Langage bisexuel: le massacre de la langue

Veut-on flinguer l’envie de lire? Dégoûter définitivement les jeunes générations? Ou est-ce une critique subliminale, une dérision de second degré? En tous cas on peut se demander pourquoi l’humanité est sortie du borborygme et du feulement ou du cri rauque. Pourquoi elle a passé des dizaines de milliers d’années à élaborer un langage complexe et brillant.

Veut-on flinguer l’envie de lire? Dégoûter définitivement les jeunes générations? Ou est-ce une critique subliminale, une dérision de second degré? En tous cas on peut se demander pourquoi l’humanité est sortie du borborygme et du feulement ou du cri rauque. Pourquoi elle a passé des dizaines de milliers d’années à élaborer un langage complexe et brillant.


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A quoi sert de communiquer si c’est pour rendre la communication compliquée? Illisible? Si c’est pour bloquer la pensée?

En complément à mon récent billet sur le langage épicène, voici un exemple reçu d’une amie. L’image ci-contre (cliquer pour l’agrandir) est tirée du programme d’enseignement de première année du cycle d’orientation à Genève. Le second paragraphe sous l’intertitre «La chaîne du froid» fait... froid dans le dos. Ou donne des sueurs froides!

Ah que voilà bien la démonstration de la désolation linguistique dans laquelle le langage bisexuel nous plonge. Langage séparateur. «Les producteur-trice-s de matière première.»...

Au secours! Satan, sors de ce corps idéologique!

Faut-il vraiment apprendre à penser ainsi: «Quand je prends le bus dans une ville étrangère je demande au-à la conducteur-trice, ou éventuellement à un-e passag-è-er-e, quelle en est la direction. Je suis reconnaissant au-à la professionnel-le ainsi qu’aux client-e-s et usag-è-er-e-s de me rendre ce service»?

Yoooooooo!
Cha ba dou din! Badoum ba!
Du-de la, du-de la, faï faï faï!

Le Département de l’Instruction Publique donnerait donc son aval à ce massacre de la langue? Mais que fait la police? N’y a-t-il pas déjà assez de problèmes d’orthographe, de grammaire et d’analyse de texte, donc de maîtrise de la langue - et partant, de la pensée?

En grammaire le masculin sert aussi pour le féminin. Sous le prétexte de considérer cette règle comme dépréciative pour les femmes on fait une relecture sexiste de la langue. C'est d'autant plus incompréhensible que dans la théorie féministe de l'indifférenciation le genre n'est pas le sexe. A plus forte raison le genre grammatical. Il faudrait savoir.

On pourrait dire aussi, a contrario, que le masculin est inclusif et fait de la place pour deux, alors que le féminin est exclusif. Ou peut-être serait-ce une sorte d’équilibre culturel: si dans la grossesse le féminin peut porter le masculin, dans la langue le masculin peut porter le féminin...

:-)))

Mieux vaut en rire.

Si je trouve logique de féminiser les noms de métiers comme cela se faisait déjà dans le passé, je resterai désormais strict sur le respect des genres en ce qui concerne les fonctions: Madame le procureur et Monsieur la vigie. Pour les noms de fonction devenus des noms de métier, comme professeur, je suis partagé. Le titre figurant sur le diplôme devrait trancher entre fonction et métier.

Pour ce qui est des - e - entre tirets et de l’épicénat, non, je ne participerai pas à ce que je considère comme une prise en otage de la langue et une théorie partisane qui crée un problème là où il n’y en avait pas.

Et, paraphrasant Arletty dans le film «Hôtel du Nord», je dirai: «Epicène, épicène, est-ce que j’ai une gueule d’épicène?!»

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