Ce peut être fermé. Bouché de tous côtés. Pas d’issue, rien qui sauve. On ne peut que rester là, comme une pierre, à regarder les mouettes folles emportées par la bise et des squelettes noirs lancer leurs bras vers un ciel couleur de fer gris. La terre ne bouge pas. Elle sait. Elle connaît le pire. Elle se souvient.
1901. 1956. 1985. Qui aurait cru, au milieu de l’hiver, alors que les jours avaient repris presque une heure, qu’une telle rage sans merci allait encore venir? Février de ces années-là fut un grand coup. La terre se souvient. Elle ne dit rien.
Ce peut être azur. Ciel ouvert de tous côtés, bleu infini, lumineux, étincelant de rires à venir. Une lumière que seule l’hiver offre, comme pour dire: «Je reviens, la lumière, je reviens déjà!»
Mais février attend encore sous la lune brillante et ronde, pieds serrés dans le froid. Février n'est pas morne. Il est prudent.
Parfois il se met à danser des tangos tempétueux au-dessus des villes et des montagnes. Février il faut le sentir. Avec le vent, souffle coupé, ou dans le silence.
Parfois un soleil blanc ranime les os des arbres, leur danse démente et leurs tortillonnements métaboliques. La sève, la sève, elle frémit!
La terre alors respire comme un animal tout juste sorti du ventre d'une femelle délivrée.
Elle gonfle de force cachée, son coeur bat à nouveau, plus vite. Il faut le sentir, caché derrière sa prudence, le sentir gonfler de vie, déjà gorgé de force retenue. Dans cette poussée, dans cette retenue, il y a février. Février, dernière marche avant la renaissance.
Il faut sentir la force de février pour savoir ce que la Terre a dans le ventre. Pour connaître le dernier soubresaut de la mort et le premier mouvement de la vie.
Février solde les comptes.
On sait qu’après une page sera tournée.
Février. Toutes les morts et toutes les promesses sont là.