Tant qu'à être criminel, mieux vaut pas être un homme

35 et 20, 40 et 6: toute la différence est là. Il ne s’agit ni d’une énigme ni d’un exercice de calcul mental destiné à mettre en route des neurones qui, à l’approche du week-end, se prélassent déjà, dendrites et synapses en éventail. Cela n’a rien à voir non plus avec la bourse, la hauteur de l’Everest comparée au Fujiyama, ou la distance Terre-Lune en trottinette.

35 et 20, 40 et 6: toute la différence est là. Il ne s’agit ni d’une énigme ni d’un exercice de calcul mental destiné à mettre en route des neurones qui, à l’approche du week-end, se prélassent déjà, dendrites et synapses en éventail. Cela n’a rien à voir non plus avec la bourse, la hauteur de l’Everest comparée au Fujiyama, ou la distance Terre-Lune en trottinette.

 

 

Couteau4.jpgLes rôles sont connus
C’est un autre calcul, judiciaire celui-ci. Une comparaison, précisément. 35 coups de couteaux et 20 ans ans de prison pour le marocain qui a tué son ex-compagne et qui vient d’être jugé dans le canton de Vaud. 40 coups de couteaux et 6 ans de prison pour la russe qui avait tué son mari en 2003 dans la cossue banlieue genevoise. Soit 3,3 fois moins pour la femme que pour l’homme, à actes égaux: assassinats avec préméditation.
Cette différence de jugement illustre assez bien d’autres affaires. Les rôles sont connus. Les décisions de justices sont fréquemment aggravées quand un homme est accusé et reconnu coupable, alors que les femmes semblent bénéficier de traitement plus doux. Signe du stéréotype installé dans la société, et d’une forme de sexisme misandre de la part de la justice.
Bien sûr, les circonstances des crimes sont déterminantes. Et à part les différences de faits matériels, c’est plus la personnalité et la supposée santé mentale qui joue un rôle dans l’appréciation du degré de responsabilité, et donc de la fixation de la peine. Ce qui laisse aux experts psychiatres un pouvoir très, trop influent, voire décisionnaire sur l’issue des procès.
Concernant la femme russe, un expert avait conclut à l’irresponsabilité totale, deux autres à la responsabilité restreinte. Trois experts? Quel était donc le problème pour faire recours à trois spécialistes? Et à quoi bon puisqu’ils ne se déjugent presque jamais entre eux?
Petit rappel de l’affaire de 2003, jugée en 2007:
«Lors du drame, le couple traversait une période délicate. Le mari, un homme d'affaires de 52 ans, entretenait une relation avec une jeune russe. Il s'absentait souvent pour Moscou. L'accusée s'est sentie délaissée et a sombré dans une profonde dépression. Elle a même songé au divorce.
«Ma mère s'est isolée du monde et ne voyait plus personne», a déclaré le fils aîné de l'accusée à la barre. «Pendant plus d'une année, j'ai été son seul soutien. J'ai dû par moment la forcer à manger». Quant au père, il refusait de voir la souffrance qui rongeait sa femme.
«La drogue de mon père, c'était son travail», a relevé son fils. En dehors de son activité professionnelle, il ne voyait rien «ou refusait de voir». Et de décrire un homme hermétique, qui qualifiait la procédure de divorce envisagée par son épouse «de caprice d'une femme un peu gâtée».

JusticeMarteau.jpg
La pièce est jouée
Si l’on comprend bien, la victime, soit le mari, est décrite comme le salaud. Pensez donc: il délaisse sa femme. C’est bien un criminel. De plus il est riche: circonstance aggravante. Il bosse un max pour que lui et son épouse puissent habiter Cologny. Drame du bovarysme ordinaire? La femme fait une dépression: est-ce cela qui justifie la responsabilité diminuée? Malgré son irresponsabilité supposée elle est quand-même organisée et présente une forme de lucidité:
«Les faits se sont déroulés un dimanche de décembre 2003. L'accusée a dissout des somnifères dans la tisane de son mari, qui s'est assoupi. Elle lui a alors attaché les pieds et les poings au canapé du salon. Elle s'est ensuite munie d'un couteau et d'un spray de gaz lacrymogène. Lorsque le mari s'est réveillé, elle lui a parlé de leurs problèmes de couple. Une dispute a éclaté. La femme a alors frappé son mari une quarantaine de fois avec le couteau.»
A-t-elle pris son temps pour le voir souffrir? On n’en saura pas plus. Grâce aux circonstances atténuantes elle ne prend que 6 ans pour ce crime sordide et prémédité.
Le marocain a attendu le moment, survenu fortuitement, pour tuer et égorger son ex-compagne.
«Pas de trouble mental, pas de diagnostic psychiatrique. Aucune affection qui ne permette de conclure à une incapacité à apprécier le caractère illicite de son acte, donc à une diminution de responsabilité pénale.»
Mais également:
«Aucun élément psychiatrique dans sa personnalité ne démontre une propension à des actes de violence», selon l’expert.

 

Les voies des psychiatres sont impénétrables.

 

 

 

Mais alors, s’il n’est pas foncièrement violent, qu’est-ce donc qui l’a conduit à commettre un crime aussi terrible? Il y a une séparation, une petite fille que la justice confie à la mère. Aucune de ces deux circonstances ne semble avoir été prise en compte. L’homme ne pouvait pas être en dépression ni se sentir abandonné ou exclus. A des voisins, «l'homme s'est contenté de dire que son épouse lui avait fait beaucoup de mal.»
On n’en saura pas plus. Résultat: homme: 20 ans. Femme: 6 ans. Toute la différence est là.

 


La pièce est jouée. Rideau.

 

 

 

 

 

 

 

Une histoire en Haute-Provence:

 

CouvDiable.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.