hommelibre (avatar)

hommelibre

John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.

Abonné·e de Mediapart

593 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 juillet 2010

hommelibre (avatar)

hommelibre

John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.

Abonné·e de Mediapart

Violence en France: à qui la faute

hommelibre (avatar)

hommelibre

John Goetelen: Auteur de "Féminista: ras-le-bol!", www.atypic.ch.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les violences graves de ces derniers jours font poser beaucoup de questions. Nombreux sont les français qui ne comprennent pas. Tel celui qui, au téléjournal, disait en substance: «On ne comprend pas, mais ce n’est pas ainsi que l’on va les accepter mieux».


Le résultat risque bien d’être une crispation de plus en plus grande des français. Car on assiste à un déni grandissant de l’Etat et de la société française. Qu’il y ait des causes à la violence telles que la pauvreté, le chômage, le sentiment d'exclusion, soit. Mais tous les chômeurs deviennent-ils des délinquants? Non. Cela n’explique donc pas tout, et la sociologie ne saurait excuser le crime.
Le braquage d’un casino, au risque de déclencher une fusillade, ce n’est pas anodin. Cela suppose un sang-froid, une détermination, une préparation, qui sont le fait des caïds. Pas des petits trafiquants. Il y a donc un choix très clair d’une vie hors-la-loi, avec un maximum de risque pour soi et pour la société. Y compris le risque de blesser, de tuer ou d’être tué. Aucune société ne peut admettre le crime ou être complaisant avec les criminels, parce qu'en cas contraire les bases de la confiance nécessaires pour vivre ensemble s'écroulent.
Pour l’autre jeune il aurait foncé sur la police, par peur, parce qu’il roulait sans permis et que peut-être il avait bu, selon son père.
Aucun parent ne peut accepter la mort de son enfant. C’est une douleur insupportable. Mais comment en arriver à rendre le monde et la société responsables du fait que son enfant commette des délits? La police s’est dite menacée dans les deux cas. Les parents refusent cette interprétation. A partir de là, aucune enquête ne saura apaiser les blessures et la haine.
Les réactions de violence nient l’Etat de droit, chacun fait sa propre loi de clan, jusqu’à tirer à balles réelles sur les policiers, à brûler les voitures de petites gens qui vivent dans des quartiers sensibles, à soutenir les auteurs de délits et à en faire des héros, à attaquer un poste de police avec des haches et brûler des bâtiments publics. Le milieux marseillais n'aurait pas réagi ainsi si un de ses caïds était tombé sous les balles suite à un braquage. Ce ne sont plus des légitimes révoltes: ce sont des entreprises criminelles.


A force d’avoir laissé le langage sécuritaire à Le Pen, la France se retrouve avec une situation grave sur les bras. Une situation où peut-être des mafias, des camorras s’installent dans le pays. Va-t-on dire que la mafia est excusable à cause de la pauvreté de certaine régions? Elle est peut-être explicable en partie, mais pas excusable. On peut dire, comme Manuel Valls et Benoit Hamon, que c’est l’échec de Sarkozy. Certes son gouvernement ne semble pas avoir assez fait pour modifier cette situation. Mais c’est abusif de la lui imputer. Tout cela n’est pas nouveau. Et les carences sont loin d’être simplement celles de l’Etat, qui n’est pas là pour tout faire et remplacer les parents.
Le déficit d’éducation est une cause première. Le respect des autres et de soi-même et la responsabilité de ses propres actes commence par l’éducation. Entre une mère qui soutient bec et ongles son fils est humain, entendre une famille soutenir l'un des leurs est humain. Mais on ne doit pas oublier qu'il y a eu un comportement dangereux pour la société. Conduire sans permis, peut-être sous l'emprise d'alcool, est grave: le jour où ce genre de chauffard tue des adultes ou des enfants sur le bord de la route, qui osera encore le défendre? Sa mère? Elle pleurera les morts et elle pleurera son fils. Mais si celui-ci meurt accidentellement à cause d'un barrage de police, j'ose espérer qu'elle ne laissera aucune manifestation de violence, aucune vengeance s'exprimer sur la place publique,et qu'elle descendra dans la rue pour botter le cul au incendiaires et aux tireurs, histoire de leur apprendre un minimum de ce qui permet de vivre ensemble: prendre ses responsabilités et respecter.


Autre question: fallait-il supprimer la police de proximité? Quelle était son réel impact sur la criminalité, l’économie du trafic, le passage à la grande criminalité, la résorption des zones de non-droit? Elle n’a certainement pas empêché celles-ci de perdurer.
Si parler de sécurité est l’apanage de la droite, la gauche a largement fait le lit de celle-ci. Comment peut-on vivre en paix dans un pays où l’on n’ose plus aller dans certains quartiers, où sa voiture payée à crédit peut être brûlée même sans raison, où les délinquants n’hésitent pas à tuer pour voler, où les réflexes claniques aboutissent à des meurtres brutaux comme pour le tabassage sur l’autoroute? L’insécurité est certes loin d’être généralisée, et je ne partage pas la peur sur laquelle surfe la droite à ce sujet. L’effet grossissant des infos fait voir le crime partout, ce qui est loin d’être la cas. N’empêche que le malaise est aujourd’hui réel.
On reproche à la politique de Sarkozy le tout-répressif. Mais entre le tout-répressif actuel, qui a quand même une part de légitimité de par la loi de la société, et le rien-répressif, il y a un monde.
Alors Valls et Hamon ont beau jeu d’incriminer Sarkozy sur la cause de ces violences C’est un mauvais procès que d’en faire une ligne de démarcation gauche-droite. Toutes les forces politiques devraient soutenir la sécurité des citoyens, le droit de rentrer chez soi le soir l'esprit tranquille, prendre le métro sans crainte, ne pas avoir ses enfants rackettés. C'est le minimum, non?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.