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John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.

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Billet de blog 13 mars 2012

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Domination masculine: back to basic

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J’ai abordé dans une série de billets le thème de la domination masculine. Toutefois le sujet est loin d’être épuisé et des questions restent. La première: pourquoi critiquer le féminisme radical, ou extrémiste? Parce que ses thèses ont contaminé les universités, les tribunaux, les médias, et instauré le grand stéréotype de l’homme violent, dominateur et esclavagiste. Parce que la culpabilisation des hommes dans leur ensemble a assez duré et produit des dégâts. Parce que l’image victimaire de la femme véhiculée par ce courant est particulièrement dénigrante pour nos compagnes.

Le dénigrement
On pourrait se dire que la Féminista, ou le féminisme radical, ne concerne que peu de monde. En apparence car ses théories gagnent du terrain dans la société et posent les bases d’une relation homme-femme de type discriminant et paranoïaque où la femme serait mangée toute crue par l'homme-prédateur.
Il est aujourd’hui nécessaire de questionner et critiquer les théories issues de la Féminista: le gender, la domination masculine, la violence conjugale univoque, en particulier. Les hommes ne sont pas ces dominants esclavagistes qu’elles décrivent. Il est possible qu’il y ait davantage d’hommes dominants que de femmes - quoique cela devrait être vérifié. Si la domination - en terme de goût de l’audace et de l’initiative, de facilité à la lutte et au commandement - est réellement plus masculine que féminine, il faudrait en conclure deux choses. L’une est que les genres ne sont pas une simple construction sociale arbitraire mais sont possiblement fondés aussi sur la biologie. Dans ce cas les hommes sont comme ils sont, il n’y a pas à leur reprocher ce qu’ils sont. A l’heure actuelle rien ne permet d’évacuer totalement la biologie dans la constitution des genres, qui sont d’ailleurs un prolongement des sexes.
La deuxième est que rien ne prouve que cette domination, plus proche de celle du chef de meute que de celle du tyran esclavagiste, ait été orientée délibérément et collectivement pour contraindre et asservir les femmes. Je rappelle que les femmes ont eu un rôle dans les sociétés, que les statuts ont été variables selon les régions et les époques, que chaque sexe avait son domaine de pouvoir, et que les hommes dans leur majorité ont payé le prix de la vie familiale et de la défense du territoire et du clan. La domination "dure" est une affaire de classes sociales bien plus que de genre, et les femmes de pouvoir ne sont pas plus tendres que les hommes de pouvoir. Le dénigrement généralisé des hommes en bourreaux et des femmes en victimes est de l’ordre du stéréotype, non de la réalité.
Les différences: une détermination pré-culturelle?


Une étude parue dans Cerveau & Psycho montre que les différences sexuées ne seraient pas le seul fait de l’éducation:
«Dans les kibboutz d'Israël, à partir des années 1950, on chercha à instaurer une égalité absolue entre les sexes et à libérer les femmes du poids de l'éducation des enfants. L'ensemble des activités étaient ouvertes aux deux sexes et les femmes adoptaient un aspect extérieur similaire à celui des hommes. Le maquillage et les vêtements féminins furent proscrits. Les enfants vivaient, non dans des familles traditionnelles, mais dans des maisons gérées par un personnel spécialisé. Cette éducation, sans distinction de sexe, était censée éviter l'apparition de comportements de filles et de garçons.
L'anthropologue américain Melford Spiro étudia les effets de ces innovations, au cours des années 1956 à 1958. Malgré les consignes du personnel, garçons et filles s'orientèrent vers les comportements sexués : notamment, les garçons se mirent à jouer avec des petites voitures et les filles avec des poupées. M. Spiro reprit son étude 20 ans plus tard pour voir ce qu'étaient devenus les anciens enfants du kibboutz. Il constata que les filles, loin de s'être émancipées et de choisir les mêmes professions, valeurs et objectifs que les hommes, étaient revenues à la répartition traditionnelle des rôles entre les femmes et les hommes.»

Dans ce cas le paradigme de Simone de Beauvoir: «On ne naît pas femme on le devient» est inexact. Il faut chercher aujourd’hui un nouveau paradigme plus global: «On naît et devient femme, on naît et devient homme». Cette thèse devrait conduire à un regard différent sur les hommes et les femmes, incluant leur complexité, et diminuant la tension actuelle de guerre des sexes alimentée par la Féminista.
Le questionnement sur la part de nature et celle de culture est loin d'être terminé. Si les hommes sont plus agressifs sans que cela soit dû à l’éducation, les culpabiliser ne sert qu’à les détruire, et l'annulation de la part naturelle dans les différences sexuées est alors un non-sens. Il faut au contraire les accepter et les éduquer de manière à ce qu’ils apprennent à faire bon usage de leurs qualités propres. Le système d’organisation de la société n’a pas servi une domination esclavagiste globale, massive, systématique des femmes par les hommes. Il y a des hommes violents, abusifs, dont le goût de la domination a pour effet une négation de la femme dans le couple ou dans la société. C’est une infime minorité, comme les femmes violentes et dominatrices sont une minorité. Cette minorité ne peut être généralisée à l’ensemble. La violence de certains hommes n’engage pas les autres. La phrase: «Si ce n’est toi c’est donc ton frère» ne se vérifie pas.

Back to basic
Je retourne aux fondamentaux et en exprimant quelques affirmations en-deçà des théories. Car si l’on peut analyser théoriquement la Féminista de manière générale, on peut aussi se positionner individuellement. Ce fut mon point de départ quand j’ai ouvert les yeux sur le féminisme radical, après avoir soutenu longtemps le féminisme réformiste.
Aujourd’hui je dis que le stéréotype homme-violent-bourreau-dominant n’est pas juste. Je dis que les hommes dans leur majorité ne sont pas ces esclavagistes décrits dans la théologie actuelle. Je ne me reconnais pas dans le stéréotype, je n'y reconnais pas les hommes de ma famille, les amis, et même sur plusieurs générations en arrière je ne reconnais pas les hommes tels que décrits dans la théorie. Je constate qu’il y a des dominants abusifs, des violents, des excluants, mais qu’ils ne représentent qu’une minorité d’hommes, et pas un système.
Je constate aussi que la domination et la violence ne sont pas l’apanage d’un seul sexe.
Je dis que l'on naît et devient homme, que l'on naît et devient  femme. C’est la thèse centrale que je développe dans mon nouveau livre. C’est sur ce paradigme que je propose la nouvelle réflexion sociétale.
Je ne reconnais pas la théorie gender. Je ne vois aucune preuve que la nature n’ait pas influencé la culture. Je ne veux pas l’indifférenciation. L’égalité n’existe que parce qu’il y a la différence. Je valorise l'égalité dans la différence.
Je dis que le système de différenciation, répartition et spécialisation des rôles qui a prévalu dans le passé a été utile au développement des sociétés. Je ne vois pas dans les femmes de ma famille ou d’autres familles que je connais les pauvres victimes de ce système, incapables de dire non, silencieuses et soumises, décrites par la Féminista. Elles sont et ont été bien plus fortes que l'image dénigrante donnée par la stratégie victimaire.
Je dis que l'on ne peut lire le passé avec les critères actuels et faire une interprétation a postériori de l'Histoire.
Je refuse le communautarisme de genre et la volonté de certaines de formater les hommes.
Je dis que la théorie de la domination masculine est une arme contre les hommes et non une analyse objective et bienveillante de la société, et je la réfute.
Le sujet n’est pas épuisé. Il y aura d’autres occasions d’y revenir.


Rappel des billets précédents:

1ère partie, «Si ce n’est toi c’est donc ton frère»
2ème partie, «Le syndrome du couple Cohen»
3ème partie, «Le bovarisme de la femme bourgeoise»
4ème partie, «La femme doit être soumise à son mari»
5ème partie, «Il faut choisir»

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