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Billet de blog 5 février 2012

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Valeur des civilisations: la France qui pense est morte!

Je soupçonne Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur aussi souriant qu’un croque-mort, d’aimer voir danser la fine fleur de la pensée unique. Parce que pour danser, elle danse! Au son de la nouvelle polémique française, cette fois sur une petite phrase prononcée en huis-clos par le ministre et opportunément transmise à la presse:

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Je soupçonne Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur aussi souriant qu’un croque-mort, d’aimer voir danser la fine fleur de la pensée unique. Parce que pour danser, elle danse! Au son de la nouvelle polémique française, cette fois sur une petite phrase prononcée en huis-clos par le ministre et opportunément transmise à la presse:

«Contrairement aux socialistes, je pense que toutes les civilisations ne se valent pas.» Il venait par ailleurs d’affirmer que notre civilisation doit être protégée.
La pensée unique s’est manifestée au travers des jeunes socialistes français:
«Claude Guéant se range dans la catégorie de ceux qui différencient et hiérarchisent les hommes, permettant le basculement vers un véritable racisme culturel.»
Quel procès d’intention! On se croirait dans un film de Laurel et Hardy tant les positions clivées tiennent du réflexe conditionné cher à Pavlov: vous sifflez, le chien salive. Et la pensée unique salive devant la petite phrase provenant du visage le plus triste de France. Un visage où la non-expression est un choix politique et est élevée au rang d’art.
Le résultat est que l’on se trouve à nouveau devant un débat confisqué. D’un côté, le tenant du titre pose une phrase de 13 mots (alors qu’un essai philosophique en contient habituellement plusieurs dizaines de milliers); de l’autre le challenger donne les réponses et indique déjà ce qu’il faut penser.
Aucun des deux n’a développé le moindre argument, la moindre analyse!!!
On ne peut donc savoir de quoi ils parlent et ce qu’ils veulent se signifier. On constate simplement que nous sommes spectateurs devant un ring. Le but des adversaires n’est même pas de gagner mais de sentir ses troupes de son côté de la salle. C’est tout. C’est le débat philosophique, politique, culturel, sociologique aujourd’hui en France. C’est-à-dire le niveau zéro de l’intelligence.
La France qui pense est morte. Vive la France pavlovienne! Vive le parisianisme vidé de toute substance auquel il ne reste que des postures théâtrales et de l’arrogance.
Mais de quelle valeurs parle-t-on? Avant d’en citer quelques exemples il est utile de reprendre la définition de ce qu’est une civilisation:

  • «Fait pour un peuple de quitter une condition primitive (un état de nature) pour progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées.» (CNRLT)
  • «État de développement économique, social, politique, culturel auquel sont parvenues certaines sociétés et qui est considéré comme un idéal à atteindre par les autres.» (Larousse).


On constate que les valeurs d’une civilisation touchent à tous les domaines qui font partie de l’organisation d’une société, société devenue trop nombreuse pour vivre en clans du produit de la chasse et de la pêche.
Toute action pensée et construite concernant l’organisation humaine ou le milieu de vie contient des valeurs qui fondent la civilisation. Par exemple,

à une époque où la civilisation gauloise-celte privilégiait encore la vie en villages, sans distribution collective de l’eau, la civilisation romaine avait mis en place des merveilles d’ingéniosité et d’architecture pour créer des réseaux de transport de l’eau, des thermes, des évacuations des ordures. Les importants moyens financiers dont était dotée la Rome antique lui ont permis d’être un modèle dans le domaine du confort de vie quotidien des citoyens. Ce degré de civilisation correspondant au bien-être pratique était en avance sur d’autres civilisations. En terme de bien-être elles ne se valaient donc pas.
Par contre les romains n’ont pas accordé de vraie place à la science contrairement aux grecs qui ont su prévoir le déplacement des planètes et les éclipses, grâce par exemple à la fabuleuse machine d’Anticythère.
Scientifiquement, en astronomie en particulier, la civilisation arabe a à une époque surclassé la civilisation européenne.
En matière de justice, de reconnaissance de la valeur de l’individu, de créativité technologique, les civilisations occidentales sont plus performantes que nombre d’autres où le libre arbitre individuel n’existe pas et où la justice n’est que le bon vouloir du prince.
Le libre choix de l’époux - ou de l’épouse - dans notre civilisation est une valeur meilleure en terme de liberté individuelle et de consentement que l’obligation des mariages arrangés qui aboutissent à ce que des femmes s’immolent en Afghanistan ou soient assassinées au nom de «l’honneur» d’honneur dans d’autres pays.
Alors, oui, dans certains domaines, les civilisations n’ont pas la même ni les mêmes valeurs. L’égalitarisme forcené de certains n’y change rien. Ils ne peuvent escamoter le débat au prétexte d’une différence de valeur. Les différences de valeur existent dans les production artistiques, dans les actes des individus, dans la qualité des sentiments, dans les bienfaits de décisions politiques, dans la manière de mener une bataille.
Mais quelle est donc cette grande peur qui, sous prétexte de non-subordination et d’antiracisme, fait que nombre de nos concitoyens n’osent plus appeler un chat un chat? N’osent plus affronter la différence?
Notre civilisation veut désespérément gommer toute notion de valeur, donc de mérite, de rétribution, de modélisation. L’égalitarisme forcené et l’indifférenciation s’opposent ouvertement à la notion de différence et de valeur comparative. On comprend bien que dans cette perspective égalitariste les nuls n’auront plus de complexes. On pourra vendre un livre en répétant 10’000 fois le même mot et prétendre que c’est un acte artistique surréaliste. Mais cela n’aura aucune valeur littéraire. La notion de valeur met en lumière les différences. L’égalitarisme pousse à l’indifférenciation. Dans cette société indifférenciée, je ne vois pas pourquoi on se démènerait à faire des choses bien alors que ceux qui n’en font pas une rame sont appréciés de la même manière. L'erreur est de croire que la différence est automatiquement une subordination, et que toute subordination est un esclavagisme.
Faire de l’égalité une valeur suprême est probablement une grande erreur conceptuelle. Il faut au contraire valoriser la différence, et refuser l’antiracisme quand il n’est qu’un prétexte à niveler par le bas et à stigmatiser plutôt que de penser.

L'aventure en Haute-Provence:

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