la naissance de la République algérienne ; en retour, les catégories raciales de la colonisation, distinguées par des guillemets du sens que ces mots ont d’aujourd’hui (« musulmans », « Européens »), deviennent obsolètes avec la fin de la domination coloniale, sans que leur usage ne s’éteigne du jour au lendemain. Au titre des accords d’Évian, l’indétermination juridique perdure quant à la nationalité des personnes dont on ne sait pas encore si elles sont, voudront être ou pourront être algériennes : le code de la nationalité ne sera voté par l’Assemblée nationale qu’en mars 1963. Même après cette date, ceux qui n’ont pas encore choisi auront jusqu’en 1965 pour décider de façon définitive d’être français ou algériens. Durant l’année 1962, la certitude du départ des Français d’Algérie n’est d’ailleurs pas toujours définitive. L’année 1962 constitue donc un entre-temps, marqué par des incertitudes qui participent de l’événement et qu’il ne s’agit pas de gommer en y plaquant des interprétations ultérieures.

L’indétermination temporaire ne doit pas pour autant conduire à nier le cas de ceux pour lesquels le peuple algérien, l’Algérie et l’algérianité sont des évidences liées à des expériences et des engagements anciens. Tout n’est pas indétermination, car 1962 a un passé et marque l’aboutissement d’un processus ; à l’inverse, tout n’y est pas encore joué ou définitivement clos, car 1962 a aussi un avenir auquel il faut laisser la place (et le temps) d’advenir. Il s’agit donc de mettre 1962 au centre, comme il convient de mettre au centre l’étude de ce peuple dont s’affirme l’existence tout en conservant l’interdétermination, les failles et les parcours complexes qui se résoudront longtemps après l’événement.

J’ai choisi de faire feu de tout bois et de retracer, dans les parcours d’hommes et femmes, la variété des expériences de l’année 1962 à partir de toutes formes d’autobiographies, biographies et entretiens – que j’ai réalisés par le passé, ou réalisés par d’autres historiens dans le cadre de leurs travaux – pour décrire un nuancier d’expériences sensibles, selon une autre définition de l’histoire populaire proposée par l’historienne Michèle Zancarini-Fournel : celle d’une « histoire incarnée, passant parfois par l’intime, une histoire sensible, attentive aux émotions, aux bruits et aux sons, aux paroles et aux cris[32] ».

Pour ouvrir des voies, mettre 1962 au centre

On le comprend, le sujet est immense ; j’assume ne pas en traiter tous les aspects. Certains des chapitres qui suivent pourraient faire l’objet d’ouvrages entiers. Il s’agit d’ouvrir des voies à partir d’un présupposé : mettre 1962 au centre, plutôt qu’à l’extrémité d’un processus, transforme notre point de vue. Même la guerre d’indépendance s’en trouve changée, et sa dimension révolutionnaire plus nettement éclairée. Quatre questions scanderont les quatre grandes parties de ce livre.

La première est celle de savoir ce que 1962 fait à la violence. En effet, avant de permettre l’accalmie, 1962 constitue d’abord un paroxysme de violence qui sidère les observateurs étrangers, selon un paradoxe qui n’est qu’apparent puisqu’on le retrouve dans nombre d’autres conflits. Le cessez-le-feu ouvre même une période de violence renouvelée, avec le déchaînement de celle de l’OAS, ainsi que certaines violences vengeresses de fin de guerre et des violences interalgériennes qui se prolongent. Ces violences sont liées pour les unes au désarroi à l’approche de la fin du monde colonial, pour les autres à l’effervescence collective de l’approche de l’indépendance. Sortir du caractère unique du cas algérien pour penser la comparaison avec d’autres sorties de guerre permet de les ré-explorer à nouveaux frais.

La deuxième question est celle de savoir ce que 1962 fait aux corps, corps collectif et corps individuels. Le récit de la déploration, récit de la crise et des violences inter-algériennes insiste en effet sur les déchirements. Pourtant, dans le même temps, les événements de 1962 sont fondateurs et participent d’une dynamique de fusion. Durant la guerre d’indépendance, ce fut une préoccupation du FLN et – à partir de sa création en 1958 – du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) que de prendre en charge sa propre population. Or, la violence de l’OAS, le chaos provoqué par le départ de nombreux fonctionnaires et cadres de grandes entreprises accélèrent l’auto-organisation des Algériens dès avant l’indépendance, notamment dans les domaines du ravitaillement et des soins. Par ailleurs, la cessation des combats permet de retisser des liens rompus par la violence, de se chercher, de se retrouver et de faire enfin l’expérience des deuils longtemps repoussés par la guerre. La question qui se pose ici est donc celle de savoir comment, à travers les événements de l’année 1962, l’on (re)fait société.

Pour autant, en permettant de se retrouver, sortir de la guerre et de la clandestinité peut provoquer un choc à se voir après les séparations de la guerre, à découvrir des corps différemment marqués par les expériences de la guerre, ou à saisir que certains ne reviendront pas. En cela, quitter la guerre peut se révéler douloureux et le « retour à l’intime » est, pour certains, source de déceptions.

La troisième question est celle de ce que 1962 fait à l’espace. L’espace est en effet cette dimension qui permet, en le parcourant, d’aborder la simultanéité de ce qui se déroule en différents lieux[33]. Le cessez-le-feu du 19 mars 1962 marque la victoire du FLN par l’obtention d’une souveraineté quasi totale sur le territoire algérien, qui était sa revendication première depuis la proclamation du 1er novembre 1954. Le cessez-le-feu libère le territoire algérien : il ouvre les camps de concentration, les camps de détention et les prisons et permet des circulations jusque-là impossibles. L’Algérie de ce point de vue est semblable à l’Europe de 1945 : c’est un pays-fourmilière où l’on se déplace en tous sens[34]. Les quartiers ou localités changent d’identité, parfois brutalement, lorsqu’ils sont abandonnés par leurs habitants « européens » pour être rapidement repeuplés.

Malgré l’ouverture, durant toute la période transitoire, le territoire demeure partagé entre armée française et ALN ; et, dans les villes où l’OAS est puissante, les quartiers algériens sont en état de siège. Dans une moindre mesure, durant l’été, avec les conflits internes, le territoire nécessite d’être réunifié. Par ailleurs, le sol lui-même nécessité d’être réparé pour accueillir ceux qui, réfugiés ou regroupés, voudraient revenir chez eux, puisqu’il faut déminer ou reboiser.

Enfin, la dernière partie explore ce que 1962 fait au temps : il s’agit de repenser la question souvent abordée dans le champ politique algérien de la rupture ou des continuités de l’indépendance pour réfléchir aux expériences du temps vécu. Le partage du temps radical que réalise l’indépendance est en effet le fruit d’un travail, lancé dès 1962, d’invention du passé, travail qui vise à repousser la guerre dans le passé.

Dans le même temps, l’indépendance marque la réalisation d’une longue attente : elle réactive la mémoire d’événements anciens, du début de l’occupation française en 1830 aux dépossessions foncières plus récentes. Elle avait fait l’objet d’un intense travail d’imagination et avait souvent été vue comme une réparation des torts de la colonisation. En 1962, cette activité d’imagination de l’indépendance se poursuit et s’intensifie à mesure qu’approche la fin, et elle confère à la fin de guerre une dimension millénariste, accrue par le départ – inattendu en si grand nombre – des Français d’Algérie, qui ouvre des possibilités inespérées de se reloger, de s’approprier des terres, ou des opportunités sociales et professionnelles inédites. Même si l’attente immense entraîne avec elle la possibilité de grandes déceptions, l’Algérie de 1962 est le pays de rêves militants autant que de possibilités individuelles concrètes et, en cela, le pays de l’avenir.

Malika Rahal, Algérie 1962. Une histoire populaire, La Découverte, 6 janvier 2022, 25 euros.

Malika Rahal est historienne, chargée de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Elle dirige, depuis 2022, l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP). Elle co-anime également le projet de recherche Mille Autres sur la disparition forcée des Algériens durant la "bataille d'Alger" (1000autres.org).

Son livre Ali Boumendjel, une affaire française, une histoire algérienne est réédité en poche en janvier 2022 à La Découverte. Lire la préface à cette réédition sur histoirecoloniale.net.

NOTES

[1] Paul Bacot, Laurent Douzou et Jean-Paul Honoré, « Chrononymes. La politisation du temps », Mots. Les langages du politique, no 87, 21 juillet 2008, p. 5‑12 ; Dominique Kalifa (dir.), Les Noms d’époque. De « Restauration » à « années de plomb », Gallimard, Paris, 2020.

[2] Cette réouverture n’est pas sans rappeler la réouverture des futurs passés de 1830 ou de 1789 dans la France de 1848 (Quentin Deluermoz, « “Il n’y a plus aujourd’hui que la langue des rêves qui puisse traduire l’histoire” : les futurs possibles, craints et espérés de 1848 », in Pour une histoire des possibles, Seuil, Paris, 2016, p. 249‑283).

[3] Un ouvrage portant sur la sortie de guerre d’Algérie, justement salué pour avoir posé la première fois cette question, a cependant échoué à évoquer la sortie de guerre du côté algérien : Vincent Joly et Patrick Harismendy (dir.), Algérie. Sortie(s) de guerre 1962-1965, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2014 ; notons l’exception que constitue dans l’ouvrage l’article de Pierre-Jean Le Foll-Luciani. Plus récemment, un ouvrage a permis de mieux connaître mieux les conditions de la démobilisation des soldats appelés français et leurs séquelles : Raphaëlle Branche, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?, La Découverte, Paris, 2020.

[4] Benjamin Stora et Jean-Michel Meurice, Algérie été 62. L’indépendance aux deux visages, France 5-Point du jour, 2002.

[5] Ferhat Abbas, L’Indépendance confisquée, 1962-1978, Flammarion, Paris, 1984.

[6] Benyoucef Benkhedda, L’Algérie à l’indépendance. La crise de 1962, Dahlab, Alger, 1997.

[7] Ali Haroun, L’Été de la discorde. Algérie 1962, Casbah, Alger, 1999.

[8] Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité, JApress Publications, Paris, 1980 ; Benjamin Stora et Jean-Michel Meurice, Algérie été 62, op. cit. ; Amar Mohand-Amer, La Crise du Front de libération nationale de l’été 1962. Indépendance et enjeux de pouvoirs, thèse de l’université Paris-7, Paris, 2010.

[9] Muhammad al-arabi al-Zubayri, Tarikh al-Jazaʾir al-muʿasir [Histoire de l’Algérie contemporaine], Dar al-Hikma, Alger, 2014, vol. 3.

[10] Guillaume Piketty et Bruno Cabanes (dir.), Retour à l’intime. Au sortir de la guerre, Tallandier, Paris, 2009.

[11] Voir le chapitre qu’elle consacre à 1962 : Natalya Vince, Our Fighting Sisters. Nation, Memory and Gender in Algeria, 1954-2012, Manchester University Press, Manchester, 2015, p. 102‑139.

[12] Federico Tarragoni, L’Énigme révolutionnaire, Les Prairies ordinaires, Paris, 2015.

[13] Abderahmen Moumen, « De l’Algérie à la France. Les conditions de départ et d’accueil des rapatriés, pieds-noirs et harkis en 1962 », Matériaux pour l’histoire de notre temps, no 99, 2010, p. 60‑68.

[14] Parmi une masse considérable de références liées à l’expérience du départ, on peut citer : Bruno Étienne, Les Européens d’Algérie et l’indépendance algérienne, Éditions du CNRS, Paris, 1968 ; Jean-Jacques Jordi, 1962, l’arrivée des pieds-noirs, Autrement, Paris, 1995 ; Daniel Lefeuvre, « Les pieds-noirs », in Mohammed Harbi et Benjamin Stora (dir.), La Guerre d’Algérie. 1954-2004. La fin de l’amnésie, Robert Laffont, Paris, 2004, p. 268‑286 ; Valérie Esclangon-Morin, Les Rapatriés d’Afrique du Nord de 1956 à nos jours, L’Harmattan, Paris, 2007. Sur la question de la mémoire des pieds-noirs et de leur intégration en France métropolitaine, voir notamment Éric Savarese, L’Invention des pieds-noirs, Séguier, Paris, 2002 ; Michèle Baussant, Pieds-noirs, mémoires d’exil, Stock, Paris, 2002 ; Jean-Jacques Jordi, « Les pieds-noirs : constructions identitaires et réinvention des origines », Hommes & Migrations, vol. 1236, no 1, 2002, p. 14‑25 ; Yann Scioldo-Zürcher, Devenir métropolitain. Politique d’intégration et parcours de rapatriés d’Algérie en métropole, 1954-2005, École des hautes études en sciences sociales, Paris, 2010 ; Claire Eldridge, From Empire to Exile. History and Memory within the Pied-Noir and Harki Communities, 1962-2012, Manchester University Press, Manchester, 2016.

[15] Mohand Hamoumou, Et ils sont devenus harkis, Fayard, Paris, 1993 ; Charles-Robert Ageron, « Le drame des harkis en 1962 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 42, 1994, p. 3‑6 ; Charles-Robert Ageron, « Le “drame des harkis” : Mémoire ou histoire ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 68, 2000, p. 3‑15 ; Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron et Jean Lacouture, Les Harkis dans la colonisation et ses suites, Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2008 ; Vincent Crapanzano, Les Harkis. Mémoires sans issue, Gallimard, Paris, 2012 ; François-Xavier Hautreux, La Guerre d’Algérie des harkis, 1954-1962, Perrin, Paris, 2013 ; Fatima Besnaci-Lancou, Des harkis envoyés à la mort. Le sort des prisonniers de l’Algérie indépendante, Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2014 ; Fatima Besnaci-Lancou et Abderahmen Moumen, Les Harkis. Idées reçues sur les harkis, Le Cavalier bleu, Paris, 2015.

[16] Andrée Dore-Audibert, Des Françaises d’Algérie dans la guerre de libération, Karthala, Paris, 2000 ; Pierre Daum, Ni valise ni cercueil. Les pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, Actes Sud, Arles, 2012 ; Pierre Daum, Le Dernier Tabou. Les harkis restés en Algérie après l’indépendance, Koukou, Alger, 2015 ; Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Les Juifs algériens dans la lutte anticoloniale. Trajectoires dissidentes (1934-1965), Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2015

[17] Nathan Wachtel, La Vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, 1530-1570, Gallimard, Paris, 1971.

[18] Voir notamment une émission de radio intitulée « ADN 54 » qu’Alger Chaîne 2, la chaîne publique francophone, consacrait à l’histoire en 2012-2014 et dont il ne restait en 2021 que la page Facebook : <s.42l.fr/8WjWusrQ>.

[19] Giulia Fabbiano, « “1962, un monde”, hypothèses révolutionnaires », Insaniyat. Revue algérienne d’anthropologie et de sciences sociales, no 57‑58, 31 décembre 2012, p. 195‑198.

[20] Edoardo Grendi, « Micro-analyse et histoire sociale », Écrire l’histoire. Histoire, Littérature, Esthétique, no 3, 1er juin 2009, p. 67‑80.

[21] Howard Zinn, Une Histoire populaire des États-Unis de 1492 a nos jours [1980], Agone, Marseille, 2003. Pour une réflexion démontrant que la mode actuelle de l’histoire populaire n’est pas nouvelle, voir Émilien Ruiz, « L’histoire populaire : label éditorial ou nouvelle forme d’écriture du social ? », Le Mouvement social, n° 269-270, no 4, 2019, p. 185‑230.

[22] Note du Cahier 3 § 14, QC 299-300 (Antonio Gramsci, Cahiers de prison I. Cahiers 1, 2, 3, 4, 5, Gallimard, Paris, 1996).

[23] Rajanit Guha, « The prose of counter-insurgency », in Subaltern Studies II, Oxford University Press, Dehli, 1983, p. 1‑42 ; Gayatri Chakravorty Spivak, « Can the subaltern speak ? », Die Philosophin, vol. 14, n° 27, 2003, p. 42‑58.

[24] Au sujet de l’hégémonie coloniale et postcoloniale, voir notamment John T. Chalcraft et Yaseen Noorani (dir.), Counterhegemony in the Colony and Postcolony, Palgrave Macmillan, Basingstoke/New York, 2007.

[25] Voir sa préface à Odile Goerg, Jean-Luc Martineau et Didier Nativel, Les Indépendances en Afrique. L’événement et ses mémoires, 1957-1960/2010, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2019.

[26] Isabelle Merle et Adrien Muckle, L’Indigénat. Genèses dans l’empire français. Pratiques en Nouvelle-Calédonie, CNRS, Paris, 2019.

[27] Ali El Kenz, « Louange à mon peuple », paru pour la première fois dans la revue Novembre (date inconnue) et republié dans Les Temps modernes, juillet 1982.

[28] Jacques Berque, Dépossession du monde [1964], Seuil, Paris, 2016.

[29] Judith Butler, « “Nous le peuple” : réflexions sur la liberté de réunion », in Qu’est-ce qu’un peuple ?, La Fabrique, Paris, 2013.

[30] Barbara H. Rosenwein, Emotional Communities in the Early Middle Ages, Cornell University Press, Ithaca, 2006.

[31] Reinhart Koselleck, Futures Past. On the Semantics of Historical Time [1979], Columbia University Press, New York, 2004.

[32] Michelle Zancarini-Fournel, Les Luttes et les Rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Zones, Paris, 2016.

[33] Doreen Massey, For Space, Sage, Londres, 2005.

[34] Modris Eksteins, Walking since Daybreak. A Story of Eastern Europe, World War II and the Heart of our Century, Houghton Mifflin, Boston, 2001, p. X.

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