GAÏD LUCKY ET SALAH LUKE.

La Révolution du Sourire porte sur le départ du régime, la définition politique et l'institutionnalisation du système de l'exercice de la souveraineté. Elle ouvre, aussi, des perspectives de métamorphose de l'être algérien pour libérer le pays de la culture totalitaire du système. Une libération nécessaire à l'instauration de la culture démocratique.

"Le bon, l'abruti et le truand". C'est à ce classique du western américain que nous convie d'assister la justice algérienne, branchée à la ligne rouge à ne pas dépasser de la chefferie du Commandement militaire.

Gaïd Salah, ministre du vice à la Défense et chef suprême de l'armée n'aime pas que lors des manifestations de vendredi, les Algériens lui attribuent le rôle du "truand" . Lui et ses acolytes se plaisent plutôt dans celui du " bon".

Dans un étrange mélange des genres, il s'est trouvé le moyen de faire le Lucky Luke de sa propre version d'un western où, subitement, Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach ont été bannis.

Tant pis pour les puristes !

Quand aux frères Dalton, ils ne sont pas au bout de leurs surprises.

Les castings pour le "truand" connaissent une affluence qui ne cesse de grandir.

Pour "l'abruti", le profil n'a pas tardé à émerger des laboratoires de la police politique, version général Kaïdi. Il s'agit de toutes les personnes qui n'auraient pas compris que les décideurs actuels du régime ont été nourris à la "novembria badissya" d'un nationalisme anti-francophile - anti-tout, sauf le régime ! - plus pathologique que découlant d'une idéologie assumée.

L'ignorance et la haine aidant, "l'abruti" est tout désigné : c'est le peuple, pardi !

Seulement, on peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps, c'est Abraham Lincoln, l'un des présidents ayant marqué d'une emprunte indélébile l'histoire des États Unis qui le dit.

En aucun cas, le démocrate impénitent - tel que présenté par l'un de nos repères, en l'occurrence, Mouloud Mammeri - ne peut sacrifier le principe de la vérité et de la justice pour une partie de chasse qui pourrait détourner la Révolution du Sourire au profit d'une alternance clanique au sein du régime, au lieu de l'objectif clairement exprimé par des millions d' Algériennes et d' Algériens : Yetnehaw Ga3! (Qu'ils dégagent tous !). 

À lui seul, ce slogan renferme le projet politique de l'ouverture d'une transition démocratique articulée, essentiellement, autour de trois leviers : politique, juridique et économique.

Depuis le 22 février dernier, la distinction à clairement été faite entre la crise du régime qui peine à se renouveler et la crise de l'Algérie qui se trouve dans une impasse historique porteuse de dangers réels pour son unité.

Dans sa coutumière fuite en avant, le régime tente la solution facile qui peut s'avérer coûteuse pour le pays.

Cette fois-ci, il organise une sorte de chasse juridique aux sorcières pour confiner la Révolution du Sourire dans sa propre crise et soumettre son évolution au rythme des règlements de comptes nourriciers du cannibalisme clanique.

L'affiche du feuilleton des arrestations depuis le " Hamelgate" est, certes, alléchante. Elle nous caresse dans le sens de notre volonté d'en découdre avec les figures les plus détestées du régime. Mais, elle ne doit pas nous faire oublier l'essentiel.

En effet, notre combat porte sur le départ du régime qui pourrait être traduit par un retrait graduel de l'armée du champ politique et la libération de toutes les institutions de l' État d'un système de l'exercice du pouvoir complètement conditionné par "la main étrangère" du bras régional du néocolonialisme et de l'israélisme que constitue l'axe Le Caire-Abou Dhabi-Ryad, de la françalgérie et tous les canaux d'intervention des chancelleries étrangères qui, dans le cas où le régime s'entête à se maintenir, pourrait aboutir à une intervention militaire directe sur le sol algérien.

Il concerne, également, le nécessaire travail à entreprendre sur la définition d'un projet national pour une Algérie nouvelle.

Articulé autour d'une transition des valeurs morales vers une charte de l'éthique et érigé sur le socle culturel de la diversité et de la pluralité, ce projet est à même de libérer la société de la culture autoritaire du système et, en heureuse contrepartie, d'instaurer la culture démocratique de la construction d'une identité citoyenne transcendante, d'une Nation ouverte sur les cultures et les mémoires respectives des peuples, notamment, ceux de l'Afrique du Nord et de l'espace méditerranéen, et d'un État qui puise sa force de la légitimité de ses institutions.

Le temps des chasseurs de prime hollywoodiens est révolu. C'est ce que les hommes de la chefferie du Commandement militaire, à leur tête, Gaïd Lucky et Salah Luke, ont du mal à comprendre.
Hacène LOUCIF.

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