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Billet de blog 15 avr. 2020

LETTRE A UN JOURNALISTE EN PRISON.

Pour toi, cette nuit ne diffère pas vraiment de ses précédentes. Tu la passeras dans ta cellule, isolé du monde, privé de ton droit d'être parmi les tiens, de faire le métier que tu aimes tant : informer les tiens pour les prémunir contre la désinformation, la manipulation et le «désordre mental» propre aux «ignorances institutionnalisées».

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Tu as l'âge de tes rêves qui jamais ne cesseront d'avoir 20 ans. Sur ton visage, la détermination est sourire, la colère est tendresse, l'inquiétude est sérénité. Tu as le soleil au fond des yeux, le bleu du grand large dans le regard et la naissance d'un jour nouveau comme une prière sur les lèvres.

Ta plume n'est pas de celles que l'on remue dans la plaie pour faire mal. Elle aime plutôt rendre souriante la vérité, même quand celle-ci n'est pas facile à voir, à lire, à entendre. Car, pour toi, la vérité est toujours belle, même quand elle est cruelle. Ta plume est un chant libre. Elle aime chanter pour offrir au silence sa plus belle mélodie. Elle aime caresser les cœurs de celles et ceux qui n'ont du quotidien que l'hiver de leurs larmes. Elle aime les entourer de sa tendresse, leur offrir un bouquet de ses rêves. Mais, elle n'aime pas leur mentir.

Elle n'aime pas, non plus, allonger des mots d'allégeance sur une feuille blanche pour plaire aux puissants, aux plus offrants, aux adeptes de la loi du revolver pointé sur la vérité et la justice.

Les diseurs de lois, ceux-là mêmes qui accusent, jugent et condamnent sans qu'on leur demande leur avis, tu les connais. Ils ne savent rien faire d'autre qu’exécuter des ordres venus de l'ombre de la main qui tient le revolver.

Ils t'on mis en prison parce que tu es un porteur de vérité. Des plumes indociles, des voix discordantes, des visages qui rappellent le sourire triomphant de Larbi Ben M'hidi alors qu'on le conduisait à une mort effrayante pour la mort elle-même, ils n'en veulent pas !

Ils ne veulent pas de ces enfants de la Silmiya qui ont le sourire subversif d'une révolution populaire portant les traits d'une Algérie naissante.

Pour toi, cette nuit ne diffère pas vraiment de ses précédentes. Tu la passeras dans ta cellule, isolé du monde, privé de ton droit d'être parmi les tiens, de faire le métier que tu aimes tant : informer les tiens pour les prémunir contre la désinformation, la manipulation et le «désordre mental» propre aux «ignorances institutionnalisées».

Je t'imagine, en ce moment, envahi d'une foule de questions. Je te vois silencieux, un peu inquiet...Tu as, certes, l'esprit tourmenté. Mais, tu n'es pas du genre à courber l'échine devant l'injustice.

Tu es isolé, il est vrai. Mais, tu n'es pas seul. Sous ta peau, vit ton pays. En ton cœur raisonnent les chants des enfants de la Silmiya, tes frères et tes sœurs que tu aimes et qui te le rendent si bien.

En ces temps de pandémie, ils ne cessent de puiser dans ce qu'ils ont de meilleur pour réinventer les solidarités et renouveler les liens de fraternité d'âme, de sang, de cœur et de combat qui les unissent à la Mère-Terre, à la Mère-Patrie.

Comme des poètes dont la vie est la muse, ils se battent pour vivre et pour permettre, enfin, au pays qui vit en chacun d'eux, ce même pays qui vit en toi, de venir au monde.

Le coronavirus n'a pas de religion. Les appartenances identitaires, culturelles ou politiques, le rang social, la couleur de la peau, les portes-galons, le doigt à la gâchette, le turban ou la casquette, le fric, les flics, le Schmilblick il n'en a que faire !

Et puis, il ne sait que rendre malade et tuer quand la bêtise humaine est au rendez-vous.

Chez-nous, la bêtise humaine a un uniforme truffé de galons. Elle porte une casquette qui cache mal le vide qui habite sa tête. Elle a une main pour empocher de l'argent et une autre pour tirer les ficelles des liaisons dangereuses avec les milieux mafieux globalisés ou, tirer sur tout ce qui bouge ! Elle a des bottes qui font beaucoup de bruit quand il s'agit de traquer les enfants des petites gens au milieu de leurs rêves, d'organiser un banquet clanique, de danser autour d'un brasier qui brûle des vies et enfume des cervelles ou d’être au rythme de «la musique qui marche au pas».

La tristesse de cette réalité, tu l'as connais mieux que moi, toi qui sait si bien la raconter...

Cette nuit encore, tu chanteras tes rêves à la promesse que tu nous as faite avant que la porte de la prison ne se referme derrière toi pour qu'elle puisse dormir au cœur de ton âme : «Demain, nous reviendrons encore plus forts !»

Oui, demain, la Silmiya reprendra de plus belle ! Et, comme dirait le poète, demain, c'est déjà aujourd'hui...
Hacène LOUCIF.

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