Dominique Strauss-Kahn coupable à vie sans jugement et sans moyen de se défendre ? C’est ce qu’il semble ressortir de la décision de classement de la plainte de Tristane Banon contre lui. La question n’est même plus DSK. S’il est coupable et non jugé, c’est déplorable pour les victimes. S’il est innocent, c’est grave et les accusatrices sont impunies.
qu’ils sont une agression sexuelle, ce qui serait en terme de procédure judiciaire un jugement de culpabilité qu’il n’est pas habilitée à rendre. Il suppose, réfléchit à haute voix, dit ce qu’il aurait fait en tant que Procureur s’il n’y avait eu prescription. Mais puisqu’il n’y a pas et n’y aura ni procès ni jugement, la décision ne peut être contredite.
C’est une rhétorique perverse car il n’y a aucun jugement de culpabilité. On ne juge pas un fait prescrit. Du point de vue judiciaire cette décision fabrique un coupable qui ne pourra plus se défendre.
Un avocat français, Laurent Epailly, tire sa propre conclusion et estime que ce classement met TB à l’abris de poursuites pour dénonciation calomnieuse :
« De la sorte, en écrivant qu'il existe des faits reconnus d'agression sexuelle, le Parquet met à l'abri Tristane BANON d'une condamnation éventuelle de celle-ci au bénéfice de DSK.
Disons qu'en l'espèce, la raison pourrait considérer qu'une porte de sortie honorable est offerte à chaque partie. »
L’avis d’autres hommes de loi sur l’agression sexuelle :
« Un baiser furtif refusé par une femme n'est pas considéré comme une agression sexuelle, souligne Me Benoît Chabert, spécialisé dans les affaires de mœurs. En revanche, un type qui se jette sur une femme dans le métro en lui bloquant les bras et en plaquant sa bouche contre la sienne est un délinquant. » Ainsi, la justice fait-elle la distinction entre une séduction, même appuyée, et une violence sexuelle. « Le jeu amoureux, l'approche, même le contact physique ne sont évidemment pas répréhensibles », explique Me Christian Saint-Palais, qui relève cependant « une légère dérive à vouloir judiciariser ces comportements ».
Légère dérive : c’est un euphémisme.
Un autre argument m’a été opposé :
« Le jour ou un homme est reconnu coupable d"homicide mais qu’un jugement ne peut être appliqué parce qu’il y a prescription ou pire comme cela arrive parfois vice de procédure, il faudrait le considérer comme innocent ? »
A cela je réponds qu’un justiciable ne peut être reconnu coupable qu’au terme d’un procès donnant lieu à un jugement. Si des faits sont prescrits et qu’il ne peut plus y avoir procès ni jugement, il ne peut être reconnu coupable. Sauf s’il avoue mais que la prescription le met hors d’atteinte de la justice. En l’état Dominique Strauss-Kahn n’a fait l’objet d’aucun procès ni de jugement de culpabilité. Il ne peut donc être considéré comme coupable. Cela n’est pas une opinion, c’est la justice.
Justice mise à mal, hommes visés
De plus cet avis ouvre la voie à une interprétation très restrictive de la loi et vise clairement à mettre la sexualité masculine un peu plus sous contrôle. Les féministes doivent s’en frotter les mains ! Car c’est bien aussi ce qui se joue dans cette affaire : où est la limite entre la séduction, la drague, l’insistance et l’agression ? Il semble que l’on veuille de plus en plus juger les comportements masculins à l’aune du pénal. L’enjeu de cette affaire va bien au-delà de DSK lui-même. Dorénavant les hommes devront vivre dans une méfiance permanente des femmes. Avec cette décision de classement très étrange, la guerre des sexe vient de gagner une bataille.
Vers quel type de relations hommes-femmes allons-nous ? Vers un type paranoïaque et administratif ?
Dans ce classement la rhétorique judiciaire est utilisée jusqu’à la corde par le procureur de Paris. Mais la justice est dénaturée par l’avocat de Tristane Banon quand il affirme que monsieur Strauss-Kahn est un délinquant sexuel en liberté : il n’y a aucun jugement donc pas de déclaration de culpabilité, et l’on peut se demander s’il ne commet pas ici une pure et simple calomnie, auquel cas il est passible de justice pénale et peut-être d’une sanction.
L’avocat de TB lui conseille de lâcher mais veut des excuses. Tout ça pour ça ? Une supposée tentative de viol - non reconnue par le Parquet - et seulement des excuses ?
« L'avocat de Tristane Banon, Me David Koubbi, a conseillé dimanche à sa cliente de ne pas engager une nouvelle procédure contre Dominique Strauss-Kahn après le classement sans suite de sa plainte pour tentative de viol, mais il réclame toujours des excuses de DSK.
Me Koubbi a néanmoins suggéré que sa cliente pourrait maintenir sa menace de nouvelles poursuites si l'ex-patron du Fonds monétaire international (FMI) persévérait de son côté dans la plainte pour dénonciation calomnieuse qu'il a déposée dans cette affaire. »
Chantage. Tout y passe ! Me Koubbi, exécuteur de basses oeuvres.
Et curiosité parmi les curiosités, cette suite au timing impeccable : quand la pression sur DSK baisse à New-York, elle monte à Paris avec TB. Quand elle baisse à Paris voilà Lille qui sort du chapeau. C'est pas beau le hasard ?
On va finir par se demander si quelqu’un tire les ficelles.
Quoique l’on pense de l’affaire, de Dominique Strauss-Kahn, de Tristane Banon, la justice est mise à mal et l’effet de meute a pris d’inquiétantes proportions. Ce n’est pas de bonne augure pour la démocratie.