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Billet de blog 4 mars 2012

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Si ce n'est toi 4: "La femme doit être soumise à son mari"

Cette phrase de la bible sur la soumission de la femme est l’objet de discussions depuis très longtemps. Pour les chrétiens rarement une phrase a été aussi mal interprétée et sortie de son contexte. Il y a même une opposition franche entre la lecture chrétienne et une lecture égalitariste dont s’inspire le féminisme radical.

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Cette phrase de la bible sur la soumission de la femme est l’objet de discussions depuis très longtemps. Pour les chrétiens rarement une phrase a été aussi mal interprétée et sortie de son contexte. Il y a même une opposition franche entre la lecture chrétienne et une lecture égalitariste dont s’inspire le féminisme radical.

Le décalage
Un élément fondamental de ma réflexion sur les relations hommes-femmes et sur l’Histoire des sociétés est le constat du décalage entre certains textes (religieux, civils, anciens ou moins anciens) et la réalité des faits. La réalité représentée par les archives judiciaires de Châteaubriant, dont je cite des extraits et le lien dans mon précédent billet, en sont un exemple typique. Une chose est dite ou écrite, une autre se passe.
Donc premier point: le décalage entre la théorie et les faits.
Deuxième point: les femmes de l’antiquité, de la bible, du Moyen-Âge, du 18e et 19e siècles, sont autrement fortes, actives et partenaires des hommes, voire décidantes politiquement ou financièrement, maîtresses de leur part d'espace social, que l’image véhiculée au 20e siècle.
Il y a donc un bug quelque part dans la lecture moderne de l’Histoire. On fait dire au passé des choses que l’on comprend avec les mots d’aujourd’hui. C’est problématique parce que le passé peut alors dire exactement ce que l’on veut lui faire dire. Et c’est à mon avis ce qui se passe avec le féminisme radical.
Le concept d’égalité n’existant pas dans l’antiquité, on ne peut analyser cette période selon ce critère. Par contre on peut analyser les droits et devoirs des hommes et des femmes. Il y a 3’000 ans le code babylonnien d’Hamourabi par exemple sanctionnait fortement, possiblement de la mort, le viol, et divers crimes d’hommes sur des femmes. L’homme n’était pas seigneur et maître ayant tout pouvoir sur une femme qui n’avait aucun droit.
Cette imagerie est trompeuse et malheureuse. Elle génère un stéréotype très dénigrant et malveillant sur les hommes et entretient une image débilitante des femmes.
La soumission de la femme écrite noir sur blanc


J’en viens particulièrement à la notion de soumission. Le mot a toujours eu plusieurs acceptations. La plus fréquente et habituelle est l’acceptation d’une domination, par exemple à la fin d’une bataille perdue, ou dans une relation dominant-dominé où elle a aussi le sens de contrainte. Le mot a aussi le sens de mise en dépendance. Enfin il a le sens de respect, par exemple de la loi ou d’une autorité reconnue.
"... femmes, soyez soumises à vos maris..." La soumission est une notion surprenante dans la bible. L’ancien testament montre la puissance des femmes en de nombreux textes. Dans la religion juive la femme mère a une sorte de toute-puissance et elle peut très bien commander à son fils tel ou tel comportement même si ce fils est chef d’Etat.
Comme la plupart des sociétés patriarcales il y avait répartition et spécialisation des rôles dans la société. La femme règne sur la maison, l’homme dehors. Cette division a dû être perçue comme fondamentale pour qu’elle s’installe aussi largement. La notion de chef comme je le dis dans mon précédent billet est celle d’un représentant unique de la communauté clanique ou familiale, avec des devoirs associés à cette fonction. Aucune société ne peut fonctionner durablement si un chef n’en fait qu’à sa tête et ne respecte pas ses obligations. Si l’homme est investi socialement de la fonction de rendre compte devant la société d’une situation ou d’une décision familiale, celle-ci est prise normalement par les deux conjoints. En cas de conflit la décision revient au chef. Aujourd’hui en cas de conflit soit il n’y a pas de décision soit il y a séparation. Ce sont deux formes d’organisation sociale.
Dans les religions liées à la bible l’autorité religieuse fait partie du «dehors», peut-être parce que la religion était un  volet de la politique.
Il est regrettable que le féminisme radical ait à ce point dénigré le royaume de la femme, la maison, pour en faire l’équivalent d’une prison ou d’un pondoir. Quelle triste dévalorisation des femmes. Dévalorisation des femmes, dénigrement des hommes: sale ambiance!...

Les femmes de Jésus
En ce qui concerne précisément la phrase de Paul (Ep 5, 22-24), elle détonne dans l’enseignement de Jésus qui avait lui-même fait basculer la hiérarchie, qui avait sauvé la femme adultère, qui parlait librement à la prostituée, qui donc changeait les codes.
De plus cette soumission est contraire à la Genèse dans la bible, qui a créé femme et hommes égaux devant Dieu et à son image et ressemblance.
«... dans la perspective chrétienne, le principal rôle de la femme, comme celui de l’homme croyant, est de répondre à l’appel de Dieu/e qui l’invite à travailler à la construction d’une communauté humaine où chaque personne peut s’épanouir. Cette « vocation » s’appuie sur l’égalité fondamentale des femmes et des hommes, laquelle est exprimée dès le premier récit de la Genèse : hommes et femmes sont créé/e/s égaux devant Dieu/e, femmes et hommes à l’image et à la ressemblance de Dieu/e.
Au cours de sa vie en Palestine, Jésus est allé au-delà de ce qui était couramment admis pour un homme de son époque dans son contact avec les femmes. Il a accepté la proximité de femmes alors que sa tradition le lui interdisait. Il a proposé un modèle de gestion centré sur le service plutôt que sur la domination ou l’exclusion. Et il a appelé certaines femmes à le suivre de façon spéciale même si ça allait à l’encontre de la coutume de ce temps. Marie de Magdala fait partie du groupe de femmes qui, avec les disciples masculins, parcourent avec Jésus les routes de la Palestine. Marie de Béthanie se retrouve au pied de Jésus dans la position du disciple, celui à qui le Maître enseigne, transmet des connaissances. Et Jésus interpelle la Samaritaine à partir de ce qu’elle est : quelqu’un qui puise de l’eau pour la rapporter aux siens. Il lui demande d’abord à boire. Puis il l’interpelle à un autre niveau sur des questions qui touchent sa foi et celle des Juifs et des Samaritains. On pourrait dire qu’il entre en discussion théologique avec elle. Enfin, il l’envoie annoncer aux siens qui il est. Elle laisse sa cruche, son instrument de travail, comme d’autres ont laissé leurs filets, et devient l’apôtre auprès des siens qui répondent à leur tour à l’appel en venant voir Jésus. Avec la Samaritaine, Jésus a en quelque sorte dépassé les tabous concernant les relations possibles entre les femmes et les hommes dans l’espace public.»

Alors que s’est-il passé?
Les obligations des hommes


Rien de particulier. On occulte simplement la suite du texte de Paul (il semble d’ailleurs qu’il y ait une controverse au sujet de l’auteur de ce texte). Je le remets ici en entier. D’abord la partie concernant les femmes, les versets 22 à 24:
«Vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ; femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l'Église, lui le Sauveur de son corps. Mais, comme l'Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris»
La première phrase est intriguante: «soumettez-vous les uns aux autres.» Puis la partie qui concerne les hommes, les versets 25 à 28:
«Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Église et s'est livré pour elle ; il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec l'eau qui lave et cela par la Parole ; il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Église sainte et irréprochable. C'est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps.»
Et du commentaire qui suit sur le lien j’extrait ceci:
«...la relation entre l’homme et sa femme ne peut plus être déterminée par des réflexes de supériorité mais par une attitude faite de dépossession et d’abandon...»
Et là on se rend compte qu’il y a une forme de réponse aux versets précédents. Pas une symétrie: la femme et l’homme sont différents et dans une forme d’organisation qui prolonge cette différence. Mais ce qui est demandé à l’homme est très exigeant: la perfection envers sa femme, l’amour jusqu’à la mort. Il doit l’aimer comme si elle était son propre corps. Existe-t-il une telle forme d’amour aujourd’hui, aussi exigeante et absolue? Non.
Tout cela change la perception que l’on peut avoir du mot soumission dans le texte incriminé. Il ne s’agissait donc pas d’une simple allégeance de la femme à l’homme, mais d’une exigence mutuelle. Et la seule réelle soumission reconnue dans la bible est envers Dieu. Jamais envers un humain.
On peut ensuite, bien sûr, se demander pourquoi la fonction de chef familial, politique ou religieux a été attribuée à l’homme et non à la femme. C’est une bonne question, c’est aussi une autre question. On peut se poser la même question en l’inversant en ce qui concerne les sociétés matrilinéaires comme en Chine chez les Mosuo. Pourquoi les femmes ont-elles le rôle de chef? En abusent-elles?
Et les hommes en abusaient-ils? Il est utile de repenser aux 9 questions sur le sujet.

A lire pour aller plus loin dans le débat:

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