IMAZIƔEN !

La pluralité identitaire et la diversité culturelle font partie des fondements de la démocratie.

Panique à bord ! Le régime est dans tous ses états. Les décideurs de la chefferie du commandement militaire n'en reviennent toujours pas de la leçon que leur a administrée le peuple  lors du 18e vendredi de la Révolution du Sourire. 

En effet, dans les toutes les régions du pays, la profondeur historique de l'identité Amazigh de l'Algérie a été fièrement affichée par des millions d'Algériennes et d'Algériens lors des manifestations. Les interpellations ciblées de plusieurs manifestants n'ont pas pu empêcher  le drapeau Amazigh de côtoyer l'Emblème national pour montrer où réside l'unité de l'Algérie : la pluralité de ses appartenances identitaires et sa pluralité culturelle. 

La stratégie de mobilisation du vieux cliché de "l'ennemi intérieur" s'est, ainsi, avérée être un échec cuisant pour les conspirateurs anti-révolutionnaires de la junte militaire. 

Piqué au vif, le régime tente de riposter en organisant la chasse au drapeau Amazigh. Plusieurs arrestations ont eu lieu, notamment, à Alger. Selon des informations relayées par les réseaux sociaux et certains titres de la presse algérienne, au moins 14 manifestants arrêtés ont comparu, dimanche, au tribunal de Sidi M'hamed à Alger pour "outrage à corps constitué", "port d’un emblème autre que l’emblème national" et "atteinte à l’unité nationale".

En l'absence de tout texte interdisant le port d'un autre drapeau que l'Emblème national lors des manifestations publiques en Algérie, le régime s'entête à mobiliser les identités segmentaires, à les opposer les unes aux autres, à mettre Tamaziɣt dans l’œil du cyclone pour empêcher le peuple algérien d'aller dans le sens de la construction d'une identité citoyenne transcendante. 

Seulement, la communauté estudiantine ne l'entendait pas de cette oreille. Lors du 18 mardi de sa mobilisation, ils ont fait preuve d'une intelligence révolutionnaire qui rappelle celle de leur illustres aînés. Ainsi, l'on a vu des étudiantes et des étudiants défiler à Alger et dans d'autres villes du pays avec des tenues traditionnelles amazigh. Il s'agissait, notamment, de tenues  kabyles, chaouies, mozabites et targuies. 

Leur message était clair : Tamaziɣt, c'est la pluralité identitaire et la diversité culturelle mises au cœur du combat pour les libertés démocratiques en Algérie ! 

Dérouté par la manifestation d'un génie populaire aussi puissant et subversif, le régime a eu recours à la manière forte pour procéder à plusieurs interpellations. Deux des étudiants interpellés à Alger ont été mis sous contrôle judiciaire pour la simple raison d'avoir arboré le drapeau Amazigh. 

Qu'à cela ne tienne ! Le temps d'un coup d’accélérateur donné à l'histoire,  le peuple algérien a repris l'instrument culturel de sa libération . Les Collines oubliées ont été retrouvées. Désormais, "Les chemins qui montent" d'Ighil n'zman mènent tous vers Tasga où "la fiancée de la nuit" a donné sa lumière au soleil naissant sous les traits de Nedjma. Libérée de sa triste fin démoniaque, la muse qui faisait danser les ombres des rêves exilés au rythme des " Soliloques" a fini par offrir la beauté de son visage à l'idéal démocratique d'une Algérie vivant la plénitude de son algérianité. Une algérianité humaine, plurielle, diverse, heureuse, généreuse, intelligente, bienveillante, accueillante, pleine de créativité. Un chant de liberté traversant l'Afrique du Nord, l'espace méditerranéen et l'ensemble de " la terre-patrie". 

"Anwa wigi ? D imaziɣen !" ( qui sont ces êtres libres ? Des Amazighs !), "Casbah, Bab el Oued, imaziɣen !" ( Casbah, Bab el Oued, des Amazighs !), "Qbayli, ârbi, khawa, khawa !" (kabyles - pour Amazighs -  et arabes sont des frères !) sont des slogans parmi tant d'autres qui étaient portés par les youyous de la liberté. 

Tamaziɣt, c'est le rêve ancestral d'un peuple avide de liberté qui se réalise. 

Tamaziɣt, c'est vivre la noblesse de son être dans le combat pour les causes justes. 

Tamaziɣt, c'est le chant des âmes incorruptibles, des cœurs indomptables et des esprits d'aucune aliénation ne peut altérer. 

Le régime militaire algérien est l'enfant illégitime d'une conspiration contre la révolution de Novembre. Il vit dans le putsch permanent contre l'histoire de l'Algérie. 

La poésie ancestrale lui a toujours fait peur. Elle lui rappelle sa triste condition de résidu des "tragédies historiquement programmées". Porteur du syndrome post-colonial, il incarne l'anti-Algérie. 

Pour éviter d'être emporté par sa propre crise existentielle, il a besoin de mobiliser le mythe du bouc-émissaire  sous les traits d'un "ennemi intérieur" qui lui sert d'objet sur lequel il protège les démons de sa nature violente. 

En ce sens, " lmux n wuccen" (la cervelle du loup) lui a a toujours servi de remède sacrificiel. 

Or, cette fois-ci, les généraux de la chefferie du commandement militaire jouent avec un feu qui risque d'embraser le pays. Corrompus et cernés par le peuple, ils n'ont plus le destin du régime entre les mains. Pis encore, ils préfèrent soumettre le destin du pays au bon vouloir d'une  géopolitique néocolonialiste et convertie à l'israélisme - notamment, via son bras régional que constitue Le Caire, Abou Dhabi et Ryad - que rendre l'État au peuple et permettre à ce dernier de construire sa citoyenneté, de vivre son humanité et, politiquement, de s’émanciper. 

"Venez, Majesté, quittez la prose du bas pays, montez avec moi vers la poésie des hauteurs...sur la tour...d'où vous pourrez voir votre peuple sans mensonge et sans paravent." disait Le Fou au roi, Montezuma, dans Le banquet de Mouloud Mammeri.  La poésie des hauteurs, un général piquant sa crise d'apprenti-dictateur, n'a vraiment pas le temps de l'apprécier. Il est trop occupé à comploter contre le peuple, à monter ses enfants les uns contre les autres, à faire la chasse aux couleurs du printemps, de tous les printemps, quitte à brûler les ailes des oiseaux qui chantent sous la canicule d'un été sans tendresse. 

 Hacène LOUCIF.  

 

 

 

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